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Être victime ne suffit pas

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Quand Julie Snyder a déposé sa plainte l’an dernier contre Gilbert Rozon pour une agression sexuelle qui aurait eu lieu à Paris il y a trente ans, j’ai pensé qu’elle se magasinait une déception. Trop tard, trop loin.

Surprise, Gilbert Rozon a été accusé hier d’un attentat à la pudeur et d’un viol qui aurait eu lieu à Saint-Sauveur en 1979. Manifestement, dans ce cas, des preuves existent.

Mais la décision du DPCP de ne pas porter d’accusations criminelles dans 13 autres affaires ramène la question : comment obtenir justice pour les victimes d’un crime difficile à prouver sans abaisser les critères de culpabilité requis pour une condamnation ?

En livrant son verdict de non-culpabilité dans l’affaire Jian Ghomeshi, le juge ontarien William Horkins avait eu cette étonnante réflexion : « Même si vous croyez que l’accusé est probablement coupable, ce n’est pas assez ».

Par leur incohérence et leurs omissions, les plaignantes s’étaient privées d’un verdict que même le juge aurait préféré. Triste.

Les chances de leur côté

La majorité des agressions sexuelles demeurent impunies. Cela doit changer. Tous, policiers, juges, procureurs et même les victimes ont un rôle à jouer pour que cette quête de justice aboutisse. Tous les esprits ne sont pas aussi éclairés qu’ils le devraient.

Tripoter la vérité n’est pas le seul piège. En attendant des jours, des mois, des années avant de porter plainte, les victimes s’éloignent de la possibilité que justice soit faite. Ce n’est pas un blâme, mais un constat.

Enfin, inventer une agression, comme dans l’affaire Sklavounos, rappelle pourquoi personne ne peut être cru sur parole, même pas une femme qui dit avoir été agressée sexuellement. Alice Paquet aurait pu envoyer l’ex-député en prison pour dix ans, pour rien.

Enfin, nous tous avons le devoir de comprendre notre système de justice. C’est pitoyable ce que les gens croient.