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Justice à deux vitesses

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Le Directeur des poursuites criminelles et pénales (DPCP) a enfin déposé des accusations d’attentat à la pudeur et de viol contre Gilbert Rozon, l’ex-empereur déchu de l’industrie québécoise de l’humour.

Elles découlent du dossier d’une plaignante. Or, en même temps, faute de preuves, le DPCP a rejeté 13 dossiers issus d’autres plaignantes. Y compris Martine Roy, l’ex-belle-sœur même de M. Rozon. Dans la foulée du #MoiAussi, ce vaste mouvement de dénonciations contre les violences sexuelles, un tel résultat est hautement décevant.

Malheureusement, il n’étonne guère. Il en dit surtout long sur un système de justice qui, face aux victimes d’agressions ou de harcèlement sexuels, est cassé. Tout simplement.

Fardeau

Le fardeau de la preuve est d’une lourdeur telle qu’il va carrément à l’encontre de la nature même des violences sexuelles, dont la plupart des victimes sont des filles et des femmes. On aura beau se draper dans la présomption d’innocence pour justifier le statu quo, cette nature reste ce qu’elle est.

Par définition, ce sont des crimes commis sans témoin. Considérant l’ampleur du traumatisme subi par les victimes et la crainte de ne pas être crues, les dénonciations, lorsqu’elles se font, peuvent aussi prendre des années à s’exprimer.

Bref, dans notre système actuel, tout concourt à décourager les victimes à porter plainte. Et encore plus à tenter d’obtenir justice. Elles savent d’office qu’elles feront face à une justice à deux vitesses, dont celle, profondément dysfonctionnelle, s’appliquant aux victimes de crimes sexuels.

Urgence

De nombreuses femmes le dénoncent depuis longtemps. D’où la double proposition faite par la députée péquiste Véronique Hivon : 1) la création d’un comité de travail non partisan pour revoir l’ensemble du processus ; 2) la mise sur pied d’un tribunal spécialisé en violence sexuelle et violence conjugale.

Une chose est sûre : pour rétablir la confiance brisée entre les victimes et le système judiciaire, il y a urgence d’agir.