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La cohabitation s’annonce ardue pour le président

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Lors d’un échange avec les leaders démocrates du Congrès qui s’est transformé en foire d’empoigne télévisée, le président Trump a fait face à la nouvelle réalité d’une gouverne partagée, où il n’aura pas toujours le gros bout du bâton.

 

Dans les systèmes parlementaires, le chef du gouvernement est souvent appelé à débattre ouvertement avec l’opposition, mais ce genre d’occasion est rare aux États-Unis, où le président et les leaders du Congrès négocient habituellement à huis clos.

Toutefois, comme Donald Trump conçoit sa présidence comme une téléréalité où il a toujours le beau rôle, il a insisté pour que les caméras captent sa rencontre de mardi avec les leaders démocrates pour débloquer l’impasse budgétaire qui risque d’entraîner la fermeture du gouvernement la semaine prochaine.

 

Mal lui en prit. Le leader des démocrates au Sénat, Charles Schumer, et celle qui occupera dès janvier le puissant poste de présidente de la Chambre des représentants, Nancy Pelosi, ont donné au président un avant-goût du défi que représentera pour lui la cohabitation avec un Congrès à moitié démocrate. Ça va jouer dur.

Trump frappe un mur

Pour dénouer l’impasse budgétaire, Trump insiste pour obtenir des milliards de dollars afin de financer son fameux mur, qu’il avait promis de faire payer par le Mexique.

Même si les républicains contrôlent le Congrès jusqu’à la fin de l’année, Trump a besoin de quelques votes démocrates au Sénat pour éviter la crise, mais les démocrates refusent catégoriquement de financer ce mur.

Dans ce genre de situation, les protagonistes cherchent généralement à s’entendre pour éviter les énormes inconvénients d’une fermeture du gouvernement et, surtout, chacun cherche à faire porter par l’adversaire l’odieux d’une situation dont personne ne veut.

Pourtant, les deux leaders démocrates ont réussi à faire dire au président qu’il accepterait le blâme d’une fermeture du gouvernement si le budget ne comporte pas de financement pour son mur.

Ce faisant, « l’artiste du deal » a virtuellement garanti l’échec total de son projet fétiche.

Une nouvelle réalité

Depuis son arrivée au pouvoir, Trump avait pris l’habitude de gouverner sans véritable contrôle du Congrès, mais il devra désormais composer avec une majorité démocrate à la Chambre des représentants, laquelle est résolue à le tenir constamment sur la défensive.

Certains ont pu douter de la capacité de Nancy Pelosi à jouer ce rôle, mais le face-à-face de mardi lui a donné l’occasion de convaincre ses détracteurs qu’elle ne s’en laissera pas imposer par « l’intimidateur en chef ». Après la rencontre, elle en a ajouté une couche en tournant en dérision l’obsession de Trump pour son mur.

Et ce n’est qu’un début. Dès janvier, la Chambre démocrate resserrera considérablement les contrôles sur l’exécutif et pourrait faire peser sur le président la menace d’un désaveu, selon les résultats des enquêtes en cours.

Il n’y en aura pas de facile pour le président Trump dans sa relation avec le Congrès pendant la deuxième moitié de son mandat.