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La politique est (encore) sexiste

Alexandria Ocasio-Cortez, la plus jeune élue au Congrès américain, serait trop "chic" pour être socialiste

La politique est (encore) sexiste

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Il y a eu la camisole de Catherine Dorion ici au Québec. Aux États-Unis, il y a les « fringues de luxe » d'Alexandria Ocasio-Cortez, surnommée AOC. Comme quoi, les femmes en politique, peu importe ce qu’elles portent, attirent encore l’attention d’abord pour ce qu’elles ont de l’air, au lieu de ce qu’elles pensent. Le sexisme est encore bien présent en politique, même en 2018.  

AOC aux États-Unis : trop chic pour une socialiste  

À 29 ans, AOC est la plus jeune femme, mais aussi la plus jeune tout court, jamais élue au Congrès américain. Elle y fera son entrée le 3 janvier prochain.          

Elle s’affiche ouvertement socialiste. Elle bouscule l’ordre établi, même dans son propre parti. Elle défend par exemple la gratuité scolaire dans toutes les universités publiques américaines, l’assurance-maladie pour tous et toutes aux USA et un « New Green Deal » en matière de transition écologiste.         

Contrairement à la députée solidaire de Taschereau, la congressiste américaine a subi les foudres de ses adversaires et des médias, non pas pour une camisole et des bottes, mais bien parce que ce qu’elle porte ne fait pas socialiste. C’est « trop » chic et selon un journaliste de Washington, « ça ne ressemble pas à une fille qui se débat ».   

(P.S. Remarquez le mot utilisé par le journaliste : une fille, pas une femme. Quand la condescendance s'ajoute au sexisme.)   

La jeune élue démocrate est née d’une mère portoricaine et d’un père américain. Elle fait parler d’elle entre autres parce qu’elle a osé pointer le sexisme et le racisme dont elle est victime.         

Encore récemment, en se rendant à un déjeuner des membres du Congrès américain à Washington, on l’a dirigée vers un événement organisé au même moment pour les épouses d’élus démocrates. « Les gens continuent à me donner des indications pour les événements destinés aux conjoints et aux stagiaires plutôt que pour les membres du Congrès », explique-t-elle sur Twitter.         

Au réseau de TV Fox, on ne s’est également pas gêné pour se moquer de l’incapacité de l’élue de l’État de New York de déménager à Washington parce qu’elle n’en a tout simplement pas les moyens, à tout le moins pas avant de recevoir son premier chèque de paie comme élue du Congrès américain.         

Une serveuse en politique?  

Avant d’être élue, AOC était serveuse dans un bar à New York.         

Ça ne vous rappelle pas une autre histoire, plus près de chez nous celle-là, d’une autre serveuse, élue députée à Ottawa en 2011, pour un parti de gauche aussi, le NPD. Ruth Ellen Brosseau : vous vous en rappelez?       

Ruth Ellen Brosseau
© Agence QMI
Ruth Ellen Brosseau

Celle-là même que les médias ont ridiculisé en 2011 pour être allée en voyage à Las Vegas pendant la campagne électorale. La même à propos de laquelle certains adversaires politiques ont dit qu’elle devrait « avoir honte d’être une femme », suite aux images montrant le PM Trudeau heurter sa poitrine, alors que ce dernier tentait de tirer le whip conservateur Gord Brown à travers un groupe de députés à la Chambre des communes.         

La députée néodémocrate a aussi dû endurer son lot de moqueries, de doutes sur ses compétences, sur son apparence, voir même sur sa situation familiale. Une femme, serveuse dans un bar et mère monoparentale "en plus" : comment pourra-t-elle faire la job de députée?         

La réponse est évidente : assez bien pour que les électrices et les électrices de la circonscription de Berthier-Maskinongé la réélisent en 2015. Envers et malgré tous les doutes et, disons-le clairement, les arrière-pensées sexistes de nombreux observateurs de la scène politique, elle fait la job.        

Catherine Dorion
Photo ANNIE T. ROUSSEL
Catherine Dorion

Des normes sexistes  

Qu’il s’agisse de Catherine Dorion, d’Alexandria Ocasio-Cortez, de Ruth Ellen Brosseau, ou même de Pauline Marois, les femmes doivent affronter un double standard. Parce qu’elles sont des femmes, elles font face aux doutes, aux remarques et, au mieux (!), aux questions sur leurs compétences. En plus, elles doivent aussi plaire, mais pas trop, tout en correspondant aux « normes » d'un décorum d’abord pensé par et pour des hommes, avant même que les femmes aient le droit de vote.         

Les réactions à propos de l’habillement de Catherine Dorion, sous le couvert du décorum à l’Assemblée nationale, ne suffisent pas à masquer que toute cette attention médiatique a été portée à une jeune femme qui ne demande pas mieux qu’on entende ce qu’elle a à dire, plutôt de porter attention à ce qu’elle porte         

Comme pour la congressiste démocrate américaine, Alexandria Ocasio-Cortez, qui se plait bien également à bousculer l’ordre établi et à se vêtir comme elle en a envie.         

Provocation? Vraiment? Là n’est pas la question.         

Peut-être que dans le fond, on ne s’est pas encore débarrassé de la bêtise sexiste et dégradante encore trop souvent entendu : « Sois belle et tais-toi ».