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Justice: le système ne fonctionne pas?

Bertrand Charest
Photo d’archives Bertrand Charest

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Depuis deux jours, on ne cesse de répéter que le système de justice ne fonctionne pas dans les cas d’agressions sexuelles.

Ah oui ?

Comment expliquez-vous le verdict dans l’affaire de Bertrand Charest, alors ?

DES PREUVES SOLIDES

L’ex-entraîneur de ski a été condamné à 12 ans de pénitencier pour une série d’agressions sexuelles commises dans les années 90 sur neuf jeunes femmes.

Le juge a retenu 37 chefs d’accusation contre lui.

Pourquoi Charest a-t-il été accusé, puis condamné ?

Parce que les preuves étaient solides.

Parce qu’il n’y avait pas de contradictions dans les témoignages.

Parce que les victimes avaient toutes formellement identifié leur agresseur.

Et parce qu’on n’avait aucune raison de soupçonner que la preuve avait été contaminée.

Non, le système n’est pas parfait.

Mais dire qu’il ne fonctionne pas est un mensonge.

Et puis, désolé, mais ce n’est pas parce qu’un présumé agresseur n’est pas accusé de viol ou d’inconduite sexuelle que le système « ne fonctionne pas » !

Prenez le cas de Gerry Sklavounos. Non seulement le DPCP a-t-il décidé de ne porter aucune accusation contre le député libéral, mais il a conclu au terme de son enquête qu’aucun crime n’avait été commis.

Est-ce à dire que le système « n’a pas fonctionné » ?

Absolument pas. Il a très bien fonctionné.

Il a empêché un homme innocent de croupir en prison sur la base d’allégations qui ne tenaient pas la route.

ERREURS JUDICIAIRES

Idem pour le cas de Mohamed Mehdi Ghanmi, un étudiant de l’Université Laval qui avait été soupçonné à tort d’avoir commis une agression sexuelle sur le campus.

La Couronne a mis fin aux procédures lorsqu’elle s’est rendu compte que la preuve n’était pas solide et que la plaignante avait menti.

Là encore, le système « a fonctionné » ! Il « fonctionne » quand il envoie un coupable en prison, et il « fonctionne » quand il n’envoie pas un innocent en taule !

En 2004, 13 habitants d’une petite commune du nord de la France ont été à tort envoyés en prison pour avoir supposément organisé des orgies pédophiles.

Le système avait-il « fonctionné » ?

Je ne sais pas ce qui s’est passé entre Gilbert Rozon et les 13 femmes qui ont porté plainte contre lui. (Véronique Hivon non plus, en passant.)

Mais je me dis que si le DPCP avait eu des preuves solides, comme dans l’affaire Bertrand Charest, il n’aurait pas hésité un quart de seconde à porter des accusations contre l’ex-empereur du rire.

Il l’a d’ailleurs fait pour un viol que Gilbert Rozon aurait commis en 1979.

PRÉSOMPTION D’INNOCENCE

Je ne défends pas Gilbert Rozon.

Je défends l’un des piliers de notre système de justice et de notre démocratie : la présomption d’innocence.

Ici, contrairement à ce qui se fait dans certaines dictatures, on est innocent jusqu’à preuve du contraire. Et c’est à la Couronne de prouver notre culpabilité.

Oui, il y a des ratés. Oui, c’est très difficile de prouver qu’il y a effectivement eu agression quand l’événement s’est déroulé derrière des portes closes, sans témoin.

Mais de là à remettre en question la présomption d’innocence, il y a un pas qu’il ne faut pas franchir...