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Véronique Hivon, la courageuse

Véronique Hivon, la courageuse
Photo d'archives, Simon Clark

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Véronique Hivon est une politicienne hors norme. Députée du Parti québécois depuis décembre 2008, avocate de formation et ex-ministre, Mme Hivon est l’antithèse même de ceux qui font ce qu’on appelle de la «vieille politique».

Femme d'intelligence de l'esprit et du coeur, de dialogue, de courage et de détermination, en cela, elle me fait beaucoup penser à Marguerite Blais, ex-ministre libérale et nouvellement ministre au gouvernement Legault.

Elles sont toutes deux porteuses d’une vision humaniste des dossiers qu’elles défendent avec brio. Lorsque nécessaire et productif, elles savent aussi s’élever au-dessus des frontières partisanes.

Mme Hivon a su le faire dans le dossier complexe des soins de fin de vie et Mme Blais, dans celui, tout aussi délicat, des proches aidants.

Elles ont également en commun d’avoir mené avec succès de longues études universitaires.

Surtout, ce sont deux élues dont le principal carburant est le bien commun.

En cela, ce sont deux courageuses qui, dans les faits, montrent la voie à ceux et celles qui veulent ou voudront un jour faire de la politique «autrement». Autrement que par les coups de gueule, les coups bas ou d'inutiles batailles de coq.

Pour ce qui est du travail de Mme Blais dans le dossier des proches aidants, j’y reviendrai très, très bientôt, c’est certain.

Pour ce qui est du travail de Mme Hivon dans celui des violences sexuelles, force est aussi de souligner son apport majeur.

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Dans la foulée du mouvement #moiaussi, Véronique Hivon avance deux propositions importantes.

De une, la mise sur pied d’un comité de travail non partisan pour revoir l’ensemble du processus judiciaire et d’accompagnement des victimes. Deux, la création d’un tribunal spécialisé en violence sexuelle et violence conjugale. Question de rétablir la confiance durement amochée des victimes envers le système de justice.

Après la nouvelle décevante à l’effet que le DPCP n’ait porté des accusations de viol et d’attentat à la pudeur contre l’ex-patron de Juste pour rire, Gilbert Rozon, pour seulement une plaignante sur quatorze, voilà que les propositions de Mme Hivon font enfin leur chemin.

Le premier ministre François Legault s’est dit lui-même ouvert à les examiner de plus près. Sonia Lebel, ministre de la Justice, annonce qu’elle rencontrera Mme Hivon pour en discuter.

Nouvellement nommé, le directeur du Service de police de la Ville de Montréal (SPVM), Sylvain Caron, avance quant à lui qu’il faut revoir le Code criminel pour «faciliter les procédures pour les victimes alléguées».

Le premier ministre canadien, Justin Trudeau, se dit maintenant du même avis.

Au Service de police de la Ville de Québec (SPVQ), son directeur Robert Pigeon annonce quant à lui «la mise sur pied d'un comité qui sera chargé, à la demande des plaignantes, d'analyser tout dossier classé comme étant non fondé ou non solutionné. Ce comité sera composé, outre des membres du SPVQ, de représentants du CAVAC - le Centre d'aide aux victimes d'actes criminels - de Viol-secours, du Directeur des poursuites criminelles et pénales (DPCP) et d'une chercheuse de l'Université Laval spécialisée dans le domaine».

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Bref, c’est comme si les derniers développements dans l’«affaire Rozon» sont l’ultime goutte faisant déborder le vase des violences sous toutes leurs formes perpétrées contre les femmes.

Une vase pourtant déjà amplement rempli depuis une éternité ou deux...

La réalité est qu’avec les mouvements #moiaussi et #agressionsnondénoncées, la parole libérée et libre des femmes aura enfin fait sauter la digue du silence qu’on leur avait imposé depuis si longtemps.

Mais pour que la digue saute vraiment, les pouvoirs politique, judiciaire et policier doivent aussi agir.

Avec ses propositions allumées, la députée Véronique Hivon contribue grandement à les faire bouger tous.

Que l’on continue...