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Vraiment, tu me fâches, Catherine Dorion

Je sais que je vais avoir l'air de m'acharner, Catherine, mais suite à la publication de ta dernière vidéo, je suis encore plus fâchée après toi, que je ne l’étais la semaine dernière.

Vraiment, tu me fâches, Catherine Dorion
Photo Simon Clark

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Je sais que je vais avoir l’air de m’acharner, Catherine, mais suite à la publication de ta dernière vidéo, je suis encore plus fâchée après toi, que je ne l’étais la semaine dernière. On me dira bien d’en revenir de tes frasques, d’arrêter de te donner de l’importance, mais je l'avais bien dit: au-delà des artifices, j’écoute attentivement ce que tu dis et ne pas répondre aux propos que tu as tenus reviendrait à être complice de l’entreprise de désinformation que tu mènes avec beaucoup de créativité.   

Commençons, si tu le veux bien, avec la première chose qui m’a sauté aux oreilles : à quel moment est-ce redevenu correct de faire abstraction de l’importante différence qu’il y a entre les musulmans et les islamistes?         

Mélanger les musulmans et les islamistes revient au même que de confondre les Québécois non croyants ou modérés, avec les prêtres coupables de crimes pédophiles. C’est frauduleux et injuste et, le plus curieux, c’est que chez Québec solidaire, vous étiez pourtant les chefs de file pour défendre, avec raison, l’indubitable différence qu’il y a entre les deux.         

Or, nier aujourd'hui cette différence fondamentale n’est pas faire preuve ouverture d’esprit ou d’altruisme. C’est une fumisterie pour les Québécois autant que pour tous ceux qui sont arrivés ici dans l’espoir de vivre libres et protégés de ceux qui les ont forcés à fuir. Je me questionne beaucoup sur ce qui peut bien se tramer dans la tête de quelqu’un qui souhaite accueillir à la fois les réfugiés ET ceux qui les oppressent et les persécutent.         

Nous ne sommes peut-être pas les « héros de la rationalité », comme tu dis, mais dès le moment où nous avons décidé de séparer l’Église de l’État, nous avons fait un immense bond en avant dans la rationalité et la justice sociale.         

C’est drôle, tu nous parles comme si nous étions les derniers demeurés d’une classe de maternelle, alors qu’en réalité, ne serait-ce que par notre entêtement à choisir la laïcité, nous sommes socialement en avance sur notre époque qui se laisse de plus en plus séduire par les vieux cultes puritains, ramenés au goût du jour par les ratées de la liberté moderne.         

Pourquoi banaliser ainsi le voile et la portée de sa symbolique? Pourquoi faire la sourde oreille aux propos tenus par des femmes comme Fatima Houda-Pépin, Djemila Benhabib ou encore Nadia El-Mabrouk? Sont-elles brainwashées, ignorantes, intolérantes ou racistes? Sont-ce des curés, elles aussi?         

Pourquoi tourner en ridicule leur travail acharné pour nous informer, défendre notre liberté de conscience et d’expression, et nous mettre en garde contre ceux qui ont déjà bouleversé les pays d’Orient et d’Europe, et qui projettent ouvertement de faire la même chose ici?         

  

Poursuivons : en plus de confondre musulmans et islamistes, tu ne sembles pas voir la différence tout aussi marquée qu’il y a entre spiritualité et religion. La spiritualité est une quête de paix et d’équilibre personnelle, qui se vit par et pour soi. La religion est une institution qui gouverne et conquiert les esprits en codifiant les vies et les mœurs, à travers des croyances et des convictions induites par des mythes, des rites et des traditions.         

Pourquoi discréditer la spiritualité de ceux qui se battent contre leurs dépendances? Est-ce qu’ils ruent dans les brancards pour obtenir toujours plus d’accommodements, parce que leur combat pour la sobriété les a amenés à croire à en une force supérieure? Non, en général, ils accompagnent ceux qui sont en train de passer dans le même tordeur qu’ils ont eux-mêmes dû traverser. Leur spiritualité leur fait faire œuvre utile.         

Est-ce que la matante qui croit en la réincarnation prend d’assaut toutes les tribunes qu’elle peut pour diffuser ses croyances et ses politiques? Non, elle va préférer acheter des livres sur le sujet et en discuter avec ceux qui partagent ses intérêts, plutôt que de sommer un chef politique de faire profil bas. Sa spiritualité la rassure dans ses questionnements existentiels et lui permet de tisser des liens.         

Est-ce que le gars avec le visage plein de « pins » va brutaliser sa sœur parce qu’elle refuse de se percer le visage ou parce qu’elle enlève ses piercings une fois hors de la maison? Non, ses bijoux, il les arbore parce qu’il se fiche des conventions et que ça lui plaît. Il ne recrute pas des jeunes en douce pour les envoyer faire le djihad. Ses « pins » lui permettent simplement d’afficher sa personnalité et ne font de mal à personne.         

Pourquoi te moques-tu des familles éprouvées par la maladie qui, dans les pires moments d’angoisse et de chagrin, finissent par se tourner vers une figure divine lointaine qui, sait-on jamais, pourra peut-être les aider à tenir le coup? Même si toi, moi ou nous tous n’y croyons pas personnellement, qui sommes-nous pour juger, dans la mesure où c’est personnel, que ça apporte du support à ceux qui en ont besoin et que ça ne contraint ni ne soumet personne, contrairement au voile que tu défends?         

Même si on peut questionner le réflexe résiduel d’avoir des gestes religieux dans une société laïque, je trouve que la nonchalance de tes comparaisons est d’une saisissante insensibilité, en plus de ne tout simplement pas tenir la route.         

Nos parents et nos grands-parents ont effectivement travaillé très fort pour libérer leurs esprits, leurs mœurs et leurs coutumes du carcan qu’était devenue l’Église d’avant 1960. Est-ce que tout est parfait, est-ce que tout est mieux et est-ce que tous les buts sont atteints? Poser la question, c’est y répondre, mais ce n’est certainement pas en nous ramenant par les cheveux aux heures les plus obscures de l’histoire qu’on pourra continuer d’aller de l’avant.         

C’est fascinant de voir cette capacité que tu as à faire table rase des luttes de nos mères féministes, qui ont consenti à d’énormes sacrifices pour que tu sois maintenant libre de tenir des propos sur le voile aussi estomaquant. Il me semble que c’est une bien étrange manière de les honorer.         

Moi aussi, je trouve ça plate qu’on ne prenne pas la question à bras-le-corps, parce qu’on a peur d’une minorité islamiste guerrière, appuyée par de surprenants collaborateurs québécois. Je trouve déplorable qu’on se laisse prendre à ce jeu de la censure et qu’on laisse ainsi causer un tort de plus en plus important au Québec et à la majorité des musulmans immigrés ou nés ici qui ne veulent rien savoir des guerres de religion, parce qu’ils savent que, partout ailleurs, leurs frères meurent aux mains des intégristes.         

Tu dis qu’il faut regarder en écoutant, mais écoutes-tu les Québécois? Je ne parle pas de leur faire la morale ou de les culpabiliser, mais de les écouter, vraiment, au lieu de banaliser leurs peurs? Parce que cette petite voix que tu décries et que tu nous sommes de taire, n’est pas que porteuse de préjugés et de peurs irrationnelles, mais également de tous nos instincts de protection et de notre conscience personnelle et collective. Cette voix se cultive et s’éduque, mais ne doit jamais être tue.         

Au lieu de ça, tu nous taxes d’être les nouveaux curés, mais c’est drôle, dans toute cette histoire, la seule personne que je vois vraiment agir en curé, et de cette mauvaise sorte, c’est toi, Catherine.         

Tu fais comme ceux qui se sont permis de prêcher d’une main et d’abuser de l’autre. Tes propos trompent la confiance des gens, falsifient notre histoire et profitent de l’ignorance des moins instruits, de nos meilleurs sentiments et de nos plus belles valeurs à des fins qui se révèlent de plus en plus anti-québécoises. Et c’est pour toutes ces raisons que, vraiment, tu me fâches, Catherine Dorion. Vraiment beaucoup.