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Catherine Dorion, encore une fois

La députée solidaire sait faire parler d'elle

Catherine Dorion, encore une fois
Photo d'archives, Annie T. Roussel

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Une question semble hanter cet automne post-électoral: faut-il, oui ou non, parler de Catherine Dorion? Plusieurs se la posent: ils ont l’impression de faire de la publicité à un farfelu personnage et se demandent s’il ne vaudrait pas mieux l’ignorer.

Je comprends ces réserves. Mais quoi qu’on en pense, la poétesse autoproclamée de l’Assemblée sait occuper l’espace médiatique. On ne peut pas faire semblant que ce n’est pas le cas. Elle a même réussi à ringardiser Gabriel Nadeau-Dubois, qui a désormais l’air d’un ex-leader au charisme déclinant reconverti en fade député au style de fonctionnaire se distinguant seulement par sa radicalité idéologique. Il n’appréciera pas éternellement ce rôle mineur et on peut deviner que Québec solidaire sera vite traversé par des jalousies profondes. Quant à Manon Massé, c’est désormais le seul visage adulte de Québec solidaire, mais elle n’a pas l’art de susciter la controverse comme Dorion et ne se distingue pas non plus par la profondeur de sa pensée.

Alors parlons de Dorion, mais surtout, de ses mauvaises idées. 

On le sait, elle a récemment publié une vidéo pour diaboliser le débat sur le voile islamique. Son argument est fascinant: le voile serait devenu le symbole de la différence dans notre société. Refuser le voile, ce serait militer sans l’avouer pour une société homogène qui bannirait la diversité et étoufferait ceux qui ne veulent pas vivre selon la norme dominante. En d’autres mots, le voile islamique serait même devenu, dans nos sociétés, un symbole de liberté. Ceux qui s’y opposeraient seraient de nouveaux curés. 

C’est ce qu’on appelle inverser la réalité. Car le voile islamique, n’est pas un symbole comme un autre. Ce n’est pas un anneau dans le nez ou un bras tatoué. C’est un symbole politico-culturel qui sert moins à afficher sa foi de manière ostentatoire au quotidien qu’à rendre de plus en plus visible une certaine conception de l’islam qui cherche à s’imposer dans le monde occidental comme en terrain conquis. Chaque femme qui porte le foulard n’en est évidemment pas consciente, mais elle est conscrite, sans même le vouloir, dans cette offensive idéologique. Elle est mobilisée, même si elle s’en défend, dans une entreprise prosélyte. Pour le dire autrement, les islamistes ont mobilisé le corps des femmes au service de leur entreprise, et ce n’est pas manquer de respect à l’égard des musulmanes que de le constater, sans complaisance ni véhémence. 

Plus encore, contrairement à ce que pense Catherine Dorion, le voile a justement pour vocation de nier la singularité féminine, de l’étouffer. Dans l’espace public, les femmes doivent être standardisées. Elles doivent sortir avec leur uniforme ou sont alors jugées suspectes – ne sont-elles pas alors en train de prendre le pli occidental. Comment peut-on alors s’imaginer un seul instant que le voile islamique soit un symbole de liberté? Pour peu qu’on réinscrive sa signification dans notre époque et ses enjeux, on sera renversé par un tel propos. 

Mais Catherine Dorion ne semble pas connaître grand-chose à l’islam politique et tombe dans son piège. Emportée par son enthousiasme diversitaire, elle banalise l’oppression des femmes en la présentant comme une étape de plus dans leur émancipation. Elle oublie que l’islam est moins une chance pour l’Occident que l’Occident est une chance pour l’islam, qui pourrait profiter de son devoir d’adaptation à notre civilisation pour se moderniser et s’ouvrir enfin à la liberté des femmes. Mais pour cela, notre civilisation devrait assumer son identité et ne pas consentir à sa dissolution dans un juridisme étroit au nom de l'idéologie des droits.

Cette controverse nous rappelle à quel point la gauche radicale québécoise s’est fait lessiver idéologiquement le cerveau par le multiculturalisme canadien, qui fait de la «diversité» une fin en soi et qui en est venu, récemment, à valoriser le niqab comme l’ultime symbole de la différence à célébrer. On nous vend le paradoxe suivant: plus un symbole heurte nos valeurs, plus nous devons nous y ouvrir pour surmonter le réflexe du repli identitaire. 

La conclusion se laisse aisément deviner: le jour où nous nous effacerons comme peuple, alors nous aurons vraiment passé le test de l’ouverture à l’autre. Alors on nous félicitera.