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Un catalogue des scandales de Donald Trump

Un catalogue des scandales de Donald Trump
AFP

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Quand il est question de l’actuel président des États-Unis, un fait accablant est incontournable: le nombre et la gravité potentielle des scandales qu’il traîne dans son sillon atteignent des proportions tout simplement ahurissantes.

Il y a des jours comme ça où un blogueur ne sait plus où donner de la tête. J’ai donc décidé de constituer un petit catalogue de scandales comme aide-mémoire, pour le bénéfice des lecteurs de ce blogue... d’où la longueur inhabituelle de ce billet. Je suis assez vieux pour me rappeler la campagne de 2016, où Donald Trump criait haut et fort qu’il fallait à tout prix éviter d’élire son adversaire, puisqu’elle serait inévitablement l’objet d’enquêtes sur ses courriels et sa fondation familiale. Aujourd’hui, c’est lui qui est président et Donald Trump lui-même et toutes les entreprises ou organisations qui ont porté son nom au cours de la dernière décennie sont soit sous enquête, sous le coup de poursuites civiles, ou ont déjà donné lieu à des mises en accusation criminelles, des condamnations ou des peines de prison.

Un article récent de Garrett Graff du site Wired identifie 17 enquêtes simultanées, réparties entre cinq entités. Ci-dessous, mon résumé de ce catalogue de scandales auxquels d'autres viennent s'ajouter à la fin. Plusieurs de ces scandales, pris individuellement, suffiraient à mettre fin à la carrière de tout politicien normal, mais dans le cas de Donald Trump, il semble que la quantité invraisemblable de scandales qui l'entourent fait en sorte qu'on ne les voit plus. Ils sont pourtant bien là..

L’enquête du procureur spécial sur l’affaire russe, Robert Mueller

1. Ingérence russe dans l’élection de 2016. Les faits sont suffisamment solides pour avoir mené à la mise en accusation formelle de 25 agents russes et à un plaidoyer de culpabilité de la part d’un Américain qui les aurait aidés. L’enquête continue.

2. Wikileaks. Deux proches de Trump, Roger Stone et Jerome Corsi, sont sous la loupe des enquêteurs et s’attendent à être mis en accusation. Leurs déclarations passées sont truffées de faussetés et de mensonges.

3. La filière du Moyen-Orient. Cette dimension de l’enquête est passée sous les écrans radar mais les liens du gendre de Trump, Jared Kushner, avec l’Arabie saoudite et Israël, entre autres, entremêlés à ses affaires personnelles, ont sonné plusieurs alarmes dans l’équipe du procureur Mueller.

4. Paul Manafort. À lui seul, l’ex-directeur de campagne de Trump est au cœur de suffisamment de scandales pour faire tomber n’importe quel politicien normal. Il a été jugé coupable d’une série d’accusations liées à une ribambelle d’activités louches. Ses liens avec le régime pro-russe d’Ukraine et plusieurs oligarques proches de Poutine sont bien documentés, tout comme ses efforts pour infléchir la plate-forme politique du Parti républicain en leur faveur. L’enquête continue.

5. Le projet de Tour Trump à Moscou. Pendant toute la campagne, le candidat Donald Trump s’est évertué à nier formellement tout lien d’affaires avec la Russie, mais il est maintenant de plus en plus clair qu’il était enfoncé jusqu’au cou dans un projet de tour au centre-ville de Moscou, pour lequel des documents existent, qui portent sa signature. Comment les électeurs auraient-ils réagi s’ils avaient connu l’ampleur des intérêts de Trump en Russie? On ne le saura jamais. Au mieux, on peut accuser Trump d'avoir menti pendant sa campagne électorale. Au pire, on peut spéculer qu'il est vulnérable à l'influence de Vladimir Poutine à cause de ses intérêts financiers ou pour d'autres raisons liées à ce projet.

6. Contacts avec des agents russes pendant et après la campagne. Au centre de l’affaire russe, il y a cette fameuse rencontre à la Trump Tower de New York entre l’équipe de campagne et des agents russes venus leur colporter des révélations sur Hillary Clinton. Il faut être plutôt naïf pour croire les explications de l’entourage de Trump au sujet de cet épisode qui établit clairement qu’un lien entre la campagne et les activités russes pour aider la campagne est plausible. L’enquête continue.

7. Entraves à la justice. Il faut rappeler que c’est cette dimension qui a entraîné la démission de Richard Nixon suite à l’affaire du Watergate. Dès les tout premiers moments de l’administration Trump, on note les efforts de différents membres de l’administration pour détourner l’attention de l’affaire russe. Les démarches à l’endroit de James Comey pour limiter les enquêtes du FBI sur Michael Flynn et le congédiement de Comey en mai 2017, que Trump a lui-même en entrevue lié à l’affaire russe, ne sont que les premiers morceaux du casse-tête que Mueller ne manquera pas de compléter. Les documents légaux partiellement publiés dans le cadre des poursuites contre Michael Cohen et Paul Manafort laissent entrevoir que le procureur spécial est en train de monter un dossier substantiel pour étayer d’éventuelles accusations d’entraves à la justice qui impliqueraient directement Trump.

Enquêtes menées par les procureurs fédéraux du district sud de New York (SDNY)

8. Complot pour enfreindre la loi sur le financement des campagnes électorales. Deux plaidoyers de culpabilité ont déjà été reçus pour des infractions à la loi électorale dans le cadre des paiements faits à des maîtresses passées de Trump pour acheter leur silence avant l’élection. Il est clair que Trump est impliqué dans ces affaires, mais il n’est pas certain qu’un procès en bonne et due forme mènerait à une condamnation et il est aussi plutôt clair que ces deux accusations ne suffiraient pas à convaincre suffisamment de sénateurs républicains pour assurer le succès d’un procès en destitution au Congrès. Il n’en demeure pas moins que le président Trump est présentement considéré comme un complice potentiel à une infraction criminelle reconnue (voir ici). La perquisition dans les bureaux de l’ex-avocat de Trump, Michael Cohen, et la collaboration de son ex-comptable Allen Weissenberg ont aussi, fort probablement, donné aux procureurs de New York amplement de matière pour monter de nouvelles accusations. C’est à suivre.

9. L’inauguration. Lorsqu’un président est intronisé, le financement des festivités qui entourent l’événement provient de fonds privés. L’inauguration de Trump a recueilli un record de 107 millions $ à ces fins, soit plus du double de l’inauguration de Barack Obama en janvier 2009, même si cette dernière avait été beaucoup plus imposante. D’où venait l’argent? Où est allé l’argent? Rien n’est clair et un article récent du Wall Street Journal donne une idée de l’ampleur des fraudes potentielles. L’enquête se poursuit.

10. Financement du Super-PAC de Trump. La provenance et l’utilisation des fonds de cette entité privée qui faisait la promotion de la campagne de Trump a soulevé beaucoup de questions et les procureurs de New York ont pris l’enquête en charge.

11. Lobbying pour des intérêts étrangers. En marge des différentes enquêtes du SDNY, des activités de lobbying illégal, notamment par l’ex-directeur de campagne Paul Manafort et son second Rick Gates, ont été mises à jour. Ces enquêtes progressent.

Enquêtes du procureur fédéral du District de Columbia

12. Maria Butina et la National Rifle Association (NRA). Maria Butina est une agente russe qui a infiltré la NRA et aurait potentiellement participé à des transferts de fonds russes à la NRA. Incidemment, cette organisation a fait des contributions financières à la campagne électorale de Donald Trump bien au-delà de toutes ses participations passées aux campagnes républicaines. Maria Butina a plaidé coupable à plusieurs accusations et collabore étroitement à l’enquête en cours sur ces malversations.

Procureur fédéral du district est de la Virginie

13. Elena Alekseevna Khusyaynova. On en sait encore peu sur cette affaire, mais cette agente russe est sous enquête pour sa participation aux campagnes de 2016 et 2018 et elle a été mise formellement en accusation.

14. Influence de la Turquie. L’ex-conseiller à la sécurité nationale de Trump, Michael Flynn, était étroitement lié à la Turquie, qui le payait des centaines de milliers de dollars pour des activités de lobbying non rapportées aux autorités alors même que Flynn faisait campagne aux côtés de Trump. L’enquête est en cours et Flynn y collabore.

Enquêtes de la ville et de l’État de New York

15. Fraudes fiscales. Une enquête approfondie du New York Times publiée le 2 octobre dernier braquait les projecteurs sur une multitude de pratiques frauduleuses liées aux activités de l’organisation Trump depuis l’époque où elle était dirigée par le père du président, Fred Trump. Les autorités de l’État de New York se sont saisies de ces allégations et plusieurs enquêtes sont en cours

16. La Fondation Trump. La nouvelle est tombée hier: la procureure générale de l’État de New York a ordonné la dissolution de la fondation Trump, qu’elle accuse de multiples violations des lois et règlements gouvernant les activités des fondations charitables. J’aurai l’occasion de revenir bientôt sur les détails de cette affaire qui aura aussi des répercussions criminelles puisque de nombreuses fraudes fiscales pourraient y être rattachées. (Ajout 20/12/18: voir ma chronique du 20 décembre)

17. La clause des émoluments. La constitution des États-Unis interdit à un président en exercice de recevoir des paiements de toute nature de la part de gouvernements étrangers. Évidemment, Donald Trump reçoit de tels émoluments à la tonne. Une poursuite à cet effet a été déposée dans l’État de New York et elle progresse. À lui seul, l’hôtel Trump à Washington est un véritable aspirateur de fonds étrangers. (voir ici)

Ce n’est pas tout

18. Autres enquêtes. La nomenclature de Graff mentionne aussi d’autres enquêtes de nature encore inconnue, qui sont mentionnées de façon oblique dans les différents documents lourdement caviardés déjà publiés dans le cadre des différentes enquêtes mentionnées ci-dessus.

19. Poursuites civiles liées au harcèlement sexuel. Dans le sillage de la vidéo d’Access Hollywood où Donald Trump se vantait de multiples inconduites sexuelles, plusieurs femmes ont révélé avoir été l’objet d’avances non sollicitées et de diverses formes de harcèlement sexuel de la part de Donald Trump. C’est de l’histoire ancienne, mais ces affaires ne sont pas mortes. Notamment, le cas de Summer Zervos, qui poursuit Trump au civil en diffamation en Californie, est encore en suspens à cause de l’immunité présidentielle. 

20. Trump University. Ce scandale a été balayé sous le tapis pendant la campagne présidentielle, mais il importe de se rappeler que Donald Trump a accepté de régler ce litige hors cour pour un montant de 25 millions, plus de la moitié des 40 millions en dommages réclamés par les plaignants. Son «université» était vraisemblablement une combine frauduleuse de A à Z. 

21. Nomination de Matt Whittaker comme Attorney General par intérim. Le 19 novembre dernier, trois sénateurs démocrates ont déposé une poursuite contre le président alléguant que cette nomination est illégale puisqu’elle court-circuite l’ordre normal de succession et nomme à un poste majeure une personne non confirmée par le Sénat. La cause est en examen. 

22. Engagement de travailleurs illégaux dans les propriétés de Trump. Avec l’énergie que Trump met à combattre l’immigration illégale, on s’attendrait à ce qu’il fasse un peu attention, mais de nombreux cas d’engagement d’immigrants sans documents dans les propriétés de Trump ont été répertoriés. Les suites de ces affaires ne sont pas claires. 

23. Le téléphone cellulaire non sécurisé du président. Après avoir insisté pendant des mois pour condamner Hillary Clinton et la vulnérabilité de ses courriels, on aurait pu s’attendre à ce que le président Trump soit hyper attentif à la sécurité de ses propres communications. Pourtant, son téléphone cellulaire personnel, dont il se sert abondamment, n’est pas sécurisé et pourrait facilement avoir été l’objet de surveillance par des agents étrangers. Les démocrates ont promis de faire enquête sur cette affaire quand ils auront le contrôle de la Chambre des représentants.

24. Les courriels d’Ivanka. Finalement, puisque les républicains n’ont pas hésité pendant des mois à réclamer l’emprisonnement d’Hillary Clinton en raison de son utilisation d’un courriel privé pendant son séjour au département d’État, je m’en voudrais de ne pas mentionner le fait que la fille du président a utilisé un courriel privé pendant plusieurs semaines après sa nomination comme conseillère spéciale à la Maison-Blanche.

Etc. etc. etc. J’en oublie sans doute. Peut-être que les lecteurs qui ont eu la patience de lire jusqu’ici pourront m’en suggérer d’autres.

À part ces quelques peccadilles, je n’ai personnellement rien contre Donald Trump, dont on dit qu’il peut être, à ses heures, un type très bien et un bon père de famille.

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Pierre Martin est professeur de science politique à l’Université de Montréal et directeur de la Chaire d’études politiques et économiques américaines au CÉRIUM. On peut le suivre sur Twitter: @PMartin_UdeM