/news/green
Navigation

Beaux cadeaux pour les pétrolières

Les mesures économiques annoncées par Ottawa pourraient faire pleuvoir jusqu’à 3 milliards $ sur l’industrie

Sables bitumineux
Photo d’archives Il y a 10 ans, Le Journal avait réalisé un reportage concernant l’industrie pétrolière d’exploitation des sables bitumineux, notamment à Fort McMurray (photo) qui défigure le paysage albertain, en plus de polluer l’environnement. 

Coup d'oeil sur cet article

OTTAWA | Alors que Justin Trudeau se dit le champion de l’environnement, son gouvernement pourrait verser un autre 2,7 milliards $, dans les cinq prochaines années, aux entreprises pétrolières, selon des données compilées par Le Journal.

« [Il s’agirait] de milliards qui s’ajoutent à la pluie de milliards qu’a distribuée le gouvernement Trudeau pour l’industrie pétrolière et gazière », s’est insurgé Patrick Bonin, responsable de la campagne Climat-Énergie chez Greenpeace.

Il n’a pas manqué de souligner que le fédéral va « totalement à l’encontre de ses engagements climatiques et nuit par le fait même à la santé des Canadiens et à celle de la planète ».

En novembre, les libéraux ont annoncé dans leur mise à jour économique fédérale qu’ils mettraient en place pour 14,4 G$ d’allégements fiscaux pour les entreprises canadiennes, afin qu’elles puissent mieux rivaliser avec les Américains. Il leur serait permis d’amortir plus rapidement leurs investissements.

Le programme n’a pas été conçu dans le but précis d’avantager les industries pétrolières. À ce jour, l’ampleur de cet allégement fiscal pour ce secteur n’a toujours pas été rendue publique.

Grande gagnante

Or, selon des calculs effectués par Le Journal, c’est l’industrie pétrolière qui profiterait le plus de cette mesure si la tendance générale des investissements des cinq dernières années se maintient. Ces chiffres ont été vérifiés par quatre économistes indépendants, dont Jean-Denis Garon et Pierre Fortin, de l’UQAM, ainsi que Jean-Thomas Bernard, de l’Université d’Ottawa.

Cette année, l’industrie pétrolière a dépensé 40 G$ en immobilisations privées (soit près de 20 % du total canadien), comparativement à 32,3 G$ pour le secteur des services publics (au deuxième rang). L’industrie pétrolière recevrait donc 2,7 G$ des 14,4 G$ promis en allégements fiscaux par le gouvernement Trudeau sur cinq ans.

C’est sans compter les sommes qui seraient investies pour la construction de pipelines.

Nos calculs étant basés sur les investissements passés des différents secteurs économiques canadiens, ils ne sont que des prévisions.

Moteur économique

« Pendant des années, le secteur des ressources pétrolières a été énormément sollicité et il est devenu un moteur économique pour l’Ouest canadien et pour le pays. Elle est donc devenue un monstre. Donc, toute initiative qui veut aider toutes les industries va appuyer démesurément celle du pétrole », a analysé M. Garon, professeur d’économie à l’École des sciences de la gestion à l’UQAM.

À ce montant s’ajoute l’aide financière de 1,6 G$ à l’industrie pétrolière annoncée par le gouvernement Trudeau mardi.

De son côté, le ministère des Finances a refusé de confirmer le calcul du Journal, mais n’a pas été en mesure de fournir des chiffres différents.

« Selon les estimations du Ministère, il serait inexact de rapporter que le secteur pétrolier sera un plus grand bénéficiaire des mesures récemment annoncées que l’ensemble des sociétés québécoises », a dit la porte-parole Valérie Forgues.

– Avec la collaboration de Jean-François Gibeault


► Les données utilisées par Le Journal dans le cadre de ses calculs sont tirées de Statistique Canada et de l’Office nationale de l’Énergie.

Le Québec ne touche que 2,1 milliards $

Si l’industrie pétrolière peut recevoir 2,7 milliards $ en cadeaux fiscaux, l’ensemble des industries québécoises n’obtiendrait que 2,1 G$, constate Le Journal.

« J’en ai les jambes sciées [...]. C’est très préoccupant. Ce que ça démontre est que pour Justin Trudeau, autant que pour l’ancien gouvernement conservateur, l’avenir du Canada est le pétrole. Il y a plus d’argent dans la dernière mise à jour économique pour l’industrie pétrolière que pour le Québec au complet », a bondi Gabriel Ste-Marie, député de Joliette du Bloc québécois.

Celui-ci réagissait aux chiffres compilés par Le Journal qui démontrent que l’industrie pétrolière a dépensé plus en immobilisations que l’ensemble des industries privées du Québec cette année.

Au total, les pétrolières ont investi 40 G$ dans ce type de dépense, contre 30,2 G$ au Québec.

Le résultat : si la tendance se maintient, les pétrolières profiteront davantage de la mesure phare du dernier énoncé économique que le Québec.

Pas si étonnant

Or, ce résultat n’étonne pas tant les économistes, qui indiquent que le Québec a longtemps eu un déficit d’investissement privé comparativement à son importance économique au pays.

« La faible part du Québec n’est pas surprenante, car la part des investissements privés détenue par le Québec est en général plus faible que son poids économique [PIB] et démographique », a analysé Jean-Thomas Bernard, professeur d’économie à l’Université d’Ottawa.

Essentielle

Amarjeet Sohi<br>
<i>Ministre fédéral</i>
Photo Agence QMI, Maxime Huard
Amarjeet Sohi
Ministre fédéral

 

Il ne faut pas oublier l’importance de l’industrie pétrolière pour l’économie canadienne, a indiqué mardi le ministre fédéral des Ressources naturelles, Amarjeet Sohi.

« L’industrie pétrolière et gazière de l’Alberta est essentielle à l’économie du Canada. Ces investissements contribueront à protéger des emplois et à rétablir la compétitivité du secteur en ces temps difficiles », a assuré le ministre.