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Elle attend la fin d’une saga judiciaire depuis 10 ans

Son père est décédé en 2008 après avoir été contaminé par une naturopathe

Gabrielle Matern
Photo Michaël Nguyen Gabrielle Matern attend toujours que justice soit rendue 10 ans après le décès de son père Roger, qui a été contaminé par une fiole installée par une naturopathe .

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La fille d’un Montréalais mort il y a 10 ans après qu’une naturopathe lui eut injecté un soluté provenant d’une fiole contaminée est épuisée d’attendre le dénouement de cette interminable saga judiciaire, qui ne se terminera pas avant l’été 2020.

« La justice pour nous a été très longue. C’était un pas en avant, deux en arrière... Notre famille ne pourra pas tourner la page tant que justice ne sera pas rendue », laisse tomber Gabrielle Matern en entrevue au Journal.

Depuis le décès de son père Roger en 2008, Mme Matern s’est retrouvée malgré elle au cœur d’une longue saga judiciaire impliquant la naturopathe Mitra Javanmardi, maintenant âgée de 61 ans.

Accusée de l’homicide involontaire de Roger Matern, Javanmardi avait toutefois obtenu l’acquittement en 2015. La Cour d’appel a toutefois annulé la décision en mai dernier, déclarant l’accusée coupable d’avoir tué l’homme de 84 ans.

« Ma mère est décédée quelques mois plus tôt. Elle n’a pas pu voir le jugement d’appel, mais au moins elle est avec lui au ciel », explique Mme Matern.

Cour suprême

La naturopathe était de retour en cour au cours des derniers jours pour les plaidoiries sur la peine à lui imposer. 

Le hic, c’est que Javanmardi a obtenu le droit d’être entendue par la Cour suprême. Son avocate Isabel Schurman a donc demandé de reporter les audiences jusqu’à ce que le plus haut tribunal du pays tranche.

« Le dossier est long et complexe, et a causé un stress émotionnel important à ma cliente », a plaidé Me Schurman.

Le procureur de la Couronne Christian Jarry, de son côté, demande quand même à procéder, mais il est d’avis que la sentence ne devrait pas être mise à exécution avant le jugement de la Cour suprême, au cas où Javanmardi aurait gain de cause. 

Sauf qu’en raison des délais devant le plus haut tribunal du pays, la décision ne devrait pas arriver avant l’été 2020.

« Ça fera 13 ans, rappelle Mme Matern, l’émotion dans la voix. Le décès de maman remonte à l’an passé, et là nous nous faisons rappeler la cause de papa. »

Par amour

Mme Mattern refuse toutefois de jeter l’éponge. Si elle continue à trouver la force de garder la tête hors de l’eau, c’est « par amour pour les parents », explique-t-elle.

Elle mentionne d’ailleurs que dans cette saga judiciaire, elle a pu compter sur le soutien des procureurs de la Couronne, en particulier Dennis Galiatsatos, qui est maintenant devenu juge.

« Les procureurs ont été extraordinaires dans le dossier, dit-elle. Dennis Galiatsatos est allé chercher le côté humain du droit, et c’est là que j’ai senti que je pouvais respirer, raconte Mme Matern. Il a vraiment été l’étoile du Nord dont on avait besoin. »

Mme Matern espère maintenant que le Collège des médecins du Québec prendra des mesures concernant les naturopathes. 

Car avant la mort de son père, Javanmardi avait plusieurs fois été dans la mire du Collège pour avoir illégalement pratiqué la médecine.

« Tout ce qu’elle avait eu, c’était des amendes », dit-elle. 

Mme Matern souhaiterait que le Collège se mette à encadrer la naturopathie, ce qui permettrait d’exercer un meilleur contrôle et de protéger la population, selon elle.

« Si le Collège évolue, se modernise, s’il fait quelque chose pour faire avancer les choses, alors la mort de mon père ne sera pas vaine », conclut-elle.