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Une fondation à l’image de Trump

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Mardi, Donald Trump a été forcé de saborder sa fondation personnelle. Ce scandale en dit long sur le président, sa philosophie et sa gouverne, tout en s’ajoutant aux problèmes qui minent sa présidence.

L’actualité américaine ne manque pas d’ironie. Moins d’une semaine après le fiasco d’une commission du Congrès où les républicains souhaitaient exposer les présumées malversations de la Fondation Clinton, l’État de New York ordonnait la dissolution de la Fondation Trump, prélude à de multiples poursuites potentielles.

À l’image de l’homme et de sa présidence, cette fondation opérait dans le chaos total, sans plan directeur ni boussole morale, servant d’abord les intérêts de Donald Trump.

Charité bien ordonnée...

Pour l’essentiel, Trump se servait de sa fondation comme d’un compte chèque à l’abri du fisc, pour son bénéfice propre et pour recevoir les dons de ceux qui souhaitaient être dans ses bonnes grâces. Par exemple, la plus grande dépense de la fondation, un don de 264 231 $ en 1989, avait servi à rénover une fontaine située en face d’un hôtel Trump. Le plus petit don, 7 $, avait couvert les frais d’inscription chez les scouts pour son fils qui avait alors 11 ans.

Quand Trump voulait peaufiner son image en donnant à de bonnes causes, c’était par le biais de sa fondation, largement avec l’argent des autres.

Fraudes fiscales et électorales

Bref, les procureurs de l’État de New York ont devant eux une longue série de transactions louches qui ouvrent la porte à de nombreuses poursuites pour évasion fiscale.

En 2016, Trump s’est aussi servi de sa fondation pour contourner la loi sur le financement électoral. En Iowa, il avait promis de donner des millions à des organisations de vétérans. C’est la fondation qui a déboursé, même si la loi proscrit l’utilisation de fondations caritatives à des fins électorales.

Bref, après la dissolution de la fondation, il ne faudra pas s’étonner de voir des accusations de fraude fiscale ou électorale contre Trump.

Présages et conséquences

La Fondation Trump n’avait ni plan stratégique ni règle de gouverne. Son conseil n’aurait pas siégé depuis deux décennies. C’était un présage du style de gestion chaotique que Donald Trump amènerait avec lui à la Maison-Blanche.

C’était aussi un présage de l’éthique qui allait prévaloir dans une administration où le souci du gain personnel semble l’emporter sur celui du bien public.

Pour Donald Trump, les enquêtes sur sa fondation auront deux conséquences durables.

D’une part, elles se solderont presque certainement par des accusations de fraude. Fait à souligner : les condamnations qui en découleraient seraient à l’abri du pardon présidentiel, réservé aux crimes fédéraux.

Dans l’immédiat, l’État de New York a sanctionné les membres de la famille Trump en leur interdisant de siéger à des conseils d’organismes caritatifs. Concrètement, cela signifie que si l’idée vient à quelqu’un de financer une bibliothèque présidentielle pour Trump à New York, ni lui ni ses enfants ne pourront y être mêlés.