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Chaos et folie à Washington

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Le secrétaire général à la Défense, James Mattis, a remis jeudi sa lettre de démission. Mattis s’oppose à la décision de Donald Trump de retirer les troupes américaines de Syrie et de réduire de moitié le nombre de soldats américains en Afghanistan.

Plus généralement, il s’oppose à la vision délirante du monde de Trump. Délirante parce que Trump souffre de maladie mentale, très probablement de narcissisme grave. Mattis était le seul qui pouvait encore modérer les folles impulsions de Trump en défense et en politique étrangère. Son départ inquiète non seulement les démocrates, mais aussi les républicains qui commencent à saisir l’ampleur de la folie du président qu’ils ont soutenu. Le monde entier devrait trembler.

1. En quoi Mattis et Trump s’opposent-ils ?

Le fond du désaccord entre Mattis et Trump repose sur la menace que constituent la Chine et la Russie ainsi que sur le rôle des alliés. Dans sa lettre de démission, Mattis écrit que la Chine et la Russie sont en train de « façonner un monde conforme à leur modèle autoritaire ». En clair, ces deux États travaillent à détruire les États démocratiques et leur héritage. Il ajoute que la solidarité entre les États-Unis et leurs alliés renforce « la sécurité, la prospérité et les valeurs » américaines. En d’autres termes, les pays alliés ne peuvent pas être traités comme les pays non alliés. Les tarifs tous azimuts de Trump sur l’acier et l’aluminium constituent un parfait exemple de l’absence de solidarité que Mattis déplore.

2. Pourquoi Trump veut-il retirer les troupes américaines ?

Trump avance deux arguments contradictoires. D’une part, il affirme que l’État islamique est vaincu. D’autre part, il ajoute que c’est au tour des pays de la région de lutter contre l’État islamique, de sacrifier des soldats et de dépenser de l’argent dans les guerres de la région. L’État islamique est très affaibli, mais il n’est pas mort. Et surtout, le fondamentalisme religieux islamiste continue à opérer sous d’autres organisations qui sont soutenues par divers États musulmans. C’est donc surtout pour des raisons financières à court terme et pour se vanter d’avoir ramené des soldats au pays que Trump retire l’armée américaine de la région. Mattis, lui, calcule les coûts financiers et politiques à long terme.

3. Quelles seront les conséquences au Moyen-Orient ?

La suite est facile à prévoir. Les Kurdes seront attaqués par les Turcs. Les islamistes, parmi lesquels les talibans redoubleront d’efforts pour renverser les gouvernements installés par les Américains. La Russie, la Turquie et l’Iran accroîtront leur puissance dans la région. L’Arabie saoudite augmentera sa pression contre l’Iran. Les marchands d’armes seront ravis. Les prix du pétrole pourraient augmenter à mesure que le chaos s’installera.

4. Quelles conséquences pour la Chine et la Russie ?

Donald Trump cherche surtout à négocier un nouvel équilibre avec ces deux pays. Un équilibre qui à ses yeux sera plus favorable aux États-Unis. Sauf que Trump pense encore une fois à court terme. Il risque donc de sacrifier les intérêts américains à long terme pour parvenir à une entente qui le ferait bien paraître aux yeux des électeurs. C’est ce que Mattis ne veut pas.

5. Qui peut arrêter Trump ?

Personne pour le moment. Seule une forte alliance entre démocrates et républicains le permettrait. Cette alliance commence à se dessiner en politique étrangère. En attendant, il faut espérer que Trump ne décide pas un beau matin d’entrer en guerre, après s’être consulté lui-même.