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L’année de toutes les pétarades

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Certaines années, une ou deux menaces en particulier focalisent l’attention de la planète. C’était souvent le cas au plus fort de la guerre froide ou récemment encore, lorsque les extrémistes de l’État islamique semaient la terreur du Moyen-Orient à la Californie, en passant par Paris et Berlin.

L’impression est différente à voir approcher 2019. Russes et Américains se préparent à une nouvelle course à l’armement nucléaire ; minces sont les espoirs que la guerre commerciale entre les États-Unis et la Chine prenne fin dans la bonne humeur ; l’Iran ne montre aucune envie de modérer ses élans régionaux et, plus que jamais, les tensions qui n’ont cessé de s’intensifier entre Européens risquent de faire éclater l’Union.

Les grands dangers ont été saupoudrés un peu partout à travers le monde, ce qui donne peu de chance de répit au cours des 12 prochains mois. Prenez la Russie de Vladimir Poutine : elle triomphe en Syrie où l’aide salvatrice apportée à Bachar al-Assad lui garantit un pied-à-terre à long terme dans la région ; elle se montre toujours plus intransigeante à l’égard de l’Ukraine, accroissant les risques d’une guerre ouverte ; enfin, les pirates informatiques russes, soutenus par le Kremlin, sèment la pagaille dans pratiquement toutes les démocraties occidentales.

De plus, le traité sur les missiles nucléaires à portée intermédiaire (ceux qui vont de 500 à 5000 kilomètres) pourrait voler en éclats dès la fin février, parce que Washington accuse Moscou de violer des engagements qui protègent l’Europe de l’Ouest depuis trois décennies. Comme si le monde avait besoin d’un nouveau bras de fer nucléaire...

Tout n’est pas noir

Il faut savoir garder espoir, parce que 2018 nous a réservé de belles surprises. En Afrique, par exemple, après des décennies de tensions et d’affrontements, l’Éthiopie et l’Érythrée ont fait la paix, rétabli leurs relations diplomatiques et commerciales et des familles déchirées ont enfin pu se retrouver.

Dans la péninsule coréenne, les athlètes du nord et du sud se sont retrouvés aux jeux d’hiver de Pyeongchang, les dirigeants de la nation divisée se sont serré la main dans la mal nommée « zone démilitarisée », et les projets de collaboration foisonnent. Tout peut s’effondrer sur un coup de tête du jeune dictateur nord-coréen, mais il faut apprécier la trêve dans l’enchaînement d’insultes et d’ultimatums.

Puis, il y a cette participation spectaculaire des femmes dans la vie politique de leur pays : un nombre record de candidates se sont présentées aux élections brésiliennes, libanaises, mexicaines, tunisiennes et américaines. L’Éthiopie et le Rwanda ont fièrement annoncé la formation de gouvernements où hommes et femmes occupent un nombre égal de postes. Sans oublier l’Espagne qui, avec 11 ministres féminines dans un gouvernement de 17 membres, fait mieux que tout autre pays européen.

Restons aux aguets

Le monde est tout de même traversé par un courant de mécontentement où prospèrent des leaders populistes aux intentions pas toujours très catholiques. La stagnation économique de la classe moyenne et le malaise qu’inspire une immigration mal comprise et mal contrôlée donnent des ailes à ceux qui rêvent de solutions faciles, les solutions que proposent généreusement ces jours-ci les régimes autoritaires.

Il y a enfin cet éléphant dans un magasin de porcelaine qu’est Donald Trump. Ses relations avec le Chinois Xi Jinping, le Nord-coréen Kim Jong-un, le procureur spécial Robert Mueller et toutes les institutions dans lesquelles les États-Unis ont joué un rôle fondamental depuis la Deuxième Guerre mondiale vont donner le ton à une année qui sera soit paisible, soit démentielle.

Si vous avez eu le sentiment que 2018 a été chaotique, déconcertante, trop souvent stressante, je crains, en regardant vers 2019, que nous n’ayons encore rien vu.

 

Le pire que 2019 pourrait nous réserver

1. Péninsule coréenne

Déchaînement des tensions dans la péninsule coréenne après l’échec des négociations sur la dénucléarisation.

2. Golfe Persique

Guerre entre l’Iran et les États-Unis ou un de leurs alliés (Arabie saoudite, Israël) provoquée par l’influence iranienne grandissante dans la région.

3. Mer de Chine méridionale

Guerre maritime entre la Chine et les pays de la région (Vietnam, Taïwan, Philippines, Malaisie, Brunei) pour la souveraineté de secteurs contestés.

4. États-Unis

Cyberattaque paralysant les infrastructures et les réseaux de télécommunications.

5. Ailleurs au Moyen-Orient

De la poursuite de la guerre civile en Syrie à l’effondrement du gouvernement en Afghanistan, victime de l’insurrection toujours plus violente des Talibans, en passant par l’approfondissement de la crise humanitaire au Yémen.