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Du surf l’hiver

La planche à pagaie offre une plus grande visibilité, ce qui aide à repérer les dangers.
Photo courtoisie, Mike Hitelman La planche à pagaie offre une plus grande visibilité, ce qui aide à repérer les dangers.

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Moins 20 degrés Celsius, en plein cœur de l’hiver. Une excuse pour entreposer sa planche de surf ou de SUP ? Pas pour quelques fanatiques qui pratiquent le surf de rivière 12 mois par année, sur le fleuve, à Montréal. Rencontre avec Igor Goni, un surfeur de 43 ans.

Après les redoux, le froid. Le parc régional des Rapides dans l’arrondissement de LaSalle est un désert de glace.

Même scénario sur l’eau. En amont des rapides grouillants, le calme, le débit du fleuve Saint-Laurent se ressentant surtout par le défilement des plaques de glace qui y transitent. Il n’y a pas un chat, alors qu’Igor Goni fait son petit traitement spa maison dans la valise de sa voiture : il s’éponge d’eau chaude, après avoir retiré sa combinaison isothermique qui boucane toujours.

Le surfeur a eu chaud. Le mercure affiche -10 °C, -15 °C ressentis selon le facteur éolien, l’eau du fleuve frôle le point de congélation et il vient d’y passer près d’une heure à surfer sur la vague à Guy.

« La technologie des combinaisons est telle qu’on n’a plus froid, surtout qu’on est toujours en mouvement, le corps au complet bien sollicité », dit M. Goni, qui surfe sur sa planche à pagaie.

« En fait, il y a juste le visage qui peut s’engourdir un peu par le froid, en particulier lorsque le facteur éolien est intense. Disons qu’on se met à parler plus lentement ! », ajoute-t-il.

Une vingtaine de surfeurs s’adonnent à leur passion en hiver sur le fleuve Saint-Laurent.
Photo courtoisie, Mike Hitelman
Une vingtaine de surfeurs s’adonnent à leur passion en hiver sur le fleuve Saint-Laurent.

Un surfeur à Montréal

L’homme de 43 ans a commencé à surfer à 17 ans... dans la mer des Caraïbes. Originaire du Vénézuéla, le résident de l’arrondissement de Lachine depuis 2001 a passé trois années loin de sa planche, ne s’imaginant pas, comme plusieurs Montréalais, qu’il est possible de surfer sur le Saint-Laurent.

« En 2004, on m’a parlé par hasard du surf de rivière à Montréal. Le lendemain, à 7 h, j’étais dans l’eau à Habitat 67 », raconte M. Goni.

Et ce dernier n’en est jamais sorti.

« J’ai continué à surfer pendant l’automne, puis pendant l’hiver. Je ne voyais aucune raison d’arrêter », dit-il.

« L’air froid qui entre dans nos poumons, le soleil qui frappe sur notre combinaison noire, et cette impression d’être seul au monde. Il n’y a rien qui n’égale ces sensations. Le surf, c’est la meilleure façon de gérer mon stress. Les problèmes restent dans l’eau », poursuit l’homme qui travaille en restauration, de soir, pour mieux profiter de sa passion de la houle.

Ces plaisirs ne sont néanmoins pas accessibles à quiconque du jour au lendemain. La preuve : des centaines de surfeurs qui s’adonnent à leur passion sur les vagues stationnaires du fleuve pendant la belle saison, à peine une vingtaine osent s’y lancer en plein mois de janvier.

Bien équipé, comme avec ces gants, le froid, ce n’est pas un problème.
Photo courtoisie, Mike Hitelman
Bien équipé, comme avec ces gants, le froid, ce n’est pas un problème.

Les dangers de l’hiver

« Il y a un risque d’hypothermie sérieux. Il faut savoir ce qu’on fait ! La vague à Guy a l’avantage d’être proche de la rive, ce qui permet de la regagner plus facilement en cas de pépin. À Habitat 67, on est en position plus vulnérable », explique-t-il.

En hiver, il faut surtout se méfier des morceaux de glace qui dérivent sur le fleuve. Non seulement une collision peut sérieusement endommager une planche, mais elle pose un risque de blessures évident pour un surfeur insouciant. Un coup à la tête dans des eaux glaciales ne pardonne pas.

« Il faut être très vigilants. La glace défile rapidement, et certains morceaux peuvent être complètement transparents et d’autant plus difficiles à repérer. Surfer à deux, afin qu’une personne assure la vigie en tout temps, est une bonne mesure de sécurité », partage le père de deux enfants.

« Je préfère maintenant la planche à pagaie qui, à mon avis, permet d’avoir plus de plaisir, peu importe la qualité de la vague, mais qui, surtout, offre une visibilité supérieure en tout temps — et que je trouve vraiment précieuse en hiver », précise-t-il.

Igor Goni a pratiqué le surf pendant 17 ans dans les Caraïbes avant d’adopter ce sport à Montréal, en hiver.
Photo courtoisie, Mike Hitelman
Igor Goni a pratiqué le surf pendant 17 ans dans les Caraïbes avant d’adopter ce sport à Montréal, en hiver.

Communauté tissée serrée

Il n’est pas question de laisser un curieux s’initier au surf hivernal sans soutien dans la communauté de surf montréalaise.

« On ne décourage pas la pratique, mais on tient à accompagner un néophyte. S’il veut y aller, on ne va pas le laisser y aller seul », dit M. Goni.

« J’ai déjà dû venir en aide à un surfeur, qui avait perdu sa planche. Il nageait contre le courant, en panique, s’exposant à un risque de noyade », relate-t-il

« Or, tout le monde sait qu’on ne peut pas nager contre le courant du fleuve. Il est beaucoup trop puissant, et on s’y épuisera en vain. Lui aussi le savait d’ailleurs ! Paniquer, c’est se mettre en danger dans l’eau », mentionne-t-il.

Été comme hiver

Sur un fleuve glacé et isolé, on s’imagine toutefois bien que la panique n’est pas engourdie par le froid, bien au contraire. L’expérience aide.

« On apprend à mieux comprendre le fleuve. On sait quelles journées ne s’y prêtent pas, et même les moments, par exemple les fins de journée », dit-il.