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Pénurie de main-d'oeuvre: des Philippins arrivent à la rescousse d'une entreprise de L'Islet

Pénurie de main-d'oeuvre: des Philippins arrivent à la rescousse d'une entreprise de L'Islet
Photo Dominique Lelièvre

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Quatre Philippins en quête d’une vie meilleure ont quitté leur famille en octobre pour voler à la rescousse d’une entreprise de pièces automobiles de L’Islet, en Chaudière-Appalaches.

Attendus d’abord cet été, les quatre hommes, deux électromécaniciens, un technologue en contrôle de qualité et un autre en génie mécanique, sont finalement arrivés à l’usine Fonderie Poitras, après un an de longues et coûteuses démarches. 

Le recours au recrutement à l’international s’est imposé alors que l’entreprise, en forte croissance, peine à trouver des travailleurs qualifiés localement. 

«J’ai saisi l’opportunité pour des raisons financières et pour le futur de ma fille et de mon garçon. Je voulais aussi apprendre de nouvelles choses», explique l’un des nouveaux arrivants, Lloyd Sampang, 37 ans. 

Le gouvernement canadien lui a octroyé un permis de travail temporaire. Mais en vertu du programme de recrutement employé, sa femme et ses enfants ne pouvaient pas l’accompagner immédiatement. C’est donc à l’autre bout du monde, par internet, que le père a souhaité bonne fête à sa fille de cinq ans, à la mi-décembre. 

«L’inflation est trop élevée aux Philippines. Le coût de la vie et les salaires ne sont pas équilibrés. Ici, c’est mieux», croit-il. 

Fernando Gervacio, 43 ans, parle de son côté du Canada comme du «rêve ultime» pour tous les Philippins qui souhaitent travailler à l’étranger. 

«Pour le moment, je me concentre sur mon travail. Si l’opportunité d’immigrer [de façon permanente] se présente, je vais faire venir ma famille. Je crois que mes enfants auront un meilleur avenir ici», dit-il. 

Accueil chaleureux

Deux mois après leur arrivée, et malgré un début d’hiver rigoureux, les quatre travailleurs disent se plaire au Québec. 

«Je ne m’attendais pas à un accueil aussi chaleureux des gens de L’Islet», mentionne Julis Asi, 28 ans. 

«La météo, il suffit de bien s’y préparer», ajoute Lloyd Sampang. 

De son côté, l’entreprise a multiplié les efforts pour faciliter leur intégration, allant jusqu’à investir 1 M$ dans la construction de maisons pour les loger à proximité de l’usine. 

En prévision de leur arrivée, elle a également offert des cours d’anglais à ses employés québécois, langue que maîtrisent bien les Philippins, tandis que ces derniers apprennent le français et font des progrès chaque jour. 

«Disciplinés», «minutieux», « rigoureux» : le vice-président exécutif de Fonderie Poitras, Jason Robitaille, n’a que de bons mots pour les quatre hommes. 

«C’est impressionnant comment ils sont qualifiés», dit-il. 

L’entreprise attend maintenant avec impatience une deuxième vague de 10 travailleurs philippins, en janvier. 

Une pénurie qui coûte cher

Le manque criant de main-d’œuvre coûte cher dans une entreprise comme Fonderie Poitras, qui a notamment investi plus de 200 000 $ dans le recrutement de 14 travailleurs étrangers et 1,4 M$ dans l’achat de robots pour son usine. 

«Ça coûte 15 000 $ par personne qu’on fait venir», assure Jason Robitaille, vice-président exécutif de l’entreprise. Transports en avion, paiement d’honoraires à une firme de recrutement, démarches légales pour l’obtention des visas et des permis : la facture monte vite. 

Puis, il faut penser à loger ces personnes. Les nouveaux arrivants doivent habiter à un maximum de 2,5 km de marche de leur lieu de travail, ou bien il faut leur offrir le transport. L’entreprise de pièces automobiles a donc fait construire... un petit quartier résidentiel de cinq maisons, chacune possédant trois chambres, au coût de 1 M$. Les quatre Philippins qui y logent pour l’instant paient un loyer. 

Plus de robots

Devant une pénurie de main-d’œuvre que M. Robitaille qualifie de « critique », Fonderie Poitras s’est mise à explorer plusieurs options, en développant par exemple une meilleure culture d’entreprise ou en ayant recours à des chasseurs de têtes. 

L’automatisation et la robotisation de certaines tâches se sont également imposées. Quatre robots ont fait leur apparition en autant d’années. 

«Ça représente 350 000 $ par année, mentionne le vice-président. C’était principalement pour remplacer de la main-d’œuvre qu’on n’avait pas.» 

Malgré tous ces efforts, la fonderie cherche toujours à recruter. 

«Comme entreprise, il y a cinq ans, on avait déjà vu qu’on aurait ce problème de main-d’œuvre et on s’y est attaqué au bon moment, mais ça n’a jamais été assez pour contrer le fait que j’ai 110 employés d’usine et que ça m’en prendrait 140», indique M. Robitaille. 

Cohabitation harmonieuse

Fonderie Poitras n’est d’ailleurs pas la seule entreprise à souffrir du manque de travailleurs dans la région, remarque-t-on à la MRC de L’Islet. De plus en plus d’employeurs ont recours aux travailleurs étrangers, alors qu’une douzaine sont arrivés depuis avril. 

Selon le directeur général de la MRC, Patrick Hamelin, la cohabitation se fait dans l’harmonie avec les populations locales. 

«Autrefois, on pouvait entendre que c’était des gens qui venaient nous voler des jobs, mais maintenant, ils sont vus comme des gens qui viennent soutenir l’économie de la région», évalue-t-il. 

La Fonderie Poitras  

  •  150 employés 
  •  Se spécialise dans les composantes de transmission automobile 
  •  Exporte principalement aux États-Unis, au Mexique et en Asie 
  •  Croissance anticipée de 25 % du chiffre d’affaires d’ici un an.