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Pénurie de main-d’oeuvre: des travailleurs étrangers à la rescousse de nos usines

Ils ont tout laissé derrière eux pour refaire leur vie ici et ainsi atténuer la pénurie de main-d’oeuvre

Mourad Kamboui
Photo Francis Halin Le Marocain Mourad Kamboui a trouvé ici l’amour et un métier qui le passionne, entouré de collègues devenus sa seconde famille. On le voit ici dans l’atelier de Saint-Jean-sur-Richelieu.

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Des travailleurs étrangers venus de partout dans le monde mettent chaque jour leur savoir-faire au service d’entreprises d’ici à bout de souffle en raison de la pénurie de main-d’œuvre qui les prive de 118 000 travailleurs.

 

« J’ai fait mon stage ici. J’ai commencé comme soudeur-assembleur et j’ai pas mal touché à tout à la production. Après, j’ai postulé un poste d’inspecteur de ligne, et je l’ai eu », relate avec fierté Marocain Mourad Kamboui, qui travaille chez Tremcar à Saint-Jean-sur-Richelieu, où Le Journal l’a rencontré .

D’autres travailleurs venus de l’étranger comme lui nous ont d’ailleurs témoigné de leur décision de refaire leur vie ici. Les employeurs se les arrachent.

Quand Mourad est allé passer l’entretien d’embauche pour le poste de gestionnaire, il ne s’attendait pas à l’obtenir, mais il a essayé et a réussi à impressionner Tremcar, qui lui a offert cette promotion sur un plateau d’argent.

Rêves québécois

Comme bien des immigrants, c’est à Montréal que Mourad Kamboui pose d’abord le pied en 2004 lorsqu’il quitte la ville marocaine de Meknès (plus d’un demi-million d’habitants) pour la métropole québécoise en quête d’une vie meilleure.

Au début, l’adaptation est un défi. « Tout est grand et énorme, les routes, les voitures. Parfois, c’est intimidant pour nous », se souvient M. Kamboui. Sans parler du fameux « tu » québécois qui chatouille ses oreilles.

Avec son diplôme d’informatique en poche, Mourad travaille pendant quelques années dans ce domaine. Il décide ensuite de réorienter sa carrière en obtenant un diplôme en soudure à l’École des métiers de la construction.

« J’ai fait mes études secondaires en un an pour avoir mon équivalence québécoise », explique-t-il. Une fois ce marathon accompli, il effectue un stage à Tremcar. Sans attendre, la PME l’embauche en 2012.

Qualité de vie

Aujourd’hui, Mourad ne changerait de vie pour rien au monde. Après avoir habité quelques années à Saint-Jean-sur-Richelieu, il vient de déménager à Saint-Hyacinthe avec ses enfants et sa femme, qui est enseignante là-bas.

Pas question d’ailleurs de revenir à Montréal. Mourad Kamboui a besoin d’air et d’espace pour élever sa marmaille.

« Comparativement à mon pays d’origine, dit-il, on a beaucoup de confort au travail. Les salaires sont super bien. La qualité de vie aussi. »

Quand on lui demande si sa vie au Maroc lui manque un peu, Mourad prend un air pensif, une bonne respiration, puis répond que sa vie est désormais ici.

« C’est sûr que l’on s’ennuie de notre famille, mais on se console parce qu’on a des enfants et notre famille est ici », conclut-il, la voix tremblante d’émotion.


►À peine sortis de l’école, les soudeurs gagnent de 50 000 $ à 75 000 $ par année chez Tremcar.

Une PME loue une école en Tunisie pour ses futurs soudeurs

Tremcar, qui en avait assez de refuser 20 millions $ de contrats par année faute de main-d’œuvre, a choisi de louer une école en Tunisie pour former ses 50 soudeurs manquants.

« On en a déjà formé plus de 25 là-bas. Ils devraient arriver au début de l’année prochaine », dit avec un grand sourire Jacques Tremblay, copropriétaire de Tremcar, à Saint-Jean-sur-Richelieu.

Lorsque M. Tremblay achète Tremcar en 1990, sa PME fabrique des remorques-citernes pour le transport du lait. Elle a 16 employés et un chiffre d’affaires d’à peine 3 millions $.

Mais depuis qu’elle fait des remorques de produits chimiques et d’huile, son chiffre d’affaires a explosé à près de 150 millions $. Ses 550 employés ne suffisent plus.

La compagnie a beau avoir sa propre école de soudure à Saint-Césaire et payer ses étudiants près de 16 $ l’heure pendant la formation de cinq mois, la relève se fait rare.

Les étudiants tunisiens Mansouri Mohamed et Kraiem Aymen, formés par Tremcar à Menzel Bourguiba, qui arriveront en mars au Québec.
Photo Francis Halin
Les étudiants tunisiens Mansouri Mohamed et Kraiem Aymen, formés par Tremcar à Menzel Bourguiba, qui arriveront en mars au Québec.

Destination Tunisie

« J’ai engagé une école de soudage à Menzel Bourguiba, dans le nord de la Tunisie. C’est un beau centre de formation. Je leur ai dit que 25 étudiants seront là pendant 550 heures », relate Denis Girard de Tremcar, qui a eu l’idée de former ses soudeurs en Afrique.

Il va sur place tous les mois et échange avec ses étudiants. « On parle “le québécois”. Je vais là pour offrir des formations et pour qu’ils s’habituent à l’accent pour les préparer », précise-t-il.

Après une formation pratique de 440 heures et une partie théorique de 110 heures, les soudeurs tunisiens sont prêts à s’établir ici. C’est une mine d’or pour Tremcar, qui a toute la misère du monde à recruter ses étudiants chez nous.