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De l’or noir en barre fait au Canada

Pour accélérer le transport du pétrole de l’Ouest, le CN le transforme en solide

CN
Photo Courtoisie Une brique de CanaPux, un produit développé par le Canadien National qui permettrait de transporter le bitume ou le pétrole brut lourd de façon plus sécuritaire pour les populations et l’environnement que le pipeline ou le wagon-citerne.

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Le Canadien National (CN) espère bientôt pouvoir transporter du pétrole albertain sous la forme de « rondelles » de la taille d’un pain de savon, une méthode plus sécuritaire et environnementale que le pipeline ou le wagon-citerne, selon l’entreprise montréalaise.

Elle s’appelle la CanaPux, pour « Canada » et « puck », ou rondelle. Cette innovation développée par le CN pourrait révolutionner le transport de carburant, croit James Cairns, le vice-président des produits pétroliers et chimiques de la société.

« Il y a cinq ans, on a commencé à investir davantage dans la recherche et le développement, explique-t-il. On s’est dit qu’il y aurait beaucoup de potentiel si on pouvait transporter le pétrole non plus comme un liquide, mais davantage comme du charbon en blocs, par exemple. Avec les pipelines qui sont à ras bord, cela a beaucoup de sens. »

Développé au Québec

L’entreprise basée à Montréal a développé cette technologie, mais ne veut pas produire elle-même ces plaquettes. L’intention de M. Cairns est d’offrir la technologie sous licence à des exploitants, qui utiliseraient ensuite le réseau du CN pour acheminer l’or noir en barre.

Le projet a été partiellement développé au siège social de l’entreprise, à Montréal, où est notamment située l’équipe d’élaboration des brevets, souligne M. Cairns.

Le projet mis sur pied en 2017 passera à l’étape cruciale du pilote en 2019, avec la construction d’une usine de petite envergure pouvant convertir jusqu’à 10 000 barils de pétrole par jour en rondelles, dans la région d’Edmonton ou de Fort McMurray, en Alberta.

Le CN a déjà signé un accord avec un partenaire asiatique intéressé à convertir jusqu’à 50 000 barils de pétrole par jour en CanaPux dès 2020, si le projet pilote s’avère concluant.

« Après le projet pilote, c’est vraiment à l’industrie de voir si cela a du potentiel. Nous ne possédons pas de pétrole brut et nous n’allons pas en acheter ni en vendre. Notre but, c’est simplement d’en faciliter le transport. On veut réunir les acheteurs et les vendeurs pour voir si cela a du sens. »

Comment ça marche ?

Les installations de traitement de briques CanaPux se trouveraient à proximité des sites d’extraction et des infrastructures ferroviaires existantes de l’Alberta.

Ces briques CanaPux sont formées en mélangeant le bitume à du polymère, et en recouvrant le tout d’une couche de polymère. Ensuite, les briques CanaPux sont expédiées dans des conteneurs à bord de trains du CN vers le port le plus près.

« C’est sûr que pour l’instant, on pense d’abord au marché asiatique, donc les briques seraient expédiées vers la Colombie-Britannique », dit M. Cairns. Mais il n’exclut pas que la technologie puisse aussi servir à les transporter vers l’est du pays, donc le Québec.

À l’heure actuelle, le pipeline 9B d’Enbridge achemine jusqu’à 300 000 barils de pétrole vers les raffineries du Québec. Ces raffineries, celle de Valéro à Lévis et celle de Suncor à Montréal-Est, peuvent traiter plus de 400 000 barils de pétrole par jour, alors que la consommation moyenne des Québécois est de 350 000 barils.

Une fois arrivées à destination, les rondelles sont traitées pour en retirer le polymère, et le bitume peut ensuite être raffiné. Quant au polymère, il peut être vendu ou réutilisé pour de nouvelles rondelles CanaPux, croit le CN.