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L’hiver de force

Hiver nucléaire Tome 3, Cab, Ed. Front froid
Photo courtoisie Hiver nucléaire Tome 3, Cab, Ed. Front froid

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La publication du dernier et captivant volet d’Hiver nucléaire de l’autrice montréalaise Caroline Brault (alias Cab) vient clore en beauté l’année 2018, autre millésime faste pour l’effervescent milieu du 9e art québécois.

Au cœur d’un Montréal irradié des suites d’une catastrophe nucléaire survenue à la centrale Gentilly 2 et où règne depuis un hiver perpétuel, une jeune livreuse de bagels en motoneige navigue dans une métropole transfigurée, tout en composant avec les aléas de la vie sentimentale et les radiations dont son corps est affublé. Ainsi débute cette savoureuse série lancée sur internet en 2012.

L’infographiste de formation y publie alors une planche par semaine en français et en anglais, avec l’espoir d’en tirer un album de 80 pages en bout de piste. Rapidement, ce premier projet de bande dessinée numérique suscite l’intérêt des internautes, mais aussi de la structure éditoriale montréalaise Front Froid, qui publie en 2014 le premier tome de cette comédie romantique sur fond de science-fiction post-apocalyptique.

Puis, à la demande générale, sans plan au préalable, Cab commet un second tome en 2016. « Rendue là, le troisième tome allait de soi. Et ce ne sont ni les lecteurs ni mon éditeur qui m’ont tordu le bras », lance avec bagou l’artiste d’Hochelaga, quartier à l’honneur dans le plus récent opus. « Même si le projet n’a jamais été prévu comme une trilogie, je n’ai pas cherché à étirer la sauce. » Bien au contraire, Cab conclut magnifiquement ce récit dans lequel elle a fait ses classes.

Et de 3

Bien de la neige a glissé sous les chevilles de la motoneige de l’héroïne entre la parution du deuxième et le plus récent album. D’abord, le premier chapitre d’Hiver nucléaire fut traduit l’an dernier par l’éditeur américain Boom! Studios sous le titre Nuclear winter, ce qui permit à l’artiste de prendre du gallon côté coloration. Ensuite, sa collaboration à titre de coloriste sur le diptyque L’esprit du Camp d’Axelle Lenoir lui a inculqué à n’en point douter des notions de mise en page. « Évidemment, le fait d’avoir colorisé 200 pages d’Axelle m’a amenée à m’imprégner de sa grande maîtrise du découpage. Elle me fut d’une grande aide, notamment sur la notion de l’émotion chez les personnages. » Résultat ? Cab livre un album abouti bonifié d’une stupéfiante séquence digne d’Akira où elle dévoile le fameux réacteur nucléaire qu’elle s’était bien gardée de nous montrer jusqu’ici pour « garder un certain mysticisme de cet antagonisme ».

De retour d’un bref séjour au Japon, où elle a pris part à une délégation québécoise de bande dessinée, l’autrice avoue ressentir un certain vertige à l’idée de quitter sa série qui l’a vue naître pour un nouveau projet. « Dans mon prochain album, j’ai envie de faire passer l’émotion par un dessin moins structuré, de délaisser la couleur, mais surtout, de m’enchaîner moins de 10 heures sur une page, parce que c’est dur à la longue. » Chose certaine, Cab est loin d’avoir fini de nous éblouir.

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