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Le crime organisé responsable du quart des meurtres de 2018

Certaines exécutions ont été faites en plein jour dans des endroits publics fréquentés

Samy Mokaddem a été tué par balles, en plein jour, alors qu’il prenait place dans sa luxueuse Bentley Continental décapotable stationnée sur la rue Bélanger, à Montréal, en mai dernier.
Photo d’archives Agence QMI, Maxime Deland Samy Mokaddem a été tué par balles, en plein jour, alors qu’il prenait place dans sa luxueuse Bentley Continental décapotable stationnée sur la rue Bélanger, à Montréal, en mai dernier.

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L’année 2018 a été marquée par une hausse des meurtres liés au crime organisé, fréquemment commis sous forme d’exécution publique, en plein jour, dans des endroits fréquentés de la grande région de Montréal.

Il y a eu 87 homicides cette année au Québec, soit le même nombre qu’en 2017, d’après des données compilées par Le Journal et validées auprès des différents corps policiers.

Le portrait diffère toutefois de l’an dernier, alors que les assassinats intrafamiliaux composaient la majeure partie du bilan.

En 2018, on compte moins de morts violentes dans le Grand-Nord, plus d’assassinats à Montréal et à Gatineau et un quart des meurtres commandés par des gens liés au crime organisé.

Il va sans dire que cette tendance affecte considérablement le taux de résolution des enquêteurs, qui se chiffre à 59 % pour l’ensemble de la province.

Seule une poignée des 21 assassinats liés aux différentes souches du crime organisé a mené à des arrestations jusqu’à présent.

Plus durs à résoudre

Généralement commis par des tueurs à gages professionnels munis d’armes à feu, ces homicides sont plus longs à élucider.

« Le côté planifié de ces crimes les rend plus difficiles à solutionner », convient le capitaine Christian Michaud, responsable des Crimes contre la personne à la SQ.

Christian Michaud<br>
<i>Capitaine SQ</i>
Photo courtoisie, Sûreté du Québec
Christian Michaud
Capitaine SQ

« Ce n’est pas un ajout de personnel [policier] qui ferait en sorte qu’on ait plus de mises en accusation. Notre premier partenaire, c’est souvent les citoyens qui nous donnent des informations. Parfois, il nous manque juste un morceau », illustre le commandant Pascal Côté, qui dirige les Crimes majeurs du SPVM depuis avril.

Pascal Côté<br>
<i>Commandant  SPVM</i>
Photo Claudia Berthiaume
Pascal Côté
Commandant SPVM

Restaurants, décapotable immobilisée en bordure d’une rue passante, station-service : plusieurs de ces meurtres ont été commis en plein jour, dans des endroits publics de Montréal et de Laval.

Traumatismes

Bien que les policiers se fassent rassurants, affirmant ne pas voir de tendance dans ces exécutions publiques, le phénomène inquiète Marc Ouellet, professeur de criminologie de l’Université de Montréal.

« Ça peut créer un traumatisme chez les badauds. Ça amène également un sentiment d’insécurité, qui peut nuire à la qualité de vie d’un quartier », soulève-t-il.

Il y a toutefois plusieurs moyens de s’attaquer au problème, note le professeur, qui croit que les policiers devraient envoyer un message plus clair au crime organisé.

Hausse au Canada, baisse aux États-Unis

Les escouades enquêtant sur les homicides dans les métropoles canadiennes ont eu plus de boulot en 2018, alors que le nombre de meurtres a chuté dans la majorité des grandes villes américaines.

La comparaison a de quoi surprendre, surtout quand on dénombre des centaines d’assassinats chaque année à New York, Los Angeles, Chicago et Houston.

Les taux d’homicides de 20 des 30 plus grandes villes américaines sont néanmoins en baisse, selon une récente étude publiée par le Brennan Center for Justice.

On ne peut malheureusement en dire autant au Canada. Toronto a battu un sinistre record avec 95 meurtres, dont plus de la moitié commis par arme à feu.

Pour le professeur de criminologie Marc Ouimet, la Ville Reine est un cas d’exception.

« Il y a une nouvelle génération d’individus qui a cette culture des armes à feu et des exécutions spectaculaires, qui font penser à ce qu’on voit en Amérique centrale et dans les Antilles », note-t-il.

Sommet à Montréal

Montréal a atteint son plus haut sommet en six ans, avec 32 homicides. « On demeure encore une des villes avec le plus bas taux par 100 000 habitants en Amérique du Nord », souligne le commandant Pascal Côté, du SPVM.

La région de la capitale nationale compte 20 assassinats, dont quatre en sol québécois.

Note parfaite à Gatineau

Bien que la police de Gatineau ait élucidé tous les meurtres commis sur son territoire, il s’agit du nombre le plus élevé depuis 2013.

Les enquêteurs de Gatineau ne craignent toutefois pas que la vague de violence qui déferle actuellement sur l’Ontario traverse la rivière des Outaouais.

« [Nos homicides] étaient tous des événements isolés, où les suspects et les victimes se connaissaient. Le fait qu’ils soient tous survenus dans un même secteur n’est qu’un malheureux hasard. On ne peut pas attribuer ça à un phénomène particulier », explique l’inspecteur Éric Toussaint.

« Il faut rassurer la population. C’est sûr que ça va fluctuer un peu, mais il y a beaucoup moins d’homicides qu’auparavant. En 1975, il y en a eu 225 au Québec », conclut le professeur Ouimet.


Meurtres en 2018 dans d’autres grandes villes nord-américaines

Montréal ► 32

  • Population : 2 033 189

Ottawa ► 16

  • Population : 934 243

Toronto ► 95

  • Population : 2 929 886

Calgary ► 17

  • Population : 1 267 334

Edmonton ► 27

  • Population : 932 546

Vancouver ► 15

  • Population : 631 486

New York ► 283

  • Population : 8 622 698

Philadelphie ► 346

  • Population : 1 580 863

Baltimore ► 304

  • Population : 611 648

Chicago ► 570

  • Population : 2 716 450

Houston ► 252

  • Population : 2 312 717

Los Angeles ► 260

  • Population : 3 999 759

Les drames marquants de l’année

Homicide au Cinéma L’Amour

Samy Mokaddem a été tué par balles, en plein jour, alors qu’il prenait place dans sa luxueuse Bentley Continental décapotable stationnée sur la rue Bélanger, à Montréal, en mai dernier.
Photo Chantal Poirier

L’été dernier, un homme de 59 ans est décédé après une chicane survenue au Cinéma L’Amour, sur le boulevard Saint-Laurent, à Montréal. Une femme qui accompagnait la victime à l’établissement spécialisé en films XXX aurait flirté avec un autre homme, dans une section réservée aux couples, et les deux hommes en seraient venus aux coups. Le quinquagénaire a succombé deux semaines plus tard.


Tuée dans le Grand-Nord

Samy Mokaddem a été tué par balles, en plein jour, alors qu’il prenait place dans sa luxueuse Bentley Continental décapotable stationnée sur la rue Bélanger, à Montréal, en mai dernier.
Photo d'archives, Facebook

Le meurtre de Chloé Labrie, survenu en juin dans le village de Kuujjuaq, a secoué la communauté du Grand-Nord. La technologiste médicale de 28 ans aurait été tuée chez elle par un natif de la place au casier judiciaire garni. Randy Koneak, 20 ans, a également été accusé d’introduction par effraction, d’agression sexuelle et d’outrage au cadavre de la jeune femme. Il s’agissait du premier homicide en cinq ans à survenir à Kuujjuaq.


Des fouilles au dépotoir

Samy Mokaddem a été tué par balles, en plein jour, alors qu’il prenait place dans sa luxueuse Bentley Continental décapotable stationnée sur la rue Bélanger, à Montréal, en mai dernier.
Photo courtoisie, Sûreté du Québec

Trois homicides ont nécessité des fouilles exhaustives dans divers dépotoirs en 2018. À Montréal, les policiers ont scruté au peigne fin des tonnes de déchets dans des conditions difficiles pour résoudre deux meurtres. « Les patrouilleurs ont fait un travail exceptionnel », a souligné le commandant Pascal Côté, responsable des crimes majeurs au SPVM.

Grâce aux efforts acharnés des enquêteurs, Raymond Henry Muller et Simon Brind’Amour ont été respectivement accusés des homicides de Cédric Gagnon et Josiane Arguin, sans que les corps de ces derniers ne soient retrouvés.

Les policiers de la Sûreté du Québec ont aussi fait des recherches au dépotoir de Saint-Étienne-des-Grès, en Mauricie, pour tenter de retrouver le corps de Gilles Giasson. L’homme de 67 ans aurait été tué et démembré par son fils de 35 ans.


Abattue dans un champ

Samy Mokaddem a été tué par balles, en plein jour, alors qu’il prenait place dans sa luxueuse Bentley Continental décapotable stationnée sur la rue Bélanger, à Montréal, en mai dernier.
Photo Facebook

Ophélie Martin-Cyr a été abattue dans un champ de Yamachiche, en Mauricie, en octobre dernier, car elle n’aurait pas voulu révéler des informations au sujet d’un vol. René Kègle et Francis Martel ont été accusés d’avoir tué la femme de 19 ans. Une femme de 21 ans a, quant à elle, sauté d’une voiture en marche pour éviter de subir le même sort que son amie.

Les corps de deux hommes de 24 et 50 ans ont été retrouvés le même jour, dans une voiture calcinée, à Trois-Rivières. Les trois homicides pourraient être liés, mais personne n’a encore été inculpé pour les meurtres de Jean-Christophe Gilbert et Steve Lamy.

Chasse à l’homme

Samy Mokaddem a été tué par balles, en plein jour, alors qu’il prenait place dans sa luxueuse Bentley Continental décapotable stationnée sur la rue Bélanger, à Montréal, en mai dernier.
Photo d'archives, David Prince

Deux hommes sont morts lors de parties de chasse cette année. Le premier est un Américain décédé dans des circonstances tragiques, en juin, au Témiscamingue. Dans la pénombre, John B. Tompkins aurait confondu son ami Todd Herrington avec un ours et l’aurait atteint mortellement.

La seconde victime aurait été traquée jusque dans un chalet situé à 200 kilomètres de Val-d’Or. Une chicane pour un territoire de chasse serait à l’origine du meurtre de Serge Paré, 61 ans. Le groupe tactique d’intervention a procédé à l’arrestation de Stéphane Morin, qui s’était barricadé dans le chalet.


Battue à mort au Mexique

Samy Mokaddem a été tué par balles, en plein jour, alors qu’il prenait place dans sa luxueuse Bentley Continental décapotable stationnée sur la rue Bélanger, à Montréal, en mai dernier.
Photo Facebook

Christine St-Onge n’est jamais revenue d’un voyage à Los Cabos, au Mexique. Au début du mois, la mère de famille de 41 ans a été battue à mort par l’homme de 52 ans qu’elle fréquentait depuis quelques mois. Son corps a été dissimulé sur un terrain de golf. Pierre Bergeron est rentré au Québec plus tôt que prévu et s’est ensuite enlevé la vie. Même s’il n’est pas comptabilisé dans les statistiques québécoises, puisqu’il est survenu à l’étranger, l’homicide de la Lavalloise fut un cas marquant de violence conjugale.


► 59 % résolus

87 victimes

  • Hommes : 65
  • Femmes : 14
  • Enfants : 8

♦ Victime la plus jeune : Bébé de six semaines, à Sherbrooke

♦ Victime la plus âgée : Montréalais de 80 ans ayant été battu sur la rue

59 suspects

  • Hommes : 51
  • Femmes : 6
  • Adolescents : 2

♦ Suspects les plus jeunes : Deux Montréalais de 17 ans accusés d’avoir tué un ado du même âge

♦ Suspect le plus âgé : Un Montréalais de 66 ans

Armes

  • Arme à feu : 33 %
  • Arme blanche : 23 %
  • Force physique : 10 %
  • Objet contondant : 8 %
  • Feu : 5 %
  • Voiture : 3 %
  • Drogue : 1 %
  • Inconnue : 16 %

Mobiles

  • Querelle non préméditée : 31 %
  • Règlement de compte : 24 %
  • Violence intrafamiliale : 18 %
  • Vol : 6 %
  • Involontaire/Erreur sur la personne : 3 %
  • Sexuel : 1 %
  • Psychiatrie : 1 %
  • Autres/Indéterminés : 15 %