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Bolsonaro appelle à un «pacte national» pour «redresser» le Brésil

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Le président Jair Bolsonaro n’a pas déçu les attentes de ses électeurs mardi, jour de son investiture, s’affichant contre le « politiquement correct », « l’idéologie de gauche » et promettant de « rétablir l’ordre ». 

Il vient d’entamer à la tête de la première puissance d’Amérique latine un mandat de quatre ans qui dira si ce député d’extrême droite à la carrière modeste a une stature d’homme d’Etat.

En octobre, il avait séduit 55 % des Brésiliens, en dépit de ses dérapages racistes, misogynes et homophobes, en leur promettant de mater corruption, violence et crise économique.

L’ex-parachutiste de l’armée a régulièrement affiché sans complexe sa nostalgie des « années de plomb » de la dictature militaire (1964-1985).

Mais il s’est défendu d’être une menace pour la démocratie, promettant au soir de son élection le 28 octobre que son gouvernement serait « un défenseur de la Constitution, de la démocratie et de la liberté ».

Regard bleu perçant, il a pour projet-phare de libéraliser le port d’armes pour permettre aux « gens bien » de se faire justice eux-mêmes.

Il a réaffirmé mardi son intention de rapidement armer les Brésiliens, alors même que 61 % d’entre eux y sont défavorables.

Jair Bolsonaro a été lui-même victime de violence: le 6 septembre, il a frôlé la mort après avoir été poignardé par un déséquilibré lors d’un bain de foule. Mardi, avant d’entrer en fonction, il a exprimé sa gratitude d » être « encore en vie ». 

« Trump tropical »

Grand adepte des réseaux sociaux, il est suivi par des millions de personnes, et compte bien sur le format concis du numérique pour communiquer directement avec le peuple. 

Loin d’être un grand tribun - il s’exprime avec une syntaxe approximative et a un cheveu sur la langue -, il a su s’adresser directement aux électeurs avec de petites phrases qui ont fait mouche.

Même s’il avoue ne rien comprendre à l’économie, il est parvenu à gagner la confiance des marchés grâce à son gourou Paulo Guedes, un « Chicago Boy » ultra-libéral qui sera un « super ministre » de son gouvernement, également composé de sept militaires, sur 22 ministres au total.

Souvent surnommé le « Trump tropical », il cite fréquemment le président américain, qu’il admire et qui lui a fait l’honneur mardi de le féliciter via Twitter pour « son super discours d’investiture ». 

Mais contrairement à Donald Trump, Jair Bolsonaro a déjà une longue carrière politique derrière lui: il siégeait à la Chambre des députés depuis 1991.

« Il parle des “politiciens” comme s’il ne faisait pas partie de ce monde. Il a réussi à faire passer l’image d’un homme fort, adepte de la ligne dure, qui va combattre la corruption », explique Michael Mohallem, professeur de droit à la Fondation Getulio Vargas.

C’est ainsi qu’il s’est assuré le soutien de puissants lobbys au Parlement, notamment ceux de l’agrobusiness et des évangéliques, confession de son épouse Michelle, 36 ans. 

Lui-même de confession catholique, il est pourtant épinglé par certains sur le fait que ses cinq enfants (dont les trois premiers sont des hommes politiques) sont le fruit de trois unions.

En 2017, Jair Bolsonaro a fait étalage de sa misogynie en affirmant qu’après avoir eu quatre fils, il avait « faibli » en engendrant une fille.

Ses trois fils adultes sont appelés à jouer un rôle important, même si l’aîné Flavio, élu sénateur, est éclaboussé par une affaire de transactions suspectes sur le compte d’un ex-assistant et s’il a dû recadrer à plusieurs reprises le bouillonnant Eduardo, député.

Dérapages en série

M. Bolsonaro est né en 1955 à Campinas, près de Sao Paulo, dans une famille d’origine italienne, et sa carrière militaire a été émaillée d’épisodes d’insubordination: il a même été accusé dans les années 1980 de fomenter un attentat à la bombe pour obtenir une augmentation de solde.

Chercheur d’or à ses heures perdues, il a appris cette activité avec son père Percy Geraldo Bolsonaro, garimpeiro dans la jungle du Pará, dans le nord du pays, dans les années 80. Ce dernier a également fait vivre sa famille en travaillant comme dentiste -- sans diplôme.

Jair Bolsonaro a fait l’essentiel de sa carrière politique à Rio, où il a été élu conseiller municipal en 1988 et a obtenu son premier mandat de député fédéral trois ans plus tard.

En tant que parlementaire, il s’est davantage illustré par ses dérapages dans l’hémicycle que pour les projets de loi qu’il a fait approuver: deux en 27 ans.

En 2014, il avait fait scandale en prenant violemment à partie la parlementaire de gauche Maria do Rosario, lui lançant qu’elle « ne méritait pas » qu’il la viole, car elle était « trop moche ». Deux ans plus tard, il a fait l’éloge d’un tortionnaire de la dictature militaire.

Jair Bolsonaro a également multiplié les déclarations homophobes: dans un entretien au magazine Playboy en 2011, il avait affirmé préférer avoir un fils « tué dans un accident » plutôt qu’homosexuel.