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Pour en finir avec Louis CK ... passons à un autre appel, SVP !

L'artiste déchu fait encore scandale, mais pourquoi au juste ?

Pour en finir avec Louis CK ... passons à un autre appel, SVP !

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La nouvelle a fait le tour de la planète au cours des dernières 48 heures : l’humoriste déchu a fait une blague que plusieurs jugent extrêmement offensante à propos des jeunes survivants de la tuerie dans une école secondaire de Parkland, en Floride, il y a un peu moins d’un an.      

Je ne citerai pas la blague. Pourquoi ? Parce qu’il vous manquera tout son contexte.      

Parce qu’une phrase, une blague, une ligne, un punch, dans 48 minutes de matériel, ce n’est pas représentatif.      

Et depuis le temps, depuis tous les cas qui nous ont passés sous le nez, on devrait commencer à le savoir.      

C’est pourquoi, au lieu de me fier aux articles sur le sujet, publiés au Canada et aux États-Unis, j’ai cherché le lien audio du numéro et je l’ai trouvé . (Attention : oreilles sensibles s'abstenir.)     

J’ai écouté « l’infâme » (sarcasme ici) numéro de Louis CK, donné en décembre dans un comedy club de Long Island, un endroit où il se produit régulièrement depuis sa descente dans les limbes de la honte.      

Qui est visé par « l’infâme » blague ?   

Ce ne sont pas les survivants de Parkland qui sont la cible de Louis CK, bien qu’ils les mentionnent.      

Louis CK se moque des milléniaux en général.      

Lui-même, à 51 ans, avoue ne pas être très éduqué, se traite de con fini, d’impulsif, de vieux stupide... et il fait ce que bien d’autres artistes ont fait avant lui : critiquer les jeunes.      

Rien de neuf là-dedans.      

Ils trouvent les jeunes trop sérieux, trop engagés, trop égalitaires. Il leur propose de s’éclater un peu plus, de faire le party, de profiter de leur jeunesse.      

Venant de lui, je ne suis pas sûre que le conseil soit brillant, mais ça, c’est un autre débat.      

Qu’est-ce qui choque, alors ?   

Le sujet, bien entendu. Pour plusieurs, on ne devrait jamais rire et faire rire par le biais de tragédies. Et si on le fait, un certain laps de temps doit être respecté entre le moment de la tragédie et la naissance de la blague sur scène devant public.      

Mais dans le cas de Louis CK, dans le cas de l’homme qui s’est vanté d’avoir fait la première blague sur les attaques du World Trade Center, et d’y avoir collé un épisode de masturbation, faut-il vraiment se surprendre aujourd’hui ?      

On connaît l’homme, on connaît son personnage de scène. Pourquoi encore en faire un cas ?      

Le gars est déjà persona non grata après avoir avoué ses inconduites sexuelles. Il a vu sa carrière prendre le bord, des millions en revenus disparaître et une ribambelle d’opportunités s’évanouir.      

Dites-moi pourquoi les médias lui donnent toujours autant d’attention si c’est encore pour le mettre au banc ? On le sait : c'est toujours agréable de se régaler d'un bon scandale, même si celui-ci n'a pas de grande valeur nutritive.      

On comprend qu’aujourd’hui je commente la nouvelle, l’événement médiatique, et non pas la blague et son auteur.      

Peu importe ce que les médias diront, tant que Louis CK aura un public qui l’encourage et qui rit, et des gestionnaires prêts à l’engager, il montera sur scène. C’est la seule vérité, qu’elle scandalise ou non.      

Passons à autre chose, SVP !  

Ce n’est pas comme si Louis CK était le seul et unique représentant d’un humour noir et pernicieux.      

Il y a des centaines d’autres humoristes américains qui jouent dans le même registre. En comptant les Québécois, les Canadiens, les Britanniques, les Français, les Australiens, les Néo-Zélandais, les Sud-Africains et autres, on se retrouve avec des milliers d’humoristes sur la planète qui sont friands d’humour bête et méchant... et par conséquent, des centaines de milliers d’admirateurs qui aiment leurs numéros.      

Toutes ces personnes ne sont pas sans cervelle.      

Je ne les défendrais pas toutes, absolument pas. Si en 2019, les humoristes et leurs fans ne sont pas capables d’aller au-delà du racisme et de la misogynie, je n’ai aucun intérêt à leur porter.      

D’ailleurs, je ne suis pas une fan de Louis CK. Je préfère Lisa Lampanelli dans ses belles années.      

Mais j'aime le style (j'aime pas mal tous les styles d'humour, en fait). Être méchant intelligemment, de manière machiavélique ou complètement absurde, ça peut vraiment être drôle.      

Le tout peut aussi être inoffensif.      

En humour, nous avons énormément de choix. C’est un art où l’offre est extrêmement généreuse. Il y en a pour tous les goûts.      

Si on n’aime pas l’humour noir, on évite les artistes qui en font.      

Si on en a assez des blagues du style, « moi, ma blonde... », on n’achète pas de billets de spectacle pour les humoristes qui donnent dans ce ton.      

Si on aime se faire bousculer, si on adore se faire surprendre, on fréquente les soirées d’humour. On ne sait jamais sur quoi on va tomber.      

Mais SVP, SVP ! Qu’on arrête de prendre une ligne dans un spectacle et d’en faire un titre de manchette sans bien cadrer tout le contexte de la blague, de sa montée en tension et de son punchline.      

Nous sommes en 2019. Nous sommes extrêmement connaisseurs en humour, ici au Québec. Il est temps qu’on arrête de nous prendre pour des spectateurs faciles à scandaliser.      

Ceux qui seront offensés le feront savoir de toute façon.      

Bonne année 2019 !