/entertainment/opinion/columnists
Navigation

Robert Lepage n’a pas de mea culpa à faire

Coup d'oeil sur cet article

Le journal Le Devoir est pavé de bonnes intentions. Comme l’enfer ! Dans son édition du 29 décembre, le quotidien coiffait une lettre ouverte du célèbre metteur en scène du titre « Robert Lepage fait son mea culpa ».

La plupart des médias reprirent le titre. J’ai reçu plusieurs courriels déplorant la « capitulation » de Lepage dans la controverse SLĀV. Quant à Kanata, Lepage n’en glisse pas un mot, même si l’annulation de SLĀV semble avoir entraîné le désistement du producteur américain et du Conseil des arts du Canada pour le spectacle que présente le Théâtre du Soleil à Paris.

De son propre aveu, la controverse de SLĀV a déstabilisé l’artiste. Il avoue « que même aujourd’hui, bien qu’elle ait évolué, sa position est encore loin d’être claire ». À part les commentateurs aux opinions toujours bien tranchées et les obsédés des réseaux sociaux qui vident toute question en 140 caractères ou moins, c’est loin d’être facile d’en arriver à un point de vue limpide dans ce débat.

Deux concepts différents

C’est que la controverse mêle deux concepts différents : celui de la représentativité des minorités sur nos scènes et celui de l’appropriation culturelle. Même si je milite depuis la création de Télévision Quatre-Saisons (aujourd’hui V) pour une « vraie » présence de nos minorités au petit écran, les choses n’ont guère changé depuis 35 ans. Notre télévision, pas plus que notre théâtre, ne reflète la diversité de notre population.

À Québec où vit Robert Lepage quand il n’est pas à l’étranger, la population est beaucoup plus homogène qu’à Montréal. Elle est donc moins représentative du « nouveau visage » du Québec. Lepage semble en avoir pris davantage conscience lors de la controverse de SLĀV. Sa première expérience avec la troupe du Théâtre du Soleil qui compte des interprètes de 26 nationalités différentes n’est sans doute pas étrangère à sa prise de conscience.

Des changements à ex machina

Dans sa lettre, Lepage avoue avoir compris qu’il doit opérer des changements structurants à l’intérieur même de son organisation Ex Machina, et assurer une représentation importante de la communauté afrodescendante de Québec au sein de la programmation de son futur théâtre Diamant.

Quant au concept d’appropriation culturelle, il est infiniment plus diffus. Il est donc sujet à toutes les interprétations. En France, d’où j’arrive, le concept est absolument incompréhensible. Pour plusieurs Québécois, dont je fais partie, il est toxique. Pourtant, aux États-Unis comme au Canada anglais, le concept devient impératif et s’impose de plus en plus.

Robert Lepage, dont l’esprit créateur semble sans limites, réussira-t-il à concilier ces deux extrêmes ? C’est la grâce que je nous souhaite.

On se moquait de gingras

En 1951, je suis journaliste à La Tribune de Sherbrooke. Wilfrid Lemoine (qui deviendra célèbre à la SRC), et Serge Garant (futur directeur de la Société de musique contemporaine) comptent parmi mes amis. Rêvant de devenir critique musical, le jeune Claude Gingras envoie gratuitement ses textes au journal. Quand La Tribune en publie un, Serge et Wilfrid font des gorges chaudes. Ce garçon, disent-ils, ne connaît rien à la musique.

À force d’acharnement, Claude Gingras finit par entrer à La Presse où il devient le critique chevronné que certains musiciens louaient et que la plupart des autres exécraient. Espérons qu’il rencontre plutôt les premiers là-haut !