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La brutalité ordinaire

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Laissez-moi vous raconter une toute petite scène de la vie ordinaire.

Mercredi, en fin d’après-midi, je vais lire au café. Mais après quelques minutes, je constate qu’à deux chaises de moi, une jeune femme se croit en droit de parler au téléphone en prenant à témoin tous les clients, comme s’ils désiraient connaître dans le détail sa conversation avec son lointain interlocuteur.

Café

Elle parle comme si elle était dans son bureau ou dans son salon. Ou comme si elle donnait un spectacle.

Elle me fait penser à ces gens qui, dans l’autobus ou au restaurant, écoutent une vidéo sur leur téléphone sans prendre la peine de mettre des écouteurs.

Une question m’obsède : sont-ils simplement inconscients, comme si le monde autour d’eux n’existe pas, ou jouissent-ils secrètement de nous imposer ainsi leur présence, qui transgresse les codes élémentaires de la politesse ?

Ce qui est fascinant dans la petite scène que je vous raconte, c’est que personne n’ose dire à cette jeune trentenaire qu’elle dérange tout le monde, qu’elle rend la vie désagréable à tous ceux qui l’entourent. Comme si chacun se sentait mal à l’aise de faire respecter les règles de la politesse. Celui qui se lèverait passerait probablement pour un malpoli.

Fascinante inversion : le mufle s’étale sans gêne, de manière décomplexée, et c’est celui qui est lésé dans ses droits qui se sent mal de rappeler que sans règles communes, la vie en société n’est plus tenable. Ce n’est pas que la politesse qu’on piétine, ici, mais les règles de la vie sociale aussi.

Agressivité

On me dira que cette saynète est sans importance. Et en effet, elle n’est pas très grave en elle-même.

Je suis pourtant convaincu que nous sommes des milliers, chaque jour, à être témoins d’événements du même genre, et à ressentir intimement que la multiplication de telles incivilités nous rend collectivement agressifs.