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Mon ami le crâne!

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Quand se promener avec un crâne sous le bras fait son effet sur l’entourage !

<b><i>Gaston et les autres</i></b><br/>Patricia Portella Bricka<br/>Pleine Lune, 204 pages
Photo courtoisie
Gaston et les autres
Patricia Portella Bricka
Pleine Lune, 204 pages

Johanne ne s’est pas vue vieillir. Enfin, elle n’est pas « si » vieille, mais quand le client qu’elle veut séduire lui parle de ménopause, quand la caissière lui propose une carte rabais destinée aux 50 ans et plus, quand elle apprend qu’une copine est morte d’un cancer foudroyant, force est de constater que le temps passe.

Et c’est tout un choc pour Johanne, comptable sérieuse le jour et divorcée à la vie amoureuse – catégorie cougar ! – bien assumée le soir. À 52 ans, la voilà mortelle ! Future poussière, qu’elle se répète en se lançant dans un grand ménage, qui se veut thérapeutique, de son appartement.

De quoi la mettre face à face avec un souvenir du temps de ses lointaines études en médecine, vite abandonnées : un crâne, acheté en même temps que les livres requis par le programme. Elle avait fini par le surnommer Gaston et par l’installer dans sa bibliothèque.

Plumeau en main, crâne de l’autre, voilà qu’un coup de fil la fait sursauter. Le crâne se ramasse par terre, s’en trouve légèrement cassé. Et Johanne décide de le faire réparer.

C’est ainsi que l’héroïne de ce drôle de roman se met à se balader en ville avec un crâne dans son sac. À partir d’un sentiment universel – le dur constat de l’âge – et d’un geste bien banal – faire son ménage –, l’auteure nous fait passer subtilement dans le monde de la transgression.

Folle ?

Enfin, pas pour Johanne : ça fait plus de trente ans que Gaston trône sur ses étagères, elle ne le voit même plus. Mais ses collègues ouvrent grand les yeux quand ils la voient débarquer avec ce curieux bibelot au bureau. Et le policier qui l’intercepte pour avoir brûlé un feu rouge l’arrêtera tout net en apercevant la chose sur la banquette !

Quant à ses deux grands enfants, guère plus reposants, ils s’inquiètent : leur mère est-elle devenue folle ?

En fait, seules des itinérantes considéreront sans s’affoler ce curieux tandem. Gaston leur apparaît même comme le confident idéal : enfin une tête humaine capable d’écouter sans juger !

Patricia Portella Bricka, qui en est à son troisième roman, explore ici avec une souriante sensibilité combien l’insolite peut donner une autre tournure au quotidien et surtout faire tomber les masques. Son Gaston a décidément le pouvoir de délier les langues !

À noter que l’auteure travaille auprès de femmes itinérantes : elle leur avait d’ailleurs consacré son premier roman en 2000. Dans Gaston et les autres, cela se voit par le respect avec lequel elle les met en scène. Mais, on le constatera, les esseulés viennent d’horizons bien plus variés.

L’effet Gaston, ce sera enfin une réconciliation de Johanne avec elle-même, un rapprochement avec ses enfants y compris. Car ce joli roman n’a pas d’autre prétention que l’apaisement. Vieillir n’est finalement pas si mal !