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Le libre-échange au cœur des préoccupations économiques

Les vives tensions commerciales en Europe, en Amérique du Nord ainsi qu’en Asie vont façonner l’année

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Photo AFP Le président mexicain Enrique Pena Nieto, le président américain Donald Trump et le premier ministre canadien Justin Trudeau ont paraphé l’ACEUM le 30 novembre dernier. L’accord doit toutefois encore être ratifié par les parlementaires des trois pays.

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Plus que jamais depuis la fin de la guerre froide, l’état de l’économie mondiale et canadienne risque d’être affecté en 2019 par des facteurs géopolitiques internationaux hors du contrôle de bien des acteurs. Survol des enjeux qui risquent de retenir l’attention au cours des 12 mois à venir.

1. Les relations entre la Chine et les États-Unis

Les tensions croissantes entre la Chine et les États-Unis pourraient être l’événement économique de l’année, estiment de nombreux experts. Et les conséquences de ce conflit pourraient se faire ressentir bien au-delà des frontières américaines. Le président Trump a menacé d’imposer des tarifs douaniers de 25 % sur près de 200 milliards $ de produits importés de la Chine d’ici au 1er mars prochain si les deux plus grandes économies de la planète ne parviennent pas à une entente.

Selon le gouverneur de la Banque du Canada, Stephen Poloz, une grande partie du monde serait un « spectateur innocent » de cette crise, alors que cette guerre commerciale aurait des répercussions sur l’ensemble de l’économie mondiale. « Si vous endommagez sérieusement le système commercial mondial, vous réduirez durablement le niveau de vie », a déclaré M. Poloz récemment dans une entrevue au Globe and Mail. « La capacité et la productivité seront réduites de manière permanente. Et les taux d’intérêt ne peuvent rien faire du tout pour ces choses-là. »

2. Les élections fédérales

Les prochaines élections fédérales auront lieu le 21 octobre. D’ici là, les Canadiens peuvent s’attendre à se faire bombarder d’engagements de part et d’autre. La question de l’important déficit accumulé par les libéraux depuis leur arrivée au pouvoir en 2015 et l’absence de date de retour à l’équilibre budgétaire risquent encore de faire la manchette. Lors de l’énoncé économique de l’automne, le ministre des Finances Bill Morneau prévoyait de nouvelles dépenses de 17,6 milliards sur six ans, dont une grande partie doit permettre aux entreprises de mieux concurrencer les États-Unis. « Nous aurions pu ignorer les préoccupations des chefs d’entreprise, décider de ne pas faire les investissements et les changements qui font partie de l’énoncé économique de l’automne, et nous aurions eu un déficit plus faible. Mais agir de la sorte ne serait ni une réponse rationnelle ni une réponse responsable », a déclaré à l’époque M. Morneau. Évidemment, l’opposition a décrié cette situation et continuera de le faire.

3. La ratification de l’Accord Canada- États-Unis-Mexique (ACEUM)

Tout est sur la glace en raison du « shutdown », c’est-à-dire la fermeture des institutions gouvernementales américaines, mais le Congrès devra ratifier dès que possible le nouvel Accord Canada-États-Unis-Mexique (ACEUM), qui remplacera l’Accord de libre-échange nord-américain... sous la menace de Donald Trump. Celui-ci demande aux parlementaires américains de ratifier le nouvel accord le plus tôt possible, sinon il mettra fin unilatéralement à l’ALENA. Même si Ottawa, Mexico et Washington ont signé l’accord au tout début du mois de décembre, un certain nombre de démocrates au Congrès et même certains républicains affirment qu’ils n’aiment pas le nouvel accord dans sa forme actuelle, et qu’ils ne l’appuieront pas sans des mécanismes d’application plus stricts pour les nouvelles règles sur le travail et la protection de l’environnement.

4. La pénurie de main-d’œuvre... et la façon d’y remédier

C’est un thème récurrent, la pénurie de main-d’œuvre fait mal et pourrait continuer de faire mal à la productivité du Québec. En somme, cela signifie qu’il n’y a pas assez de personnel qualifié pour répondre aux besoins des employeurs du Québec. Au même moment, le gouvernement Legault s’est engagé à abaisser les seuils d’immigration de 53 000 à 40 000 en 2019 et promet de réformer le mode de sélection du gouvernement pour que les immigrants qu’accueille le Québec soient davantage qualifiés pour les emplois disponibles ici. « Plusieurs inconnus demeurent. Si on a moins d’immigrants pour combler les besoins, ça va nuire à nos besoins de main-d’œuvre. Par contre, si le gouvernement améliore réellement la francisation et la formation, ça pourrait partiellement contrebalancer », opine l’économiste Dominique Lapointe, de la Banque Laurentienne. D’autres soutiennent qu’il s’agit d’une catastrophe annoncée pour la province.

5. Le Brexit

En entrevue au Times de Londres récemment, le premier ministre Trudeau a affirmé que l’entrée en vigueur définitive du Brexit permettrait au Canada et au Royaume-Uni d’en arriver à une relation commerciale encore plus large et « plus puissante » que l’accord actuel avec l’Union européenne (UE). Le premier ministre a affirmé être prêt à entreprendre des discussions formelles avec la Grande-Bretagne « dès le lendemain du Brexit ». Si, bien sûr, celle-ci parvient à s’entendre sur les modalités d’une sortie de l’UE.

Le Canada a l’intention de se servir de l’Accord économique et commercial global (AECG), plus communément appelé l’Accord Canada-UE, comme modèle pour une future entente de libre-échange avec l’une de ses deux ex-mères patries. « Il y aura des choses dans l’AECG qui ne seront plus aussi nécessaires entre le Canada et le Royaume-Uni, et il y aura d’autres domaines dans lesquels nous serions intéressés à aller plus loin », a-t-il laissé entendre au Times. « Les accords commerciaux sont toujours difficiles, mais il devrait être assez facile pour nous tous de parvenir à une meilleure approche du commerce entre le Canada et le Royaume-Uni. »

Rester calme et travailler plus longtemps

Professeur à l’UQAM, l’économiste québécois Pierre Fortin est l’un des plus éminents experts de son époque. Malgré l’incertitude économique, il incite les Québécois à garder leur calme... et, pourquoi pas, à travailler un peu plus longtemps pour contribuer à l’essor économique de la province.  

À quel genre d’année vous attendez-vous en 2019 pour l’économie nationale et mondiale ?

C’est un peu comme prendre l’avion : à un moment donné, l’avion se stabilise, atteint son altitude et sa vitesse de croisière. En 2019 et pour les années à venir, on ne peut s’attendre à une croissance économique comme celle que l’on a connue de 2016 à 2018, alors qu’on décollait, que les gouvernements du Québec et du Canada avaient ouvert les vannes et ont injecté énormément d’argent dans l’économie. Il y a aussi la hausse des taux d’intérêt, qui vont calmer les ardeurs de la dépense. La croissance va donc continuer, mais à un rythme plus régulier.

Les conservateurs, à Ottawa, ont fait grand cas du déficit budgétaire et du poids de la dette dans l’économie canadienne. Ça vous préoccupe, vous ?

Qu’on arrête de s’en faire avec ça. Le budget fédéral est sous contrôle. Ce qui compte, ce qui est important, ce n’est pas le chiffre de la dette lui-même, c’est son poids relatif à l’économie du Canada. Les gens comprennent très bien qu’ils peuvent se procurer une dette hypothécaire de centaines de milliers de dollars pour une maison, c’est la même logique qu’on doit appliquer ici.

Et au point de vue mondial, doit-on réellement s’inquiéter d’une récession ?

On peut toujours avoir une récession qui peut nous tomber dessus, il pourrait y avoir un gros ralentissement en Chine, une crise financière dans les pays émergents ou aux États-Unis, et ce n’est pas impossible que le marché immobilier dérape de plus belle. Des changements ont été apportés sous Obama, mais le bonhomme Trump est en train de tout défaire ça. Sauf qu’on entend parler beaucoup de récession ces jours-ci, alors qu’à mon avis, le risque n’est pas vraiment plus grand maintenant qu’il y a un an. 

On parle beaucoup de main-d’œuvre et d’immigration. Croyez-vous que le Québec sera en mesure de répondre à ses besoins de main-d’œuvre en 2019 ?

Ce n’est pas compliqué : on doit maintenir les vieux au travail. Il y a un mouvement dans cette direction-là depuis 20 ans, 25 ans. Ce qu’il faut faire aujourd’hui, selon moi, c’est d’adopter des mesures pour faire en sorte que les gens retardent la prise de la retraite – s’ils le veulent –, mais tout en continuant à augmenter leur fonds de retraite, pour qu’on se retrouve avec un pot pas mal plus substantiel. Parce que travailler 35 ans et prendre sa retraite pendant 35 ans, qui va payer pour ça ? Ce seront évidemment les jeunes qui vont devoir payer des taux de cotisations astronomiques. Il faut s’assurer que les vieux qui veulent travailler le fassent. Pierre Fortin donne, en quelque sorte, l’exemple, car il a 75 ans.

Et qu’en est-il des immigrants que l’on accueille ?

Il faut s’assurer que la composition des immigrants est mieux adaptée aux besoins des entreprises. Les gouvernements commencent à comprendre ça. Il ne faut pas plus d’immigrants, il faut s’assurer qu’ils répondent aux besoins de nos entreprises, tout en continuant d’accueillir les gens pour des raisons humanitaires. Tous les pays doivent continuer à faire leur part sur ce plan-là. 

Ce qu’ils ont dit au sujet de 2019

« J’ai espoir que nos deux équipes pourront se rencontrer à mi-chemin et parvenir à un accord bénéfique pour les deux pays et le monde le plus tôt possible »

– Le président chinois Xi Jinping, au sujet du conflit avec les États-Unis

« [L]es ralentissements cycliques qui se produisent et les conséquences d’une guerre commerciale entre la Chine et les États-Unis pourraient avoir des répercussions importantes sur l’économie mondiale. Nous devons nous assurer que nous sommes prêts à naviguer en eaux agitées si cela se produit »

– Le premier ministre du Canada Justin Trudeau

« Si la politique [d’immigration] actuelle était viable, on le saurait ! Mais cette politique n’a pas empêché la pénurie de main-d’œuvre, en particulier dans nos régions. L’immigration fait certainement partie de la solution, mais il va falloir changer de cap »

– Le premier ministre du Québec François Legault

« Je viens d’avoir une très longue et très bonne conversation avec le président chinois. L’accord avance très bien. S’il est réalisé, il sera très complet et couvrira tous les sujets, domaines et points de litige. Gros progrès en cours ! »

–Le président américain Donald Trump  dans un tweet