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Rodriguez devra prier Notre-Dame

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Rarement un ministre aura eu autant de pain sur la planche que Pablo Rodriguez. Si le gouvernement Trudeau est réélu et que le mandat du député d’Honoré-Mercier à Patrimoine Canada est renouvelé, il n’a pas fini de prendre les bouchées doubles.

Durant la trentaine de mois que Mélanie Joly a dirigé ce ministère, elle n’a pas cessé d’ouvrir des portes, de consulter et de créer des comités d’étude dont le travail doit aboutir, sinon à de nouvelles lois, à la révision de lois qui ont de la barbe. Toutes ces portes, il faudra bien finir par les refermer et transposer en législation les conclusions des dizaines d’experts qu’on a conscrits.

C’est à cette tâche gigantesque que devra s’attaquer le titulaire de Patrimoine Canada après l’élection fédérale d’octobre prochain.

Patrimoine Canada est loin d’être le ministère le plus important du gouvernement fédéral, mais c’est le plus sensible puisqu’il est garant de notre culture et de notre identité. Pour l’identité des Québécois et des francophones hors Québec comme pour celle des autres minorités, en particulier les Autochtones, les décisions de ce ministère sont presque une question de vie ou de mort.

Les auteurs crient famine

C’est de Patrimoine Canada, par exemple, que relèvent la télévision et la radio d’État, sans lesquelles des centaines de milliers de Canadiens ne pourraient être servis dans leur propre langue. De lui encore que relèvent Téléfilm et le Fonds des médias du Canada, sans lesquels il n’y aurait pas de cinéma canadien et très peu d’émissions de télévision d’importance.

De ce ministère encore dépend la survie de nos auteurs, qu’ils soient paroliers comme Luc Plamondon, compositeurs comme Diane Juster, romanciers ou dramaturges. Nos lois sur les télécommunications et la radiodiffusion n’ont pas été revues depuis 1991. Une éternité durant laquelle l’internet nous a fait passer de la charrette à bœufs au TGV.

En 2012, tout en adoptant une nouvelle loi sur le droit d’auteur, le gouvernement Harper a imposé la révision de la loi tous les cinq ans. Heureusement, car la loi Harper est loin d’avoir favorisé les auteurs. Lorsqu’il s’agit du droit d’auteur et de la protection de la propriété intellectuelle, le Canada a toujours été un très mauvais exemple. Nos auteurs qui vivent bien de leurs œuvres sont surtout ceux qui ont du succès à l’étranger.

Le mandat de Radio-Canada

C’est encore le ministre du Patrimoine qui devra approuver le mandat que va dessiner pour CBC/Radio-Canada un comité d’experts. Ceux-ci, espérons-le, examineront aussi la gouvernance de la société d’État. Actuellement, deux postes sont immuables au conseil d’administration : celui du président et celui du PDG, une situation qui soumet le conseil entier à la bonne volonté du PDG.

Enfin, même si la taxation des géants de l’internet n’est pas du ressort du ministre du Patrimoine, mais de celui des Finances, il devra peser de tout son poids pour que ces géants contribuent directement ou indirectement à notre système de radiodiffusion. Il devra se rappeler aussi que la pauvre Mélanie Joly s’est cassé les dents à défendre la position indéfendable du gouvernement là-dessus.

Entretemps, je suggère que Pablo Rodriguez prie Notre-Dame de Luàn, la sainte patronne de l’Argentine (d’où il est originaire) pour que les pays de l’Union européenne s’entendent enfin sur la façon de taxer les géants du net. L’Europe pourrait nous servir d’exemple.