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Je n’ai rien à mettre

Je n’ai rien à mettre
Illustration Nathalie Samson

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Il y a bien ce gros pull, une paire de leggings ou mes joggings que j’enfile religieusement chaque matin. Comme une espèce de rituel mystique qui enveloppe mon corps de doux avant de passer une autre journée à materner. Mais à mes yeux, ce ne sont pas des vêtements, c’est mon uniforme de maman.

J’ai beau me répéter que mon corps est un temple, qu’il a fabriqué mes deux petits humains préférés, que je suis une guerrière, yada yada yada, ma garde-robe, elle, me fait un doigt d’honneur.

Je pourrais me venger en me la jouant Marie Kondo, mais je doute que me retrouver devant une penderie vide m’inspire de la joie.

38 mois après la naissance de mon premier, 2 suivant celle du deuxième, j’ai encore l’air 20 semaines enceinte. Allô le Mom Bod (terme pseudo-cool pour définir un corps de mère) !

Une partie de moi a envie de crier « YOLO », et courir dépenser mon prochain chèque de RQAP dans une séance de breastshopping. Allaitement et magasinage en ligne vont de pair, celles qui ont enfanté le savent trop bien.

Oui, j’aimerais pouvoir accepter gaiement mes nouvelles courbes et m’en servir pour envoyer paître le patriarcat et ses standards de beauté à la con. Ou en profiter pour commencer à célébrer mon héritage familial de femmes aux hanches généreuses.

De toute évidence, tout ce que je réussis à célébrer en ce moment, c’est le fait que j’entre encore dans mes pantalons de jogging.

Mais la taille de mon popotin n’est pas le réel problème.

L’expérience de la maternité m’a fait comprendre une leçon importante : pour conserver ma santé mentale, je me dois de garder une certaine flexibilité au niveau de mes priorités.

Quel est le rapport avec mon Mom Bod, me direz-vous ?

Parce que la maternité est un éternel remaniement de priorités, et force est d’admettre que les miennes se retrouvent souvent tout en bas de la liste.

En tentant de garder l’équilibre, je me retrouve dans un combat incessant entre ce que j’aimerais faire et ce dont j’ai vraiment besoin pour survivre.

À partir du moment où les petites lignes roses apparaissent, les priorités personnelles passent inévitablement après les priorités parentales.

Oui, j’aimerais une nouvelle coupe de cheveux, aller m’entraîner, et peut-être même une soirée de filles à l’occasion, mais il y a encore l’épicerie à faire, une pile de lavage à plier, bébé boit en continu et le plus vieux se claque un rhume... Encore !

Mais la bonne nouvelle, c’est que c’est temporaire.

Ne pas rentrer dans mes jeans, ça gosse. Mais 3 ans et des poussières de maternité derrière la cravate m’ont prouvé que ce qui gosse ne dure pas. Tout comme les coliques et le manque de sommeil (ouf !). Non, je n’ai pas de temps pour moi, mais pour ces quelques instants où j’accorde de l’importance à mon postérieur, aujourd’hui je choisis de me donner un petit break.

Un jour, mes enfants seront plus indépendants. Un jour, j’aurai un peu plus de temps pour moi et la liberté de prioriser mes besoins et mes désirs comme bon me semble.

Mais pour le moment, je vais essayer de trouver la joie dans ce que mon Mom Bod peut accomplir et dans le confort de mon « uniforme de maman ». C’est Marie Kondo qui serait fière de moi.