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Mais qu'est-ce que c'est que ces manières?

Plus je regarde la réaction générale autour des déboires financiers de Caroline Néron, plus je nous vois agir à la manière des foules qui jubilaient devant une exécution publique.

Mais qu'est-ce que c'est que ces manières?
JOEL LEMAY/AGENCE QMI

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Plus je regarde la réaction générale autour des déboires financiers de Caroline Néron, plus je nous vois agir à la manière des foules qui jubilaient devant une exécution publique. J’arrête pas de me dire : mais qu’est-ce que c’est que ces manières, à la fin!? 

 

Je ne suis pas une fan, ni un détracteur de Caroline Néron. Je suis une citoyenne qui se désole qu’une entreprise québécoise se retrouve acculée à la faillite. Cela dit, je trouve curieux de voir les jugements, les insultes et les attaques circuler sur les réseaux sociaux, comme si tout un chacun connaissait l’entrepreneure personnellement, tous les détails de son parcours ou encore ce que représente réellement la charge d’une telle entreprise. 

 

Le commentaire qui semble revenir le plus souvent c’est « elle me fera pas brailler avec ses bijoux faits en Chine, elle ». Ah bon? Et toutes nos commodités « made in China », nous font-elles pleurer, elles?  

 

Que Caroline Néron fasse faire ses bijoux en Chine est une chose. Est-ce qu’il est temps qu’on parle de cet éléphant rose fluo qu’est le cheap labor dans notre économie et notre société? On ne peut plus temps. Est-ce que Caroline Néron doit en porter tout le blâme et se faire lyncher sur la place publique? Non et y en a marre de ce comportement primitif et barbare.  

 

On est au XXIe siècle, on est supposément rendus « dans » le futur et notre époque est, à ce qu’on dit, l’apogée de l’évolution humaine. Redites-moi maintenant pourquoi on n’agit pourtant pas mieux que ceux qui ont pris leur pied en regardant Jeanne D’Arc brûler? 

 

C'est une des nôtres. Qu'on aime l'individu, ce qu'elle fait ou pas, c'est une des nôtres. Sommes-nous conscients que ce comportement est un frein à notre épanouissement et, conséquemment, à celui du Québec? Cette attitude est celle du gamin qui rit des frappeurs lorsqu’ils ratent leur balle, pensant faire mieux, mais qui n’ose jamais aller au bâton.  

 

« Vivre pour un petit pain », c’est tellement Grande Noirceur. Il faut encourager l’entreprenariat québécois et être solidaire de lui, les bons comme les mauvais jours. Faut arrêter d’agir en hyène et nourrir ainsi le mythe crasseux du Québécois jaloux de la réussite des autres. Il me semble qu’on a fait le tour depuis le temps.

 

Visiblement, Caroline Néron a fait des erreurs, mais à moins que des faits saillants m’aient échappé, ce n’est pas une criminelle. On vient juste de se souhaiter le meilleur pour 2019. Et si on commençait par mettre un terme à ce sordide cannibalisme social?  

 

C’est petit, contre-productif et ça sert grassement les adversaires du Québec. Il faut que ce comportement autodestructeur cesse et vite. Cette fille a commencé à faire ses bijoux sur sa table de cuisine, dans un domaine où rien n’était gagné d’avance et elle a prospéré. La une d'hier ne devrait pas invalider ça. Je pense que ce qu’il y a de plus civilisé et d’élégant à faire ici, c’est de souhaiter à Caroline Néron bon courage et de se relever rapidement.