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Tenir une ferme à bout de bras

Marjolaine Bouchard
Photo courtoisie Marjolaine Bouchard

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La romancière saguenéenne Marjolaine Bouchard, dans son nouveau roman d’époque Les belles fermières, invite ses lecteurs à découvrir la vie quotidienne de huit sœurs qui triment et se désâment du matin au soir pour tenir leur ferme à flot pendant la Seconde Guerre mondiale.

<i>Les belles fermières</i></br>
Marjolaine Bouchard</br>
Les Éditeurs réunis, 326 pages
Photo courtoisie
Les belles fermières
Marjolaine Bouchard
Les Éditeurs réunis, 326 pages

Campé dans un village fictif de la région du Saguenay–Lac-Saint-Jean, ce roman réaliste et riche en détails sur la vie quotidienne démontre à quel point les femmes ont tenu les campagnes québécoises à bout de bras pendant cette époque très difficile où de nombreux hommes furent envoyés au front.

Pour raconter l’histoire des huit sœurs Larose, qui se retrouvent seules avec leur aïeule sur la terre familiale, la romancière de Jonquière s’est appuyée sur de nombreux témoignages et des ouvrages de référence. Sa propre expérience lui a également été utile, puisque sa famille a exploité une petite ferme dans les années 1960.

« Il y a eu un terreau fertile pour ancrer certains personnages », confirme-t-elle. « Certaines de mes sœurs s’y sont reconnues parce que ma famille a vécu une vingtaine d’années sur une petite ferme, dans la région. Mon roman se déroule pendant la Seconde Guerre mondiale, mais on avait quand même une certaine expérience de l’agriculture et de l’élevage de vaches laitières – ça s’appelait la ferme Bouchard et Filles. Beaucoup de petits clins d’œil leur sont adressés dans ce livre. »

La vie rurale

Elle s’est également basée sur les écrits de l’anthropologue américain Horace Mitchell Miner, qui a publié en 1939 Saint-Denis : un village québécois, après avoir passé une année dans le Kamouraska.

« Ça a pris 40 ans avant qu’on ait une version française. Il a résidé à Saint-Denis-de-Kamouraska et a analysé la façon de vivre des gens, dans le village. En lisant cela, j’en ai appris beaucoup plus sur la vie rurale traditionnelle que jamais on ne m’en avait dit. C’est un ouvrage qui m’a été très utile pour entrer dans le quotidien des personnages et incarner l’époque révolue, en apportant évidemment ma touche et ma manière de voir. »

Pas sans heurts

Dans le roman, les filles Larose doivent s’occuper du travail de la ferme après le décès de leur père et le départ de leurs frères, enrôlés dans l’armée. « Beaucoup de femmes ont maintenu à flot les fermes, à l’époque. Elles se sont dévouées et désâmées pour tenir les terres en production. Dans le bouquin, il est question de ces femmes qui veulent préserver à tout prix le patrimoine familial. Elles auront beaucoup de difficultés. »

La succession, d’ailleurs, ne se fait pas sans heurts puisqu’à l’époque, la terre allait de père en fils. « Les femmes n’avaient pas de droits légaux pour récupérer la ferme. »

Marjolaine Bouchard a longuement discuté avec des gens qui ont plus de 80 ans. « J’ai récolté des témoignages et des anecdotes qui donnent vraiment une autre couleur, pour ressusciter les us et coutumes, les croyances, les superstitions. Toutes des petites choses qu’on ne retrouve pas nécessairement dans des documents d’archives. »


♦ Marjolaine Bouchard a écrit 16 romans depuis 1996, dont la série Les portes du couvent.

♦ Elle habite à Jonquière.