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Thriller au temps de Jésus

René Manzor
Photo courtoisie, Pascale Lourmand René Manzor

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Fasciné par les récits bibliques, l’écrivain et réalisateur français René Manzor, une figure montante du polar francophone, a imaginé l’histoire de David de Nazareth, qui serait le fils de Jésus, dans son nouveau thriller, Apocryphe. Un garçon dont l’histoire émouvante et violente témoigne des turbulences du 1er siècle de notre ère.

En l’an 30, un garçon regarde, de loin, le terrible châtiment réservé aux esclaves et aux criminels de droit commun : le supplice de la crucifixion. Au pied de la croix, des femmes pleurent. Dont sa mère. Et lui, à sept ans, est témoin de tout, sans que personne s’en aperçoive.

Sept ans plus tard, alors qu’il s’est réfugié dans le désert de Judée en compagnie de sa mère, l’adolescent s’initie aux techniques de combat avec son parrain, Shimon le Zélote. Un étranger surgit sur la ferme familiale. Et David disparaît.

Avec une plume très riche et un sens du rythme qui témoigne aussi de ses talents de réalisateur et de scénariste, René Manzor a revu à sa façon l’histoire biblique dans ce roman épique. L’action défile, entre Jérusalem, Qumrân, Rome, la Syrie et la Palestine.

Jésus, le superhéros

« Enfant, j’étais travaillé par ce personnage de Jésus », commente René Manzor, en entrevue de sa maison de la région de Sologne. « Il faisait partie de la mythologie, comme les fées, les magiciens : c’est un mec qui marche sur l’eau, qui multiplie les pains, qui fait lever les paralytiques. Pour moi, c’était un super­héros, quand j’étais petit. »

L’auteur a grandi dans la religion catholique, mais en tant qu’adulte, quand il a relu les Évangiles, il a relevé des informations qu’il considère étonnantes. « La question sans réponse qui a motivé l’écriture de ce roman est : quelle est la vérité qui se cache derrière nos croyances ? »

Frissonner dans le passé

Il a mis deux années de recherches avant de se lancer dans l’écriture d’Apocryphe, après avoir écrit trois polars contemporains. « C’est peut-être à cause de mon ADN de cinéaste, mais je me suis demandé si on ne pouvait pas frissonner aussi dans le passé. Qu’est-ce qui nous en empêche ? C’est mystérieux, c’est loin de nous... », note-t-il.

Il s’est ensuite demandé quelle histoire, dans le passé, serait la plus mystérieuse... L’époque de Jésus s’imposait. « Je voulais savoir ce qui s’est passé là-bas. Il y a un mystère énorme qui continue d’alimenter les idéologies aujourd’hui. »

Remonter le temps

Comme la machine à remonter le temps n’existe pas, il s’est « téléporté » d’une autre manière : en y allant par les recherches, les écrits historiques, sur tout le climat autour de Jésus. « J’avais besoin de comprendre la politique de l’époque, la sociologie de l’époque, ce que les gens mangeaient, pensaient. C’était une façon pour moi d’y aller. Je devais faire en sorte que ça devienne aussi familier que mon jardin. À partir de là, je savais que si ça arrivait, j’allais pouvoir raconter cette histoire. »

L’instabilité politique, la grogne sociale, la violence, l’injustice, la cruauté de l’époque fournissent une toile parfaite pour raconter cette histoire dramatique. « J’ai eu envie de faire faire un voyage aux gens, de partir au 1er siècle et vivre là-bas. Je voulais que les lecteurs deviennent des témoins oculaires de ce qui s’est passé. »

L’époque qu’il décrit, entre l’an 30 et 37, est d’une violence folle. « Et on y retrouve tous les grands thèmes qui sont les nôtres aujourd’hui : cette quête du pouvoir, cette manipulation des événements par les politiques, le terrorisme, l’occupation, la mondialisation, avec cette Pax Romana que voulait Rome, la position de la femme, qui est terrible à l’époque. »

  • René Manzor est réalisateur, scénariste et écrivain.
  • Il a reçu le prix Cognac du polar francophone pour son roman Celui dont le nom n’est plus.
  • Son fils habite à Montréal depuis plusieurs années.

EXTRAIT

Apocryphe, René Manzor, Éditions Calmann-Lévy Noir, 400 pages
Photo courtoisie
Apocryphe, René Manzor, Éditions Calmann-Lévy Noir, 400 pages

« Les pluies redoublèrent, se confondant avec l’orage. Bientôt, le déluge acheva de disperser les proches et les quelques spectateurs présents.

Tous sauf un.

Un garçon de sept ans qui avait échappé à la surveillance des adultes. Il se tenait debout, plus bas sur le versant, et ne quittait pas des yeux l’homme cloué sur la croix centrale.

L’enfant ne pleurait pas.

Son expression trahissait même de la rancune envers ce rédempteur qui avait tout donné aux autres et si peu à lui.

Son nom était David de Nazareth. Et ceci est son histoire. »

– René Manzor, Apocryphe, Éditions Calmann-Lévy Noir