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Aimez-vous les pois chiches?

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« Maman, maman, j’ai faim. Puis-je avoir une collation ? » « Bien sûr mon chéri, tiens, voici 20 beaux pois chiches rôtis au cari. » « Ouache, c’est dégueu. Pis pourquoi 20 ? Tu vas les compter ? »

« Oui, comme je compte les amandes bio que je mange tous les jours à 15 h »

« Pourquoi je ne peux pas avoir un Minigo ? »

« Parce que le nouveau Guide alimentaire canadien dit qu’il faut manger plus de protéines végétales. Le yogourt est fait avec du lait et le lait vient de la vache, qui est un animal. Quand les ruminants donneront du lait de soya, on s’en reparlera. »

« Oui, mais, maman, les vaches mangent de l’herbe pour faire du lait. Ça ne compte pas ? »

« Mange tes pois chiches. »

Guide alimentaire

Nous apprenions cette semaine que le nouveau Guide alimentaire canadien allait intégrer les produits laitiers à la vaste catégorie « aliments protéinés », qui met l’emphase sur les légumineuses.

Jamais je ne serai végan, je déteste haricots, pois et autres pousses de soja. Mais parlez-moi d’un Camembert, d’une omelette baveuse ou d’un tartare.

Dans les années 70, j’avais adopté le régime macrobiotique, en vogue à Londres où j’habitais, qui classe les aliments en deux groupes, yin et yang. Par exemple, ce bricolage alimentaire japonais, prisé par Madonna, interdit les fruits au petit déjeuner parce que trop yin. Faut le croire sur parole.

Au bout de trois mois d’un régime strict de fèves adzuki en sauce tamari sur une montagne de riz brun avec un complément d’algues, j’étais verte. Jamais un signe de santé.

Le fondateur de cette discipline, le japonais Georges Ohsawa (1893-1966) a créé un centre pour l’étude de la macrobiotique appelé le Centre international ignoramus. Ça ne s’invente pas. Pas plus que ce scientifique québécois de renom engagé dans la cause animale, le psychologue Stevan Harnad, qui claironne que les gens qui mangent des protéines animales sont des psychopathes.

Les modes, en alimentation, ne mènent qu’au dogmatisme et à la déculturation. Manger méditerranéen au Québec, c’est absurde.

Je crains que le nouveau Guide alimentaire canadien n’évacue qui nous sommes.

Si simple

Manger, c’est la vie. C’est le quotidien. Ne dit-on pas « faire l’ordinaire » pour décrire la cuisine de tous les jours ? Au restaurant, nous avons appris à aimer le sushi, mais à la maison, nous mangeons encore du pâté chinois à la viande hachée.

Qui sont ces nutritionnistes venus écraser de leurs gros sabots nos habitudes alimentaires, reflet de notre culture et de notre histoire, au nom de la sacro-sainte santé ? Et le plaisir, bordel ? Conseiller aux jeunes « d’exciter leurs papilles avec de l’eau », c’est débile.

L’obsession de la nutrition santé fera de nous des névrosés.

Sans compter l’impact négatif sur les producteurs laitiers qui sacrifient gros pour que la paix commerciale règne entre les États-Unis et le Canada. Ils ont déjà beaucoup donné.

Le premier ministre doit intervenir pour protéger notre patrimoine alimentaire, à moins que l’obsession des pois chiches ne soit devenue le reflet du multiculturalisme canadien. Le P’tit Québec est-il trop blanc ?