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Corps sous influence

<b><i>Le paon, le cobra et la sorcière</i></b><br />
Diane Vincent<br />
Triptyque, 330 pages
Photo courtoisie Le paon, le cobra et la sorcière
Diane Vincent
Triptyque, 330 pages

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Une enquête sans crime, une enquêteuse qui n’a rien d’une policière, qui assume bellement sa cinquantaine et qui fait des erreurs dont elle ne tient pas à se vanter... Ça donne un roman policier bien particulier !

Diane Vincent en est à son sixième roman policier. Chaque fois, elle met en scène Josette Marchand, femme farouchement indépendante, mais qui est sentimentalement attachée à Vincent Bastianello, inspecteur spécialiste des homicides du Service de police de la Ville de Montréal. Et parfois elle se mêle de ses enquêtes.

Dans Le paon, le cobra et la sorcière, Josette va toutefois de son côté. Après tout, c’est en raison de son travail de massothérapeute qu’une mission lui a été confiée – nul besoin ici de compétences policières. Il s’agit pour elle d’aller fouiner du côté d’un groupe dont on ne sait trop s’il regroupe de gentils rêveurs ou s’il s’agit d’une secte.

Confection de bouquets de sauge, repas austères, vocabulaire ésotérique et rapprochements le soir autour du grand feu – rien de tout cela n’est illégal, constate Josette, qui s’est inscrite à un week-end de formation donné à la campagne, au centre Odoratus.

Mais il y a la jeune Jade, 18 ans, qu’on tient à l’écart. C’est d’ailleurs son grand-père, commandant de police à la retraite, qui a demandé à Josette d’aller y voir de plus près. Et vite celle-ci constate que Jade est enceinte, sans doute du Grand maître, comme le gourou du groupe se fait appeler. Comment l’approcher pour savoir si elle est manipulée ?

À cette intrigue accrocheuse, l’auteure ajoute une autre dimension : son héroïne elle-même passera par les mécanismes de la soumission.

C’est d’autant plus troublant que Josette est persuadée qu’elle peut contrer toutes les manipulations, vu son métier et ses expériences de vie. Se faire masser, c’est dévoiler littéralement toute sa vulnérabilité. Josette, formée pour ce faire, sait avec quelle délicatesse il faut toucher les gens et quelles sont les limites à ne pas franchir. Les pervers, les manipulateurs, elle les voit venir de loin.

Drôles de mailles

Du moins le croit-elle... Et pourtant, elle se fera prendre dans de drôles de mailles qui la laisseront sonnée et humiliée. Même son ami Vincent, qui finira par s’impliquer dans l’affaire, ne saura pas à quel point.

C’est avec une grande maîtrise de son sujet que Diane Vincent nous entraîne dans cette curieuse aventure. Elle s’est d’ailleurs dûment renseignée, comme le montrent les références citées en fin d’ouvrage.

On tourne les pages non seulement en raison de la solidité de l’histoire, de surcroît bien écrite, mais aussi parce que, au-delà des clichés, s’ouvre un univers riche et méconnu : celui du toucher.

Sexuelle, amicale, thérapeutique, réconfortante, asservissante, blessante... la main sur un corps peut s’interpréter de bien des façons. Où est la frontière ? Comment distinguer les intentions ? Si même une femme aguerrie comme Josette peut s’y perdre, c’est dire avec quel plaisir lecteurs et lectrices y plongent !