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Inoubliables: Jenny Rock

Jenny Rock
Photo Martin Alarie Jenny Rock

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Personne n’a oublié cette petite bonne femme bourrée d’énergie qui interprétait du Elvis Presley avec sa grosse guitare en bandoulière et qui dansait vêtue de blue-jeans en chantant Douliou douliou Saint-Tropez. À l’âge de 12 ans, Jenny Rock partait déjà en tournée avec les grands de la musique québécoise et en 1965, à 19 ans, elle fut la seule artiste francophone à faire la première partie des Rolling Stones, après avoir été élu Découverte de l’année.

Comment votre carrière a-t-elle débuté ?

À six ans j’ai décidé de devenir chanteuse. C’était ça, ou bien religieuse (rires) ! J’avais chanté à 4 ans dans une noce et je me souvenais des applaudissements, du succès. J’aimais beaucoup le patin artistique aussi, je pratiquais seule tous les soirs sur la glace derrière le couvent privé que je fréquentais à Granby. Mais à l’époque il n’y avait pas de cours dans la région et ma mère m’avait dit : « Tu vas avoir froid si tu fais du patin ! » Alors j’ai choisi la chanson.

En 1967, l’année de l’expo, Jenny Rock, 21 ans, avait déjà près d’une décennie d’années de métier derrière elle.
Photo courtoisie
En 1967, l’année de l’expo, Jenny Rock, 21 ans, avait déjà près d’une décennie d’années de métier derrière elle.

Quels sont vos meilleurs souvenirs du métier ?

Les premières tournées avec Jean Grimaldi étaient formidables. J’avais 14 ans et je me retrouvais sur scène avec les Claude Blanchard, Jean Lapointe et Manda Parent. C’était vraiment excitant. J’avais commencé avec Paul Brunelle qui m’avait vue dans un concours d’amateur et m’avait emmenée en tournée country. Puis j’ai fait une autre tournée avec Marcel Martel en remplacement de sa fille Renée. C’est lors d’un de ces spectacles que madame Grimaldi qui était agente – la mère de Francine – m’avait remarquée. J’étais toute jeune et je chantais du Elvis Presley avec ma grosse guitare. Je dansais la claquette même si je n’avais jamais suivi de cours, j’étais une « entertainer ».

Comment viviez-vous la popularité ?

À l’époque, les tournées duraient quatre mois. On se rendait partout au Québec, au Nouveau-Brunswick, en Ontario. Ma mère me suivait partout. Elle avait loué son resto, puis l’avait vendu pour pouvoir me suivre, puis elle avait bâti le Motel Jenny Rock, à St-Hubert, espérant que j’y travaillerais un jour avec elle. Moi, après les tournées, j’aurais préféré retourner à l’école, mais on a eu des problèmes financiers, les banques ne voulaient pas prêter à ma mère parce qu’elle était une femme. Alors je suis retournée dans les clubs. J’étais trop jeune pour fréquenter ces établissements. Alors ma vie se passait dans la cave ! On me sortait pour le show et je retournais dans la cave ! Une chance que j’étais chum avec les cook. Ils me gâtaient.

La belle Jenny au plus fort de sa popularité, lors d’un passage à Télé-Métropole le canal 10 (aujourd’hui TVA).
Photo courtoisie, CFTM-TV
La belle Jenny au plus fort de sa popularité, lors d’un passage à Télé-Métropole le canal 10 (aujourd’hui TVA).

Dans quelles circonstances avez-vous ralenti la cadence ?

J’ai été Découverte de l’année en 1965. J’ai aussi participé à la première des Rolling Stones à Montréal. À l’époque, je travaillais 5 à 6 jours par semaine. Je n’avais plus de vie. Je ne voyais plus le soleil.

Après le gros succès de St-Tropez (Douliou douliou), ma voix a flanché. J’ai pensé que ma vie était finie, puis j’ai appris à travailler ma voix. Je voulais arrêter six mois, me renouveler, mais il n’en était pas question, il fallait monter des shows. J’étais devenue comme une machine. Un matin, je me suis demandé : « Qu’est-ce qui te ferait plaisir, Jenny ? » Et je suis retournée à l’école. Je voulais me rendre jusqu’à l’université en art. Puis je me suis mariée et j’ai eu mon fils.

La chanteuse en 1981, toujours 
aussi grouillante sur scène. De 
retour de Las Vegas, elle présentait 
des revues musicales.
Photo Normand Pichette
La chanteuse en 1981, toujours aussi grouillante sur scène. De retour de Las Vegas, elle présentait des revues musicales.

Quelle a été la suite des choses ?

J’ai continué à faire de la scène, du cabaret. Je gagnais bien ma vie. C’était plus payant qu’aujourd’hui. J’étais rendue dans le funk, mais ici c’était la mode des chansons engagées pour promouvoir la séparation du Québec. Ça ne convenait pas à mon style de musique qui « groovait ».

Moi, j’aimais la musique qui fait bouger. Quand j’ai divorcé, je suis allée vivre et travailler deux ans à Vegas et quand je suis revenue j’ai formé des groupes avec des musiciens, Jenny in love, Super J Rock. J’ai fait de la télé aussi. On m’invitait sur les shows de variétés, j’étais tellement folle en entrevue ! J’ai toujours chanté et je suis contente de ce que j’ai fait.

La jolie petite bombe blonde en 1969,
l’émule d’Elvis Presley telle qu’on la surnommait.
Photo courtoisie, Radio-Canada
La jolie petite bombe blonde en 1969, l’émule d’Elvis Presley telle qu’on la surnommait.

Quels sont vos projets ?

Je viens de monter un nouveau spectacle qui s’intitule Faut en profiter pendant qu’on est encore jeune ! J’ai commencé à le faire dans des résidences qui ont un certain budget et j’en suis très fière. Je parle des chanteuses de mon enfance, Peggy Lee, Sophie Tucker, je raconte des anecdotes du resto de ma mère, je fais du Elvis, mon premier dada musical, je rends hommage aux chanteuses qui m’ont influencée : Aretha Franklin, Etta James, Tina Turner.

Chacun son chemin

  • Jenny Rock, de son vrai nom Jeanine Bellefeuille, est née le 10 novembre 1946, à St-Hyacinthe (73 ans). Elle a toujours porté le nom de « Jenny » à l’école anglaise qu’elle fréquentait et même à la maison. « Je paye des impôts sur les deux noms ! » dit-elle.
  • Elle a fait ses véritables débuts professionnels en 1959 avec la troupe de Jean Grimaldi. Elle a enregistré son premier album en 1963 et fut élue Découverte de l’année en 1965.
  • Au printemps de 1965, elle fut la seule artiste francophone à participer à la première partie des Rolling Stones à l’aréna Maurice-Richard, à l’âge de 19 ans.
  • Parmi ses succès, les chansons Le Sloopy, Donnes-moi ta jeunesse, Fume ta cigarette, Dessins animés une pièce qui a tournée en France, Noir c’est noir une reprise de Johnny Hallyday et son grand succès Douliou douliou Saint-Tropez l’adaptation québécoise de la chanson du générique du film Le Gendarme de Saint-Tropez mettant en vedette Louis de Funes et Michel Galabru.
  • Depuis 16 ans, elle enseigne régulièrement dans deux garderies à Anjou et elle a tiré deux albums pour enfants de ses cours. Une fois par mois, elle enseigne la danse biblique aux jeunes de l’église MCI Canada.
  • Après son spectacle Pack tes bagages, elle présente un nouveau spectacle Faut en profiter pendant qu’on est encore jeune ! Voir productionscr.com.