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Val-d’Or dans les années 30

Val-d’Or dans les années 30
Photo Martin Alarie

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Après avoir connu un extraordinaire succès avec les séries La promesse des Gélinas et Au chant des marées, la talentueuse France Lorrain propose une nouvelle série inspirée du travail minier en Abitibi dans les années 1930, avec sa nouvelle série, À l’ombre de la mine. Secrets de famille, mariages heureux et malheureux, injustices et luttes ouvrières sont au menu.

À la fin des années 1930, les frères Marek et Kristoff Rudenko, arrivés d’Ukraine un quart de siècle plus tôt avec leurs parents, travaillent à la mine de Val d’Or, en Abitibi. Même s’ils sont mariés à des Québécoises de souche, leur intégration est difficile dans le village de Bourlamaque.

Même s’ils sont bien différents l’un de l’autre, les deux frères ont une mission commune : découvrir la vérité sur l’arrestation de leur père, emmené comme bien d’autres au camp de détention pour ressortissants étrangers de Spirit Lake et assassiné dans des circonstances mystérieuses.

Avec ce nouveau roman, France Lorrain fait découvrir des pans méconnus de l’histoire québécoise, comme le développement de l’industrie minière en Abitibi, la détention des ressortissants étrangers, les tensions sociales entre les travailleurs d’ici et d’ailleurs, et la lutte pour de meilleures conditions de travail dans le dur milieu des mines.

Inspirée par des lieux

« Mon mari vient de Val d’Or. Plus ça va, plus les lieux m’inspirent. Je suis allée dans les Laurentides où j’avais un chalet, et Au chant des marées est sur l’île Verte, où ma tante a élevé sa famille. L’Abitibi, c’est super loin, mais une fois qu’on a traversé le parc [La Vérendrye, NDLR], il y a tout un trésor à découvrir », commente l’auteure, en entrevue.

« Au départ, je voulais travailler sur l’Abitibi. J’avais l’idée de travailler sur le camp de détention de Spirit Lake parce que mon mari avait fait beaucoup de recherches sur le sujet, mais comme je ne voulais pas aller dans la Première Guerre mondiale, j’ai décidé d’aller en 1937. Mais une partie de l’histoire est liée au camp, c’est quelque chose qui m’intéressait. »

« Dans ce temps-là, il y avait beaucoup de Slaves en Abitibi, beaucoup de Polonais, de Russes », note l’auteure, en précisant que les compagnies minières les faisaient venir pour travailler sur place.

En faisant ses recherches, elle a appris que la compagnie minière avait fait construire le petit village de Bourlamaque et que les travailleurs pouvaient habiter dans une maison pour 50 $ par année.

Travailleurs étrangers

Elle souligne la présence des travailleurs étrangers et les inévitables unions multiculturelles dans son livre. « Je trouvais impressionnant de voir le nombre de gens qui avaient des noms à consonance slave. Les dirigeants des mines étaient anglophones et quand je regardais des photos d’époque, tout était en anglais. Le Barber Shop où mon personnage de Jeanne travaille, c’était écrit en anglais. »

Elle a eu la chance de lire le journal d’un mineur des années 1930. « C’est assez fou, le journal. Cette vie dans les mines était dure. C’était sombre, il y avait des maladies liées à ce travail. Ils faisaient venir des hommes costauds qui n’avaient pas peur de se salir. Mais j’en parle aussi dans mon livre : les premiers à avoir fait une grève, c’était les travailleurs étrangers, les “fros”, qui ont décidé de se battre pour faire valoir leurs droits. »

En parallèle, elle montre un couple qui ne peut avoir d’enfants, souligne le côté pieux de Jeanne, laquelle a découvert un côté très sensuel d’elle-même avec Kristoff, mais qui est en même temps très religieuse. « Elle passe son temps à aller se confesser », note France Lorrain.

  • France Lorrain est enseignante et romancière.
  • Elle a écrit plusieurs livres pour enfants avant d’écrire les séries à succès La promesse des Gélinas et Au chant des marées.
  • Le tome 2 de la série paraîtra au printemps.

EXTRAIT

« La vie sous terre se résumait à la noirceur ou à l’éclairage artificiel des lampes à pétrole. Dans ces tunnels qui ne finissaient pas, les ouvriers passaient leurs journées à forer, à remplir et à rouler les berlines, et à utiliser marteau et pinceau pour récolter le précieux minéral, l’or, qui se trouvait dans les roches. À la suite des premiers gisements découverts en 1906 par Alphonse Olier et Auguste Renault sur le bord du lac Fortune, la région avait connu un essor rapide. »

— France Lorrain, À l’ombre de la mine, tome 1 : Jeanne et Kristoff, Guy Saint-Jean Éditeur