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Brexit : la seule solution

Brexit : la seule solution
AFP

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La cuisante défaite de Theresa May pose un dilemme démocratique. Les élus peuvent-ils renverser les résultats d’un référendum ? Il semble bien que oui. Et c’est en fait le Conseil Privé, l’équivalent anglais de la Cour Suprême, qui en a ainsi tranché.

Car ce sont les juges qui ont demandé que l’accord qu’avait signé Theresa May soit soumis au vote du Parlement. Madame May, qui prévoyait le résultat, ne voulait pas de ce vote.

La logique des juges

Dans les faits, pour le moment, les élus ont renversé le vote populaire. La logique des juges est que le référendum n’est que consultatif. Techniquement, la souveraineté est entre les mains de la Reine. Les élus votent les lois et les traités.

La logique de la démocratie

Pourtant, la première ministre a raison : les élus ont refusé de suivre la volonté du peuple, ce qui est grave dans une démocratie. Évidemment, ce n’est que la première manche. Le gouvernement britannique doit présenter un nouveau projet d’accord d’ici trois jours, s’il survit à une motion de censure. Mais il est assez douteux que ce nouvel parvienne à recueillir assez de voix pour passer, étant donné la marge gigantesque par laquelle Madame May a perdu.

Une impasse

Des nouvelles négociations sont possibles. La date butoir du 29 mars pourrait être repoussée assez aisément de quelques semaines. Mais bien franchement, sans majorité, le gouvernement se trouve dans une impasse. Tout simplement laisser tomber le Brexit, tel que des dirigeants européens le souhaitent, serait bafouer la démocratie britannique et reviendrait à dire que la Grande-Bretagne est devenue prisonnière de l’Europe.

Aller en élections

Lorsqu’une telle impasse survient dans une démocratie, il ne reste plus qu’une solution valable : aller demander au peuple ce qu’il en pense, c’est-à-dire déclencher des élections. Contrairement à ce que croit une opinion aristocrate trop répandue, le peuple est sage dans ses décisions électorales, pour peu que les élections soient honnêtes, ce qui est le cas en Grande-Bretagne. En plus, jamais un gouvernement en Grande-Bretagne n’avait été défait en chambre par un si grand nombre de voix. Le gouvernement ne devrait même pas essayer de survivre à la motion de confiance qui sera votée ce soir.

Placer l’intérêt du pays au-dessus de la partisannerie

Il est possible que les Conservateurs soient balayés lors de ces nouvelles élections. Mais les enjeux dépassent la simple partisannerie. Les nouveaux élus auront un mandat plus fort. Ils reflèteront mieux la volonté populaire. Même si le gouvernement est à nouveau minoritaire. Ne serait-ce que parce que de nouvelles figures politiques émergeront et que d’autres disparaîtront. Les nouveaux élus pourraient soit poursuivre les négociations, soit s’engager dans la voix d’un Brexit sans accord. Mais au moins, personne ne contesterait la légitimité de leurs décisions.

Il faut espérer que le gouvernement anglais de Madame May sera capable de se résoudre à déclencher des élections. Les autres solutions risquent de déboucher sur de graves problèmes politiques. Peu importe ce que le gouvernement de Theresa May va décider, ce qui arrive en Grande-Bretagne va servir de leçon aux autres démocraties.