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Le mystère Éric Salvail

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Le 15 février, Éric Salvail comparaîtra en cour pour répondre à des accusations d’agression sexuelle, de harcèlement et de séquestration. Je ne peux m’empêcher de trouver ça ironique qu’il comparaisse le lendemain de la St-Valentin. S’il y a une vedette qui a connu une « histoire d’amour » avec le public, c’est bien lui. Mais ces graves accusations signifient-elles que Salvail vient de tomber en désamour auprès de ses plus grands fans ?

En octobre 2018, quand des selfies d’Éric Salvail avec des fans ont circulé, j’ai écrit une chronique dans Le Journal dans laquelle je me demandais si le public serait prêt à lui donner une « deuxième chance ».

À l’époque, aucune accusation criminelle n’avait été déposée. J’avais reçu beaucoup de courriels de lecteurs qui disaient : « Moi, Salvail, c’est fini ». Mais aussi quelques cas de : « Il est tellement beau, tellement fin, tellement drôle, je lui pardonne tout ».

Mais maintenant que la police a mené son enquête et que le DPCP a déposé des accusations, ces fans finis seraient-ils aussi à l’aise de se faire prendre en photo avec lui ?

C’est une chose de lire un reportage dans le journal. C’en est une autre de savoir que la police et les procureurs de la Couronne sont convaincus qu’ils vont pouvoir prouver en cour que Salvail est coupable, même si l’on respecte la présomption d’innocence.

Le public québécois est particulier. Quand il aime, il aime. Il est prêt à applaudir un Hells, prêt à serrer la main d’un boxeur accusé d’avoir violé ses filles.

J’ai hâte de voir ce que choisira de faire Éric Salvail. S’il plaide coupable, il s’évite un procès où des détails gênants et un interrogatoire humiliant pourraient être ravageurs.

Mais je suis convaincue que pour le noyau dur de son fan club, ce qu’il a fait ou pas fait n’a aucune importance. Ils aiment l’animateur qui les a fait rire, les a émus, leur a fait oublier pendant une heure leur quotidien ordinaire.

DEMI-DIEUX

Et c’est ça qui est terrible. Ces mêmes personnes qui ne pardonneraient jamais à leur plombier, leur notaire, leur garagiste d’avoir posé le moindre geste déplacé à caractère sexuel sont prêtes à fermer les yeux sur la possibilité qu’une vedette populaire ait commis un crime.

Ça me semble terriblement symbolique de notre époque : les vedettes sont traitées comme des demi-dieux.

Pour moi, il est là le mystère Salvail. Si ce qui a été allégué dans le reportage de La Presse est vrai, comment se fait-il qu’un individu ait pu se sortir le moineau devant ses collègues de travail et que certains aient haussé les épaules en se disant : « C’est une vedette, sont ben fous fous ce monde-là ! » ?

Pourquoi une vedette aurait-elle le droit au bon Dieu sans confession ?

LA LEÇON SALVAIL

S’il y a une leçon que l’on devrait retenir de l’affaire Salvail, c’est celle-ci : apprenons à modérer nos transports, à ne pas mettre sur un piédestal des individus qui sont des êtres humains imparfaits.

Nos critères d’indignation devraient être les mêmes envers les agissements allégués d’un Joe Blo ou d’un animateur qui est « ben drôle, ben fin, ben bon ».