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L'impasse budgétaire pousse Trump au pied du mur

 L'impasse budgétaire pousse Trump au pied du mur
AFP

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Personne ne semble disposé à céder quoi que ce soit dans le bras de fer qui paralyse le gouvernement fédéral américain depuis presque quatre semaines et une solide majorité dans chacun des deux partis rejette le compromis. Les démocrates sont toutefois en position de force.

Dans la crise qui persiste à Washington, c’est l’impasse totale entre Donald Trump et ses supporters inconditionnels au Sénat, d’une part, et les démocrates qui contrôlent la Chambre des représentants, d’autre part. Rien n’a vraiment évolué depuis que le président Trump a dit «bye bye» aux démocrates la semaine dernière après avoir essuyé un refus catégorique d’inclure un financement pour son mur à la frontière sud dans une entente budgétaire. Aujourd’hui, la présidente démocrate de la Chambre des représentants, Nancy Pelosi, en a rajouté une couche en retirant l’invitation faite à Donald Trump de prononcer le traditionnel discours sur l’état de l’Union au Congrès le 29 janvier, en raison de l’impossibilité d’assurer la sécurité de l’événement à cause de la suspension du personnel requis.

Des majorités réfractaires au mur... et au compromis

Si on se fie aux perceptions des principaux éléments du conflit dans l’opinion publique, on n’est pas sortis du bois. Un sondage publié aujourd’hui par l’institut Pew trace un portrait plutôt pessimiste de la situation, surtout pour le président Trump. En effet, une nette majorité des Américains de 58% s’oppose à une expansion substantielle des barrières à la frontière sud, contre 40% qui y sont favorables. Ce dernier chiffre est en légère hausse, mais c’est surtout parce que les républicains se rallient à l’opinion de Trump un peu plus que les démocrates s’en éloignent.

Ce qui est plus préoccupant, toutefois, est qu’à l’intérieur de ces deux groupes, des majorités encore plus fortes s’opposent à tout compromis sur cet enjeu pour mettre fin à l’impasse budgétaire. Parmi les opposants au mur frontalier, 88% s’opposent à un tel compromis, alors que parmi ceux qui y sont favorables, 72% s’opposent à un budget sans financement pour une expansion substantielle des barrières. La fermeté des démocrates est notable, puisque la grande majorité d’entre eux juge que la fermeture du gouvernement est un problème très sérieux (79%) ou assez sérieux (15%). Chez les républicains, une majorité moins forte porte le même jugement (35% très sérieux; 31% assez sérieux).

Une majorité s’oppose à l’expansion des barrières frontalières (Pew)

Majority of public opposes substantial expansion of U.S-Mexico border wall

Bref, personne n’a d’incitation politique à bouger, mais les démocrates sont dans une position plus forte, pour plusieurs raisons. D’abord, l’appui au mur de Trump est minoritaire. Ensuite, les opposants au mur sont plus fermes dans leur opposition au compromis. De plus, comme le montre le graphique ci-dessous, même si l’opinion est dans l’ensemble critique de tous les acteurs en cause, c’est le président Trump et les républicains qui sont plus fortement blâmés pour la crise actuelle.

Le public désapprouve tout le monde, mais surtout Trump (Pew)

Public disapproves of how congressional leaders, Trump are handling shutdown negotiations

Trump affaibli

Le problème est que, en raison de la forte polarisation partisane, les politiciens des deux partis sont principalement à l’écoute de leurs propres partisans et des majorités assez fortes de part et d’autre approuvent l’attitude de fermeté de leurs leaders.

Il ne faut pas non plus négliger la dynamique plus globale de l’opinion, alors que le taux d’approbation du président est à la baisse depuis le début de la crise malgré une économie qui devrait lui être favorable. Par exemple, l’indicateur d’appui à Trump compilé par FiveThirtyEight.com a diminué de deux points environ dans le dernier mois et même les sondages habituellement assez complaisants de la firme Rasmussen ont chuté de quatre points dans la même période. Avec les scandales liés à l’affaire russe et aux multiples autres problèmes du président Trump, il est clair que les démocrates n’ont aucun intérêt à lui servir une victoire facile sur son projet de mur. Pendant ce temps, plusieurs républicains au Sénat seraient prêts à larguer le mur pour mettre fin à l’impasse budgétaire, mais leur leader, Mitch McConnell, refuse obstinément de leur soumettre une proposition non approuvée au préalable par Trump.

Existe-t-il une porte de sortie? Peut-être. Le facteur qui sera probablement le plus déterminant pour amener les républicains à accepter un compromis est l’impact économique potentiellement très coûteux d’une poursuite indéfinie de la paralysie des activités gouvernementales. Comme le rapporte Le Monde aujourd’hui, l’impact économique négatif du «shutdown» est plus important que ne l’avaient initialement prévu les républicains. Comme la vigueur de l’économie est probablement la seule raison qui explique que l’appui au président Trump ne s’effondre pas à des niveaux qui le rendraient toxique même pour son propre parti, il est normal que les républicains soient très inquiets à la perspective d’une baisse marquée de la croissance.

Alors que les nuages s’accumulent à l’horizon pour le président, il aura désespérément besoin du peu d’approbation qui lui reste dans l’opinion publique pour conserver l’appui des sénateurs républicains qui pourraient avoir à se prononcer sur le sort de sa présidence. Si l'impasse budgétaire se poursuit, Donald Trump pourrait bien se retrouver au pied du mur.

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Pierre Martin est professeur de science politique à l’Université de Montréal et directeur de la Chaire d’études politiques et économiques américaines au CÉRIUM. On peut le suivre sur Twitter: @PMartin_UdeM

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