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Une avancée majeure

Si ces idées se matérialisent, elles
 marqueront une avancée majeure
 en matière de justice et d’égalité 
des femmes.
Photo capture d’écran, tva nouvelles Si ces idées se matérialisent, elles marqueront une avancée majeure en matière de justice et d’égalité des femmes.

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Lundi, quatre élues des quatre partis siégeant à l’Assemblée nationale se sont réunies. Elles ont discuté de propositions concrètes visant à rétablir la confiance envers le système de justice. Chez les victimes de violences sexuelles et conjugales, cette confiance est durement ébranlée.

La députée péquiste Véronique Hivon, la libérale Hélène David et la solidaire Christine Labrie étaient convoquées par la ministre de la Justice, Sonia LeBel. Établie par Mme Hivon dans le dossier complexe des soins de fin de vie, la collaboration transpartisane retrouve enfin ses lettres de noblesse.

Le point de départ de la discussion était l’idée, avancée depuis longtemps par Mme Hivon, d’un tribunal spécialisé en violences sexuelles et conjugales. À noter : sans l’ouverture à cette idée, signifiée clairement en décembre par le premier ministre François Legault, cette rencontre n’aurait jamais eu lieu.

De ces premiers échanges, il ressort déjà des pistes d’action possibles visant deux grands objectifs. 1) Mieux accompagner les victimes dès le dépôt d’une plainte et tout au long du processus qui suit. 2) Mieux adapter les systèmes policier et judiciaire à la nature spécifique de ces violences, perpétrées la plupart du temps sans témoin.

But ultime

Une augmentation notable du nombre de dénonciations, dont la proportion actuelle est rachitique, en est le but ultime. S’inspirant de ce qui se fait en Afrique du Sud, on parle ici d’un possible « guichet unique ». Un guichet capable de recevoir les plaintes en présence de la victime, de policiers, d’un intervenant psychosocial, d’un avocat, etc.

Les témoignages des victimes pourraient être enregistrés par vidéo, sans la présence du suspect. On parle d’une formation « spécialisée » offerte entre autres aux policiers, juges et procureurs.

Considérant le traumatisme subi par les victimes et son impact nocif sur leur mémoire, on suggère aussi d’accélérer le processus. Voire de l’élargir au-delà de son seul aspect juridique.

Une chose est sûre. Si ces idées se matérialisent, elles marqueront une avancée majeure en matière de justice et d’égalité des femmes. Lesquelles forment plus de 80 % des victimes de violences sexuelles et conjugales.

Victimes oubliées

Dans le volet « formation spécialisée » des intervenants, j’ajouterais une autre dimension. Soit d’adapter aussi le « système » à la situation distincte des victimes vivant avec un handicap intellectuel ou physique. Leur vulnérabilité étant décuplée par leur handicap, elles sont des proies de premier ordre.

Où qu’elles soient, elles peuvent être agressées. Par des proches, des soignants, des préposés, au travail, en ressource d’hébergement, en CHSLD, dans le transport adapté, etc. On évalue que la majorité de ces filles et de ces femmes vivent au moins une agression sexuelle dans leur vie !

L’ampleur de ce phénomène somme toute caché est nauséabonde. La réalité brutale est que les « systèmes » policier et judiciaire sont eux-mêmes sourds, muets et aveugles face aux victimes souffrant d’un handicap intellectuel ou physique.

Cela aussi doit changer. C’est une question élémentaire de justice. Point.