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Airbus concrétise le rêve américain de Bombardier

Les contribuables de l’Alabama verseront 34 millions $ à l’avionneur européen

Airbus
Photo Sylvain Larocque La gouverneure de l’Alabama, Kay Ivey (au centre), prend part à la première pelletée de terre de la future usine de l’A220 dans la ville portuaire de Mobile, en compagnie de Guillaume Faury, président d’Airbus Avions commerciaux (à gauche), et d’Alain Bellemare, PDG de Bombardier (à droite). Des feux d’artifice ont marqué l’événement.

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MOBILE, Alabama | Le coup d’envoi de la construction de la future usine américaine de l’A220 (ex-C Series) est en quelque sorte la concrétisation d’un rêve pour le PDG de Bombardier, Alain Bellemare.

« C’était autant l’idée d’Alain que la nôtre, lorsque nous avons conclu le partenariat, et même avant, que nous avions besoin d’établir une installation de production ici, à Mobile », a révélé hier le grand patron d’Airbus, Tom Enders, lors d’une cérémonie tenue dans la ville portuaire de l’Alabama.

Dès son arrivée à la tête de Bombardier, en février 2015, M. Bellemare a cherché à céder la C Series, lourdement déficitaire, à Airbus. Après un premier refus, le géant européen a accepté de prendre le contrôle du programme pour 0 $ à l’automne 2017, mais à la condition que Bombardier s’engage à y consacrer 1,2 G$ de plus d’ici la fin de 2020.

Ces fonds permettront notamment de payer l’usine de Mobile, dont la facture s’élève à 300 M$ US (400 M$ CA), et l’agrandissement des installations de Mirabel, au coût de 40 M$.

« Je trouve ça excitant »

« Avoir cette ligne d’assemblage aux États-Unis pour servir le marché américain, je trouve ça excitant, a confié Alain Bellemare au Journal. Mais ça n’enlève rien à Mirabel, au contraire. Ça augmente notre présence mondiale. »

En 2017, Bombardier se débattait contre Boeing pour éviter l’imposition de droits de douane de 300 % aux États-Unis. Mais alors que Donald Trump multiplie les guerres commerciales, une présence américaine est toujours pertinente pour l’A220, a fait valoir M. Enders, hier.

« Dans une ère de protectionnisme et de nationalisme, c’est bon d’être local, mais ce qui est encore plus important, c’est que le plus gros marché [pour l’A220] est ici », a-t-il noté.

Rappelons qu’avant le lancement officiel de la C Series, en 2008, Bombardier songeait à installer sa principale usine non pas à Mirabel, mais à Kansas City, au Missouri.

Généreuses subventions

Le choix de Mobile allait de soi, Airbus y produisant des avions A320 et A321 depuis 2015. Malgré tout, les autorités locales ont consenti des aides financières de 26 M$ US (34 M$ CA) pour le projet de l’A220, dont 18 M$ US provenant de l’État de l’Alabama.

Le secrétaire au Commerce, Greg Canfield, projette que ces subventions entraîneront des retombées économiques représentant deux fois et demie leur coût.

Un peu plus de 400 personnes travailleront sur l’A220 à Mobile, contre environ 2000 à Mirabel. En Alabama, la production doit commencer l’été prochain dans des installations temporaires.

La première livraison d’un appareil doit avoir lieu en 2020.

Les syndicats indésirables

Les salariés québécois de l’A220 auront bientôt des collègues américains non syndiqués, Airbus s’accommodant parfaitement de l’hostilité des États du Sud à l’égard des syndicats.

« Nous croyons honnêtement qu’en étant un employeur de première classe, nos employés sont satisfaits », a affirmé hier le PDG d’Airbus pour les Amériques, Jeff Knittel.

L’Association internationale des machinistes et des travailleurs de l’aérospatiale (AIMTA), qui représente les employés de l’A220 à Mirabel, a ouvert un bureau à Mobile, en 2015, mais personne ne s’y trouvait lors du passage du Journal, plus tôt cette semaine.

La puissante organisation entend néanmoins poursuivre ses efforts pour syndiquer une partie des 700 travailleurs actuels d’Airbus à Mobile et des 400 autres qui les rejoindront pour l’A220 d’ici 18 mois.

« Je suis convaincu qu’ils sortiraient gagnants de se regrouper dans un syndicat », a indiqué Jason Woodward, l’un des responsables des campagnes de syndicalisation pour l’AIMTA à Washington.

L’an dernier, l’AIMTA a obtenu une victoire importante en syndiquant une centaine de travailleurs de l’usine de Boeing en Caroline du Sud. L’avionneur a toutefois répliqué en congédiant six syndiqués l’automne dernier.

Dans son bureau surplombant la baie de Mobile, le maire Sandy Stimpson a assuré au Journal que les travailleurs d’Airbus n’ont pas besoin d’être représentés, tout en admettant qu’ils profitent indirectement des syndicats présents dans d’autres entreprises.

Fournisseurs

M. Stimpson a par ailleurs reconnu que la région de Mobile cherchera à attirer des fournisseurs de l’A220, comme elle l’a fait, avec un succès mitigé toutefois, pour l’A320.

« Nous pourrions être en concurrence [avec le Québec] », a-t-il dit, en précisant toutefois que les fournisseurs pourraient préférer s’installer en Géorgie, à mi-chemin entre Mobile et l’usine de Boeing en Caroline du Nord.