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Chers experts, que voyez-vous venir?

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Cette semaine, les sept experts appelés à dessiner notre avenir numérique ont mis fin à leurs rencontres individuelles et verrouillé leur boîte à lettres. Si vous aviez des idées à leur soumettre, c’est raté.

Nos sept devins à la tête desquels se trouve Janet Yale, ancienne vice-présidente de Telus, vont maintenant cogiter et faire leurs recommandations. Depuis leur adoubement en juin dernier par les ministres Mélanie Joly et Navdeep Bains, ces experts, dont deux Québécois, Monique Simard et Pierre Trudel, ont rencontré une centaine d’organismes et reçu 2000 mémoires.

À part ce qu’ils auraient pu en dire à leurs proches, rien n’a transpiré de leurs rencontres. On ne sait pas non plus ce que recommandent le million de pages qu’on a noircies pour éclairer leur boule de cristal.

Dans les faits, les recommandations du comité doivent mener à la révision de trois lois, celles sur la radiodiffusion, sur la radiocommunication et sur les télécommunications. En hors-d’œuvre, le comité doit proposer un nouveau mandat pour Radio-Canada et une révision de la Loi sur le droit d’auteur.

VOICI CE QUE J’IMAGINE

Même si le contenu des mémoires ne doit pas être connu avant la fin de juin – mais rien n’empêche leurs signataires de les rendre publics –, c’est facile d’imaginer où voudraient en venir ceux qui les ont soumis.

Radio-Canada, par exemple, souhaiterait à terme abandonner sa transmission hertzienne pour consacrer toutes ses ressources à des plateformes numériques. Quant aux radiodiffuseurs privés, pris de panique, ils veulent qu’on réduise leurs contraintes de contenu canadien et qu’on cesse de leur imposer des balises, même s’ils ne souhaitent pas qu’on brasse trop la cage.

Auteurs, artistes et producteurs réclament plus d’aide. Ils veulent produire des œuvres pouvant concurrencer les meilleures au monde et souhaitent retrouver leurs œuvres parmi celles qui composent le répertoire des géants du net.

Quant à l’aide financière, ils sont unanimes. L’argent doit venir à la fois de l’État, des distributeurs de télé traditionnels et de tous les distributeurs par contournement qui font commerce au Canada, d’où qu’ils soient.

Quelques trouble-fête comme Michael Geist, professeur de droit à l’Université d’Ottawa, ou Peter Menzies, ancien vice-président du CRTC, considèrent qu’il y a désormais assez d’argent dans le « système » pour que les producteurs canadiens n’aient plus besoin d’aide. C’est une notion à laquelle s’oppose Ian Scott, l’actuel président du CRTC, qui préconise qu’on perçoive 1 % sur tous les abonnements à internet afin de financer le contenu canadien.

VOICI CE QUE J’ESPÉRERAIS

Pas besoin d’être devin pour conclure que les mémoires sont en partie contradictoires. Là où ils se ressemblent, c’est qu’ils ne dépassent pas les schémas traditionnels d’aide à la production, en plus d’être truffés de vœux pieux pour qu’on s’arrime à la révolution numérique sans pour autant expliquer comment y parvenir.

Si savants soient-ils, nos sept « visionnaires » n’arriveront sans doute pas à réinventer la roue. C’est pourtant ce qu’il faudrait faire, car les années à venir bouleverseront toutes nos notions actuelles en matière de communication, d’information et de divertissement audiovisuel.

Le plus inquiétant, c’est que les lois qui donneront vie à leurs recommandations ne seront pas adoptées avant 2021 ou 2022. Twitter, Facebook, YouTube, Snapchat Discover, Instagram et cent autres applications nous auront alors propulsés bien au-delà de ce que nos sept experts pourront avoir imaginé.