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Au pays du biathlon

Chronique oxygène
Photo tirée de Facebook Jules Burnotte au moment de prendre le départ à une compétition.

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Jules Burnotte, 22 ans, dispute ce week-end sa troisième Coupe du monde en biathlon à Ruhpolding, en Allemagne. On s’est entretenu avec ce jeune athlète sur ce sport du 18e siècle qui a pris racine dans les forêts de la Scandinavie et dont les traces au pays demeurent rares.

« Le week-end dernier, je prenais le départ dans l’enceinte d’un stade de 20 000 personnes lors d’une compétition diffusée en direct partout au pays. Au Québec, j’ai plutôt l’habitude de préciser les deux sports du biathlon aux curieux qui me posent des questions », dit Jules Burnotte.

(La course et le vélo, c’est au duathlon !) Pour bien des Québécois, le biathlon se résume à de rares souvenirs télévisuels tous les quatre ans.

L’athlète de Sherbrooke ne leur en tient pas rigueur. Jules Burnotte a lui-même découvert le biathlon par hasard, et un peu à reculons.

La naissance d’un biathlète

Hand-ball, cross-country, ski de fond... Jules Burnotte a un talent athlétique fou qui lui a permis d’exceller dans à peu près tous les sports qu’il a choisi de mettre sur son parcours. Le biathlon s’y est trouvé, parce qu’il était sur son chemin, littéralement.

« J’étais dans une équipe de ski de fond qui s’entraînait au mont Orford tous les week-ends. Ça faisait loin de Sherbrooke pour mes parents. Lorsqu’ils ont appris l’existence d’un club de biathlon au Mont-Bellevue, à côté de la maison, on m’a dit que j’allais pouvoir continuer à y skier. J’avais 10 ans », raconte Burnotte.

Le club de plein air biathlon Estrie s’est installé dans son quotidien comme un plan B satisfaisant pour le fondeur. Les épreuves de tir de la discipline olympique l’ont toutefois initialement rebuté.

« J’ai commencé à apprécier les tirs lorsque j’ai compris l’énorme défi associé au fait de viser vite et bien après un effort aérobique intense en ski de fond », partage le biathlète.

La suite est le fruit de beaucoup de travail, et du hasard. La maladie d’un coéquipier, puis la retraite d’un autre, et la porte s’ouvre pour Jules Burnotte pour passer de l’équipe de développement de Biathlon Canada à l’équipe de relais principale sur le circuit de Coupe du monde cette année.

Un espoir québécois en biathlon

« Cette année, mon objectif était de prendre part à un départ en Coupe du monde, et je l’ai déjà atteint, trois fois ! Tout le reste, c’est en bonus », dit Jules.

« J’aimerais bien refaire un top 40 sur le circuit de la Coupe du monde », ajoute l’athlète de Sherbrooke, qui est arrivé 33e et 35e dans les épreuves de sprint et de poursuite, à Nove Mesto, en République tchèque.

Selon son entraîneuse, Sandrine Charron, une telle performance à une première expérience en Coupe du monde serait du jamais vu au pays. « Le biathlon est un sport de haut niveau au développement tardif, précise l’entraîneuse, qui suit Jules depuis ses débuts. Le sport implique une foule de décisions stratégiques rapides et une gestion psychologique énorme sur les émotions afin de réussir à passer d’un niveau d’activation élevée à l’état de calme essentiel pour un tir de qualité. Cela se développe avec l’expérience et la maturité. »

Le mental

Burnotte profite de qualités motrices exceptionnelles et d’un précieux contrôle mental pour performer en biathlon. « Il prend plaisir à performer du mieux qu’il peut et il ne se laisse pas étouffer par la pression, », ajoute Sandrine.

Le jeune athlète pourrait ainsi être le prochain Jean-Philippe Le Guellec, le premier et seul Canadien à avoir récolté une médaille d’or dans une Coupe du monde et celui ayant affiché la meilleure performance olympique (5e au sprint de 10 km à Sotchi en 2014).

« Les Olympiques sont l’objectif ultime, confie Burnotte. Mais je reste lucide : l’équipe n’est confirmée que trois semaines avant le début des Jeux, et même ma présence sur le circuit de la Coupe du monde dépend de mes performances, épreuve après épreuve. »

Après une bronchite à Oberhof en Allemagne qui a sérieusement affecté ses courses, Jules espère être en meilleure forme aux prochaines épreuves de la Coupe du monde à Ruhpolding.

Une chose est certaine, le jeune Canadien de 6’5 pieds à la chevelure longue et bouclée ne risque pas de passer inaperçu dans l’univers du biathlon.

Peut-être pourra-t-il sortir le sport de l’anonymat avec lui !

Le biathlon au Québec

Le biathlonien Jules Burnotte.
Photo tirée de Facebook
Le biathlonien Jules Burnotte.

On peut faire du ski de fond partout au Québec. Pour le biathlon, c’est un peu plus compliqué, ce qui nuit tout naturellement à l’accessibilité du sport pour la population.

Sandrine Charron se dévoue au sein du club plein air biathlon Estrie pour toujours améliorer les programmes et les infrastructures de la région. Un programme sport-études sous sa gouverne permet à une quinzaine de jeunes de développer leurs habiletés pour la discipline olympique. Le club plein air biathlon Estrie a reçu un premier investissement provincial significatif vers l’aménagement des installations à Stoke.

Le problème demeure encore et toujours l’argent. Avec la disponibilité des infrastructures viennent les athlètes. Plus ils sont nombreux, plus grandes sont les chances qu’un talent sorte du lot. Celui-ci aura alors l’occasion de faire rayonner le sport et de susciter l’intérêt pour une prochaine relève.

« Le biathlon est dominé par les athlètes européens, et un Nord-Américain y prend sa place de temps en temps », dit Jules Burnotte.

« Je ne pense pas que la qualité de notre entraînement soit en jeu. C’est une question de statistiques !, ajoute le biathlète. Dans une ville de 100 000 habitants en Europe, 500 personnes vont se mettre au biathlon : il y a de bonnes chances qu’il y ait un athlète prometteur parmi eux. Ici, dans le coin de Sherbrooke, on est à peine une vingtaine... »

Les chiffres ne sont pas de notre côté, mais on semble avoir eu la chance de tirer des numéros gagnants...

Pour connaitre les clubs de biathlon au Québec : https://fqbiathlon.ca