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Au travail au port de Montréal

Vers 1920

Avant Après
Photo courtoisie des Archives de la Ville de Montréal, Marché à poissons, rue des Commissaires entre Berri et Bonneau – [1920 ?] VM94-Z18
Photo d'archives, PIerre-Paul Poulin

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Du poisson s.v.p.

Dérangées par les travailleurs de la voirie, les affaires du poissonnier H. A. Létourneau sont sens dessus dessous ! Voilà qui ne doit guère lui plaire. Au coin Des Commissaires (de la Commune) et Berri, les halles de la poissonnerie centrale accueillent trois marchands de poisson en gros. L’étal de M. Létourneau s’annonce varié : poissons frais et fumés, homards et huîtres. Mais, concurrencées par les poissonneries modernes, les halles n’ont plus l’achalandage d’autrefois. Au XIXe siècle, la morue y était vendue séchée ou salée en vrac ; le hareng fumé et salé en tonneau. À la vue de poisson pêché sur le fleuve, les chalands se pressent aux comptoirs pour le faire frire avant qu’il ne soit gâté par la chaleur. S’en servant comme ballast, les marins des goélettes vendent les huîtres entremêlées d’algues et de varech pour 1 $ le baril. Mais, en 1920, c’est déjà de l’histoire ancienne, car un tonneau d’huîtres vaut bien le prix d’une soirée à l’opéra !

Une usine aux multiples visages

À côté de la tourelle d’une taverne tenue par Arthur Lesage s’élève la manufacture Independent Silk Co. Dirigés par Louis-Marcel Lymburner, les employé(e)s fabriquent entre autres des lacets, du fil de soie, des broderies et des corsets lacés. Toutefois, la filature ne passe pas le cap des années 1930, reflétant l’économie bien changeante de la métropole. Si sa brique rouge contraste avec la pierre grise des édifices environnants, la manufacture est typique de l’architecture industrielle du début du 20e siècle. Suivant les plans de l’architecte Alphonse Piché, les frères Lymburner et leur associé, John Matthews, font construire trois bâtiments dans ce secteur entre 1904 et 1916 : un bureau et deux usines. La fonderie et l’atelier d’usinage laissent place durant la Première Guerre mondiale à une fabrique de munitions. Reconverties pour l’industrie légère, les soieries sont remplacées par les chaussures dans les années 1940-50. Comme ses semblables à Griffintown, l’ancienne manufacture a été transformée pour accueillir les employés des multimédias : ici de TV5.

Être débardeur en 1933

Photo courtoisie de Bibliothèque et Archives Canada, C. M. Johnston, [Stevedores unloading bananas, Montreal, P.Q., 1933.] No MIKAN 3382285

Déchargé d’un navire, puis monté sur les quais par un convoyeur, ce régime de bananes est transporté par un débardeur à l’entrepôt des frères Séguin sur la rue des Commissaires. Cet homme est probablement content d’avoir du travail, car depuis la Crise de 1929, les activités ont beaucoup diminué au port. Près de 75 % des débardeurs ont recours à de l’aide de l’État, surtout durant l’hiver lorsque la navigation est arrêtée. Les travailleurs du port peinent à nourrir leurs familles : « Il y avait des bateaux de bananes qui venaient chez Séguin au coin de Saint-Paul et Berri : le bonhomme emportait des bananes. [...] On était nourri avec ça, de la mélasse et du sucre. Il y avait juste du pain à acheter. Donc, ça ne faisait pas des enfants forts... » se souvient le fils d’un débardeur, Maurice Boutêt. Pour de nombreux travailleurs durant la Crise, rapporter de la marchandise est moins un vol qu’un geste dont dépend la survie des siens.