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Il faudra dire «suicide assisté»

hand of a healer touches the hand of the elderly infirmed
Photo Adobe Stock Sommes-nous en route vers une ouverture complète au suicide assisté avec l’élargissement de l’aide médicale à mourir ?

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Le débat sur l’élargissement de l’aide médicale à mourir est ouvert. Deux Québécois s’adressent aux tribunaux pour obtenir ce droit, compte tenu de la dégradation de leur condition physique. Le débat est aussi engagé sur le front politique. Le premier ministre François Legault a dû commenter la chose, laissant la porte ouverte à un élargissement.

La situation personnelle des demandeurs dans la cause entendue au palais de justice de Montréal suscite l’empathie. Ils sont frappés par des maladies dégénératives qui les privent de leur autonomie et ruinent leur qualité de vie.

Je suis bien dépourvu, moi qui ai l’usage de tous mes membres et qui suis en santé, pour porter un jugement sur la volonté de ces personnes d’avoir une emprise sur la fin de leurs jours. Devant tant de souffrance, le réflexe naturel est de se dire « qui suis-je pour commenter un choix aussi personnel ? ».

Rapide

Il n’en demeure pas moins que les récents événements doivent être regardés avec un certain recul en regard de l’évolution du dossier de l’aide à mourir. Une évolution significative et rapide.

La commission initiée par Véronique Hivon portait le nom « Mourir dans la dignité ». La loi en découlant s’est appelée « Aide médicale à mourir ». À cette époque, on insistait sur le fait qu’il ne s’agissait pas de suicide assisté. Même les médias étaient appelés à ne pas utiliser cette expression et encore moins le mot « euthanasie ».

Par contre, si l’on devait élargir la disponibilité de l’aide à mourir à tous ceux qui ne sont pas en fin de vie, mais qui souffrent, il faudra appeler les choses par leur nom : il s’agit clairement de suicide assisté. Qu’on soit pour ou contre, c’est une tout autre affaire. Établir des critères ne sera pas facile.

Quels critères ?

La « mort prévisible » est devenue un critère critiqué. Il s’agit néanmoins d’un élément minimalement mesurable et objectif. Le remplacer par le critère de la souffrance nous amène sur un terrain beaucoup plus subjectif. Qu’est-ce que « trop » de souffrance ? Quel est le niveau de souffrance qui empêche complètement de jouir de la vie ?

Puis les questions encore plus complexes. Un jeune de 25 ans devient paraplégique dans un accident de moto. Il juge n’avoir plus de qualité de vie dans ce nouvel état. Souffrance, dommages permanents, il finira sa vie en fauteuil roulant. Il n’a plus qu’un souhait et une obsession : mourir. Qui décide que ce n’est pas assez de souffrance ?

Pourtant, nous savons tous qu’il s’agit peut-être d’une phase normale de découragement. Plusieurs sont passés par là pour ensuite retrouver un sens à la vie.

J’ai fermement soutenu le droit de mourir dans la dignité. Présentement, je suis plus inquiet de tous les élargissements demandés. Je me rappelle l’un des arguments des opposants à l’époque. Ils affirmaient que si l’on ouvre la porte, dix ans plus tard, le suicide assisté serait disponible tous azimuts.