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Traiter ou euthanasier: quand la survie de son animal coûte trop cher

Traiter ou euthanasier: quand la survie de son animal coûte trop cher
Mickael Destrempes

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*Ce texte a été publié initialement en janvier 2019*

Avant d’adopter un chien, je me disais qu’il suffirait d’un minimum d’argent, d’organisation et d’affection pour subvenir convenablement à ses besoins. Il y a toutefois un détail important du contrat que j’avais ignoré: la date d’expiration et la décision qui vient avec. 

Memphis, une  pitbull ... oups, pardon... une «boxer mixte» de 9 ans, en arrache beaucoup depuis un bout. À moins d’avoir la «chance» de la retrouver morte un bon matin, je deviendrai inévitablement le bourreau de ma meilleure amie un jour ou l'autre. 

Celle qui grimpait aux arbres pour chasser ses ennemis jurés, les maudits écureuils, peine désormais à monter sur le divan. Nos semi-marathons sont devenus de courtes promenades pépères.

Son orgueil l’empêche de chigner, mais son museau écrasé au sol et ses yeux piteux pointés vers le ciel ne mentent pas. Elle est épuisée. Elle a mal à la vie. C’est le début de sa fin.

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MD

De la glucosamine a été ajoutée à la diète de la p'tite vieille afin de soulager ses douleurs arthritiques pour environ 40$ par mois. Une dépense qui s’additionne à sa bouffe hypoallergène (madame ne tolère plus les marques cheap), ses visites plus fréquentes chez la vétérinaire et tout le reste. J’estime un total de 1500$ par année.

Jusqu’ici, ça se gère. Si Pierre-Yves McSween me chuchotait à l’oreille «En as-tu vraiment besoin?» je répondrais oui sans hésiter.

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Mais viendra un jour où sa souffrance sera insupportable (pour elle, mais pour moi aussi). 

J’aurai alors le choix entre une injection mortelle à 180 $ et un traitement beaucoup plus dispendieux n’offrant aucune garantie de prolonger son séjour sur terre confortablement.

Elle est comme mon enfant, MAIS...

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On a qu’à visiter l’hôpital Sainte-Justine pour constater que les (bons) parents sont biologiquement programmés pour veiller au bien-être et à la santé de leur enfant. Ils ne peuvent faire autrement, quitte à sacrifier leur vie sociale, leur carrière et leurs finances.

Or, si j’ai tendance à considérer la bête dorée comme ma progéniture, à l’instar de plusieurs animal lovers, la relation demeure fondamentalement différente.

J’ai beau m’ennuyer de sa gueule de requin quand je voyage et achaler le peuple avec nos photos quétaines sur Instagram, elle est un bien meuble aux yeux de la loi et elle n’est pas couverte par le régime d’assurance maladie.

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Puisque mon compte en banque n’est pas sans fond, contrairement à l’appétit de Memphis pour les satanés écureuils, de déchirantes questions s’imposent.

  • Devrais-je fixer un montant maximal en prévision de l’inévitable diagnostic qui nécessitera une opération coûteuse? 1000$, 2000$, 4000$?
  • Existe-t-il une somme suffisamment imposante pour me donner bonne conscience si j’opte pour l’économe piqure fatale?
  • Est-il raisonnable de piger dans mes économies, voire m’endetter, afin de prolonger sa vie?
  • Est-il moralement acceptable de débourser ces milliers de dollars pendant que des enfants du quartier se rendent à l’école le ventre vide?

Sachant que les Canadiens dépensent de plus en plus (de sept à huit milliards par année) pour leurs animaux de compagnie, il y a lieu de se demander si nous n’avons pas aussi créé les versions poilues de l'enfant-roi : le chien-prince et le chat-monarque. 

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MD

À court de réponses, j’ai sondé des gens qui sont passés par là

Une amie m’a raconté avoir annulé un voyage en Italie à la dernière minute pour payer une chirurgie à son vieux pitou magané. On peut facilement comprendre qu’elle n’aurait pas pu jouir pleinement du farniente méditerranéen et des terrasses milanaises en sachant que son fidèle Firefox souffrait le martyre à Villeray.

Mais combien de fois s’empêchera-t-elle de parcourir le monde pour que ce petit chien à six dents puisse continuer d’arpenter péniblement son voisinage?

Mon beau-père, follement amoureux de son Bubba, s’était promis de ne pas dépenser plus de 2000$ s’il avait à choisir entre l’euthanasie et les traitements.

Il a flanché et payé la facture de 2500$ pour retirer une tumeur qui grugeait la patte du vieux Gordon Setter. Face à la réalité, ce genre de décision rationnelle et hypothétique peut rapidement prendre le bord.

Trois mois après l’opération, le cancer était revenu. Rongé par la culpabilité de finalement laisser partir son compagnon, il a déboursé 250$ de plus pour conserver ses cendres. Faut croire que même dans le deuil de notre animal, on est contraint de faire un choix budgétaire. 

Certains m’ont conseillé de souscrire une assurance pour ne plus y penser. J’ai donc magasiné auprès de trois compagnies et cela me coûterait entre 400$ et 1300$ annuellement, en fonction du niveau de couverture.

Ça me ramène à mon point de départ. Je dois mettre un prix sur la santé et la survie de ma meilleure chum... payable d’un coup ou en versements mensuels.

Je réalise qu'avoir un chien, c'est un peu comme prendre une hypothèque sur un deuil.

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Bon, j’arrête de vous lasser avec mes lamentations égocentriques et mes first world problems. Quelqu’un me grogne après depuis 15 minutes pour aller faire ses «business» dehors. Rien de mieux que de ramasser une crotte pour se changer les idées.

Pour écouter mon entrevue sur le sujet à l'émission Les Effrontées sur QUB Radio, c'est ici :

 

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