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Le silence de Québec solidaire

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Photo Agence QMI, Joël Lemay La chef parlementaire de Québec solidaire Manon Massé.

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La période des Fêtes n’est jamais faste en politique. Sauf en politique internationale où l’arrivée de Jésus sur Terre n’empêche pas les gens de s’entretuer à travers le monde.

Mais rappelons-nous les dernières semaines de 2018 où Québec solidaire occupait l’avant-scène médiatique au quotidien. Grâce entre autres à la turbulente et hyperactive députée de Taschereau, Catherine Dorion. Dans son cas, on a l’impression que les dirigeants du parti sont intervenus pour mettre un terme au défilé de mode qu’elle effectuait en public. Et pour la retirer de l’avant-scène où elle multipliait des déclarations enthousiastes et juvéniles à la limite d’un comportement politiquement acceptable.

Mais le silence de Québec solidaire va certainement perdurer jusqu’en mars, moment où le parti tiendra un conseil national. La direction a beau nier la gravité du débat interne sur la laïcité, il n’en demeure pas moins que le parti est douloureusement divisé sur la question. Au point où l’on ne peut écarter l’hypothèse d’un schisme.

Deux clans s’affrontent. D’une part, les solidaires qui appuient la position préconisée par Françoise David et s’inspirant des recommandations de la commission Bouchard-Taylor. On interdirait alors le port des signes religieux aux juges, aux procureurs, aux gardiens de prison et aux présidents et vice-présidents de l’Assemblée nationale.

Québec inclusif

D’autre part, il y a les militants du parti qui s’opposent farouchement à l’interdiction des signes religieux, une mesure discriminatoire pour eux.

Lors de débats préliminaires en décembre dernier, Québec solidaire, qui pratique l’opacité, a expulsé les médias. On ne souhaitait guère exposer publiquement les divergences.

François Legault, en déposant son propre projet de loi, oblige Québec solidaire à lever le voile – c’est le cas de le dire – sur ses divisions.

Cela signifie que Québec solidaire, si doué et roué pour cacher ses intentions réelles – essayez de cerner vraiment son programme économique et social, réécrit dans une langue incompréhensible même pour des universitaires de haut niveau – devra se démasquer.

Division

La sympathie de nombre de francophones à l’endroit de Québec solidaire risque de s’atténuer si la vision d’un Québec inclusif, donc, opposé à l’interdiction des signes religieux, rallie une majorité de militants. La conséquence en sera de réduire l’espoir de ce tiers parti, devenu officiel par la décision du gouvernement Legault, de faire une véritable percée dans l’électorat francophone opposé à cette vision.

Le gouvernement de François Legault, s’il évite les écueils, en particulier les inexpériences de certains ministres, aura quant à lui des matins qui chantent et des cieux ensoleillés.

À la rentrée, François Legault n’a rien à craindre des libéraux occupés à se relever de leur cuisante et humiliante défaite. Le Parti québécois démobilisé masque une vraie déprime et Québec solidaire est loin de pouvoir influencer l’orientation de l’Assemblée nationale. Le déchirement de ses troupes sur la question identitaire telle que lancée par la CAQ ne lui permettra pas de « distraire » les électeurs avec le débat sur le troisième lien, si cher aux habitants de Québec.

Il faut donc conclure que François Legault est un politicien comblé par les temps qui courent.