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Ambitions bienvenues

Ambitions bienvenues
Photo AFP

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Début août, François Legault avait laissé entendre que s’il était élu le 1er octobre, il pourrait bouder le Sommet de la Francophonie.

Il y avait de quoi s’inquiéter. Plusieurs comme moi ont cru le chef caquiste atteint du syndrome « né pour un petit pain », sans ambition à l’international.

Au contraire, depuis qu’il est élu, le premier ministre Legault n’a pas hésité à consacrer du « temps de qualité » aux relations internationales du Québec.

Sitôt élu, il s’est rendu à Erevan où le Sommet de la Francophonie se tenait. Samedi, il a entamé une importante mission en France et en Suisse (à Davos).

L’illusion économique

On le sait, Legault souhaite recentrer la diplomatie sur l’économie. À cinq milliards de dollars en une année, ceux-ci n’équivalent qu’à trois jours d’échange entre les États-Unis et le Québec, a-t-il souligné avec raison.

L’ambition est bienvenue. Les quatre années du gouvernement Couillard en ont tristement manqué, ce qui d’ailleurs marqua une triste rupture avec ce qu’il y eut de meilleur dans les années Charest : lancement de l’AECG, reconnaissances mutuelles des compétences entre la France et le Québec, etc..

Ce n’est toutefois pas la première fois qu’un gouvernement québécois prétend remettre l’économie au cœur de la diplomatie québécoise. À la radio Qub hier, l’ancien délégué général du Québec à Londres, Christos Sirros, rappelait que périodiquement, depuis des décennies, l’idée revient.

Mais que peuvent vraiment les États dans l’économie mondialisée ? Le chef d’État ou de gouvernement a beau être un « homme d’affaires » ou un deal maker (vocable utilisé hier par M. Legault qui a heurté le #mononc101 que je suis), rien ne garantit une croissance mirobolante, rappelait — toujours à Qub — l’historien et essayiste Frédéric Bastien, hier.

Autres dimensions

Il ne faudrait surtout pas oublier les autres dimensions du rapport France-Québec : culturelles, historiques, mémorielles.

Comme le soutient le doctorant Guillaume Lamy dans la revue Argument (vol. 21, no 1), il y a actuellement une « défrancisation du Québec » et un risque de « folklorisation du lien des Québécois avec la France ». Des « quantités de Québécois [...] ne rêvent plus qu’en anglais », se sont détournés de la France.

Malheureusement, la mère patrie traverse une phase d’anglophilie pathologique. Le rassemblement des chefs d’entreprise étrangers organisé par le président Macron, par exemple, s’intitule « Choose France ».

Malgré tout, l’idée d’accueillir plus d’immigrants français au Québec, comme le prône François Legault, est pertinente. Comme le souligne Guillaume Lamy, ce n’est pas l’intérêt qui manque : 30 000 Français ont fait la demande d’un « permis vacances-travail » en 2017 et seul un demandeur sur trois l’a obtenu.

« Alors qu’on parle d’anglicisation de Montréal, du plein emploi dans plusieurs régions, de pénuries d’infirmières, 20 000 Français n’ont pu tenter leur chance ici. »

En ces matières aussi, l’ambition du gouvernement Legault est bienvenue.