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On ne naît pas homme, on le devient

On ne naît pas homme, on le devient
Photo WENN.com

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On ne naît pas homme, on le devient. Ça vous dit quelque chose?  

En fait, c’est une adaptation de la très connue citation «On ne naît pas femme, on le devient» de Simone de Beauvoir, issue de son fameux livre Le Deuxième Sexe.  

Dans ce bouquin, l’auteure stipule que l’identité féminine n’est pas innée, mais acquise. Autrement dit, ce que l’on considère comme étant propre à la femme est construit, véhiculé par la société, et intégré par les individus: on ne naît pas femme, on le devient.  

En est-il de même pour les hommes?  

Comment apprend-on à nos garçons à devenir des hommes? Quelles valeurs, et surtout, quels comportements sont associés à l’identité masculine?  

C’est la question que soulève la publicité de Gillette en abordant le sujet de la masculinité toxique dans une vidéo lancée la semaine dernière. Cette vidéo, comme vous le savez sans doute, n’a pas fait l’unanimité. Elle a créé une immense polémique.  

Dans la section commentaires, on peut lire ceci:  

Never buying another Gillette (or should I say Femmette) product ever again. (traduction: Je n’achèterai plus jamais de produit Gillette, ou devrais-je dire, Femmette...).  

So basically your main target demographic is males in their 20s- late 40s and your attacking them (traduction: Votre public cible est les hommes de 20 à 40 ans et vous les attaquez...).  

This is a spit in the face of the western men who are the most sweet, kind, non violent and charitable men existing on the planet. (traduction: Vous crachez au visage des hommes occidentaux qui sont les hommes plus doux, les plus gentils et les plus non-violents des hommes qui existent sur la planète...)  

Gillette - Because the boys of today will be the women of tomorrow. (traduction: Parce que les garçons d’aujourd’hui seront les femmes de demain)  

Hier, en guise de réaction à la publicité, on comptait 644 000 «j’aime» contre 1,1 million «j’aime pas». Comme le démontrent les commentaires, plusieurs hommes se sont sentis attaqués.  

Bien sûr, ce ne sont vraiment pas tous les hommes qui sont des agresseurs, des bullys, des violents, et c’est d’ailleurs ce que montre la vidéo en mettant en scène un papa qui court à la défense d’un jeune adolescent en train de se faire intimider.  

Pourquoi est-ce que plusieurs hommes se sentent tout de même attaqués par cette pub?  

S’ils ne s’identifient pas à cette masculinité toxique que dénonce le message, pourquoi ne la relaient-ils pas plutôt que de s’insurger contre elle? Est-ce si malaisant pour les hommes de dénoncer des comportements qui existent chez leurs confrères et qui sont inacceptables?  

Je trouve personnellement que le plus étrange des commentaires est celui qui affirme la peur de voir les hommes se transformer en femmes:  

Gillette - Because the boys of today will be the women of tomorrow. (traduction: Parce que les garçons d’aujourd’hui seront les femmes de demain)  

On peut donc en venir à se poser la question suivante: en quoi est-ce que des comportements associés au féminin, par exemple l’empathie dans cette vidéo sont-ils perçus négativement?  

Le danger ultime pour les hommes serait de se voir transformer en femmes? Sérieusement?  

En août dernier, The American Psychological Association a approuvé et rendu public une série de guides et de conseils pour mieux travailler en psychologie masculine.  

Dix règles à suivre ont été établies afin de contrer le fait que de socialiser les hommes dans une forme de masculinité traditionnelle a un impact négatif sur la santé psychologique de ces derniers.  

Frederic Rabinowitz, professeur en psychologie à l’Université de Redlands et l’un des auteurs du guide, affirme ceci:  

«On voit que le taux de suicide chez les hommes est plus élevé, qu’ils ont davantage de problèmes cardiovasculaires et qu’ils souffrent plus que les femmes de solitude lorsqu’ils vieillissent. On tente donc de les aider en élargissant leur répertoire émotionnel, non pas en éliminant les forces qu’ils ont déjà.»   

En mettant l’épaule à la roue, et en tentant tous de faire évoluer la définition de ce qu’est un homme, nous pourrons, peut-être un jour, considérer les propos de Simone de Beauvoir comme un anachronisme lorsqu’elle précise que:  

«L’inégalité homme/femme est culturellement construite. Au départ, la femme est l’égal de l’homme, à la fois intellectuellement et physiquement et que c’est l’homme, parce qu’il produit l’idéologie, parce qu’il est dominant, que l’on renvoie la femme à son altérité pour en faire un être inférieur.»  

Gillette, même s’il s’agit d’une compagnie privée qui utilise une cause pour faire mousser ses ventes, contribue à faire circuler massivement un message égalitaire qui, on l’espère, permettra à de nombreux hommes de se remettre en question et de se redéfinir.  

Un petit exercice d’introspection ne fait de mal à personne.  

À moins que l’on ne considère la chose comme étant un comportement typiquement féminin, auquel cas il serait considéré comme étant faible de douter de soi?  

Au contraire, je pense que ça prend beaucoup de force et de courage.