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Le marché aux puces de la citoyenneté

Le marché aux puces de la citoyenneté
Photo Chantal Poirier

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La citoyenneté canadienne vient avec des privilèges. Des libertés, l’accès potentiel à un système de santé, les espoirs de réussite économique du monde occidental, et j’en passe.

Il est assez facile d’imaginer que des gens issus de divers coins de la planète en rêvent. On devine aussi que certains seraient prêts à payer... et à tricher pour l’obtenir.

Quel brutal rappel de notre naïveté que ce dossier du « tourisme obstétrique » présenté dans Le Journal le week-end dernier ! Des femmes de Chine, d’Inde ou d’ailleurs viennent accoucher au Canada pour que le nouveau-né détienne la citoyenneté canadienne.

Un cadeau à son enfant au moment de son arrivée au monde. Je te donne la vie, l’amour parental, le lait maternel... et un beau passeport canadien.

Droit du sol

Derrière cette pratique douteuse, un concept fondamental aux lois canadiennes : le droit du sol.

Ce principe à la fois simple et lourd de portée veut que tout enfant né en sol canadien détienne de facto la citoyenneté canadienne. Automatiquement. Nonobstant le statut de ses parents, nonobstant les motifs de leur passage au Canada, notre pays ne fait pas de nuances. Quiconque naît ici a droit à son passeport. À vie.

L’enquête du Journal révèle l’ampleur du phénomène. Ils sont nombreux à venir au Canada... le temps d’un accouchement. Ils ne font même pas semblant. Ils viennent, elle accouche dans un hôpital d’ici, et ils repartent avec un passeport au nom de bébé. Celui-ci pourra revenir étudier ou vivre au Canada quand bon lui semblera. Il est citoyen de notre pays. Il aura le droit à tous les privilèges des citoyens canadiens.

Forfaits tout inclus

Mais le dossier du Journal va plus loin. L’opportunité est tellement alléchante que certains ont vu la possibilité d’en faire une activité commerciale. Nous offrons le forfait touristique « Accouchement au Canada ». Ce forfait comprend l’avion, l’hébergement, les frais d’hospitalisation et... un passeport !

Nous sommes très proches des passeurs qui vendaient la citoyenneté et que le gouvernement Harper a combattus.

Est-ce que l’abolition du droit du sol constitue une solution trop radicale au problème ? Peut-être. Mais le statu quo devient aussi une risée. Ici et là dans le monde, des gens avec des moyens financiers suffisants parlent de la citoyenneté canadienne comme d’un privilège achetable. Une sécurité que des parents responsables offrent à leur enfant lorsqu’ils en ont les moyens.

À travers le processus d’immigration, le Canada a fixé des paramètres permettant à de nouveaux venus de devenir des citoyens canadiens. Cela inclut des réfugiés qui ont fui leur pays pour des raisons de sécurité et deviendront des Canadiens à part entière. Cela est très bien.

À l’inverse, je déteste l’idée que dans divers coins du monde on parle de la citoyenneté comme de la camelote qu’on peut se procurer au marché aux puces. Qu’il s’agisse des réseaux de passeurs ou du tourisme obstétrique, le Canada a le devoir de protéger sa citoyenneté.