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Comment jouissaient nos grands-mères

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Suivez-vous Les pays d’en haut cette saison ?

Les derniers épisodes nous ont montré à quel point en 1880, les femmes ne connaissaient rien à leur propre sexualité. Dans une scène absolument hilarante, Dr Cyprien Marignon explique à sa femme Angélique quelques notions de base au sujet des « parties intimes ». « Je te parle d’un petit organe qui s’appelle le clitoris ». « Le quoi ? » demande-t-elle, les yeux écarquillés. « C’est relié avec le système nerveux. Ça n’a rien à voir avec la reproduction », dit le médecin en rougissant.

Hé boy ! il doit y avoir des gens à l’Archevêché de Montréal qui se sont étouffés dans leur soutane, eux qui encourageaient il n’y a pas si longtemps les parents catholiques à retirer leurs enfants des cours d’éducation sexuelle. Vont-ils recommander à leurs ouailles de fermer leurs chastes oreilles en écoutant la télévision publique ?

AU RAS DES PÂQUERETTES

Je me demande ce que les curés, qui recommandaient aux parents de faire eux-mêmes l’éducation sexuelle de leurs enfants, ont pensé d’une autre scène absolument hilarante de la série. Croyant que Pâquerette souffre d’encéphalite, le Dr Marignon fait venir des États-Unis un Pulsocon... qui n’est rien d’autre que l’ancêtre du vibrateur. On pensait à l’époque qu’en stimulant la femme, en lui procurant un bien-être, on guérissait l’encéphalite.

Cet appareil a vraiment existé (bravo à l’auteur Gilles Desjardins pour la recherche), il a été inventé par un Dr Macaura. Selon mes recherches grâce à Dr Google, le Pulsocon « est composé, à une extrémité d’une ventouse articulée sur une pièce circulaire, d’un corps portant une manivelle, et à l’autre extrémité d’un manche ».

Le plus drôle, c’est qu’il existe encore aujourd’hui des Pulsocon, vous pouvez si vous êtes chanceux vous en procurer sur eBay. On en trouve aussi un exemplaire au Musée du sexe à New York. Bref, la charmante Angélique s’abandonne allégrement aux joies insoupçonnées du Pulsocon. Eh oui, les petits amis, on peut en 2019 parler de masturbation à la télé, en heure de grande écoute, sans que ce soit vulgaire ou pornographique.

Cette série historique ne fait pas juste nous montrer dans quelles conditions travaillaient les bûcherons ou comment le Nord s’est développé.

Ce que permet Les pays d’en haut, c’est de voir à quel point en quelques générations, le Québec a changé. En 1880, quand on voyait une femme avoir un orgasme, on pensait qu’elle souffrait d’épilepsie. Et on ne pouvait imaginer que deux femmes saines d’esprit soient amoureuses l’une de l’autre et aient une vie sexuelle épanouie.

ON N’EST PLUS EN 1880

Mais il n’y a pas que l’éducation sexuelle qui a changé au Québec depuis l’époque de Bidou et Séraphin. Dans le dernier épisode, on entend Georgina dire à Victorine : « Si je pouvais donc engraisser un peu pis être belle comme vous ! » Et Victorine de lui répondre : « On a chacun nos troubles ! ».

Et quand les représentants syndicaux négocient avec le Curé Labelle les nouvelles conditions de travail pour les bûcheux sur les chantiers de Séraphin, ils énumèrent : « Pus l’droit d’engager des enfants. Quatorze ans minimum. La s’maine de soixante-dix heures. Des gages à dix piasses. Pis d’la mangeaille qui a d’l’allure ».

On est loin des conditions de la SAQ...